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Momar NGUER, président du Comité Afrique de MEDEF International : « J’ai envie que nos entreprises françaises mettent en commun leurs possibilités pour offrir des stages aux jeunes d’Afrique »

10 novembre 2019
Momar NGUER, Président du Comité Afrique de Medef International, entouré de Frédéric Morel-Barbier, directeur Afrique (à sa droite), et de Philippe Gautier, directeur général de Medef International, lors de la conférence de presse du jeudi 7 novembre 2019. © AM/AP.P
Président du Comité Afrique de Medef International depuis le début d’octobre, Momar Nguer a tenu jeudi 7 novembre sa première conférence de presse, au siège parisien du Medef. En bon connaisseur de l’Afrique, où il a travaillé trente-cinq années dans plusieurs pays, il a su plaider pour une nouvelle posture entrepreneuriale, à la fois d’écoute et de conviction, et essentiellement tournée vers la jeunesse et les partenariats, mettant aussi en exergue certaines bonnes pratiques françaises en Afrique.

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Un article d’Alfred Mignot, AfricaPresse.Paris (AP.P)
@alfredmignot | @PresseAfrica

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Partenariats, responsabilité citoyenne des entreprises et volontarisme de l’action : ces mots-clés résument les axes de la vision et de l’action que Momar Nguer veut insuffler au Comité Afrique de Medef International, ainsi qu’il l’avait brièvement annoncé lors de sa nomination, le 1er octobre.

« Nous avons de vrais partenaires en Afrique, a-t-il commencé par relever. Il nous faut les mettre en valeur. Nous le faisons [déjà beaucoup], alors disons-le ! », a-t-il ajouté, comme en écho au désolant sondage Africaleads du CIAN, sur la perception des leaders économiques du Continent, rendu public en février dernier, et où la France paraissait surclassée par l’Allemagne, ainsi que par d’autres « nouveaux arrivants » en Afrique.

« Il faut mettre en valeur ces partenaires locaux parce que c’est une manière de dire à la population, aux populations, que nous sommes proches. (…) Nous le faisons sûrement beaucoup plus que n’importe quel autre pays en Afrique. Il faut le dire ! (…) il faut le dire, et le mettre en valeur, c’est important. Et il faut que nous, entreprises françaises, fassions venir de temps en temps nos partenaires africains en France, afin de leur faire rencontrer d’autres entreprises françaises. »

Vers un « Erasmus des entreprises »
au bénéfice de la jeunesse africaine ?

« Dans un monde où les populations sont persuadées que les entreprises peuvent désormais faire plus pour eux que les États », poursuit le directeur général de la branche Marketing & Services de Total, « et où la jeunesse africaine étudiante ne dispose que de trop rares possibilités de stages en entreprise (…) j’ai envie que nos entreprises françaises mettent en commun leurs possibilités de stages, de formation, d’alternance pour offrir ces stages aux jeunes formés en Afrique, pendant leur cursus universitaire, ou immédiatement après, et leur donner ainsi accès aux mêmes chances que les jeunes dans nos entreprises en France. (…) 

C’est l’interpellation qui nous est adressée, ne faisons pas semblant de ne pas l’entendre ! », a conclu sur ce point Momar Nguer, effleurant sans le dire l’idée d’un « Erasmus des entreprises » au service de la formation de la jeunesse d’Afrique, ce qui serait en effet une belle cause à concrétiser.

Interrogé sur la « dégringolade » des parts de marché françaises en Afrique, Momar Nguer a fermement récusé cette assertion. « En fait, nous avons pris moins de parts de marché de la croissance africaine », a-t-il argumenté. Tout comme d’ailleurs les autres pays européens, qui eux aussi ont fléchi face aux nouveaux arrivants sur le Continent, « qui viennent prendre leur part avec l’ardeur des néophytes ». Reste que la France, avec quelque 58 milliards d’euros de stocks d’investissement en Afrique, n’est pas si mal placée, y compris vis-à-vis de ceux qui annoncent 60 milliards d’investissements… à venir.

Les atouts de la « nouvelle approche française »

Et « nous avons de réels atouts », a encore affirmé le nouveau président du Comité Afrique, qui s’est refusé à citer tel ou tel autre pays, considérant que « la meilleure défense, c’est faire et faire savoir. Mais pour cela, nous devons changer la manière dont nous travaillons : écoutons plus et mieux ; assurons le suivi ; retournons sur place pour faire le point ; accueillons mieux les délégations de visiteurs ; identifions nos pépites en région… qui sont autant d’entreprises à mettre en réseau, car elles sont capables de gérer des sujets délocalisés, et de ce fait représentent l’avenir de la présence française en Afrique », a estimé Moumar Nguer.
Ainsi, pour promouvoir en régions l’esprit « Osez l’Afrique ! », Medef International a-t-il noué un partenariat avec déjà 200 entreprises du Mouvement des entreprises de taille intermédiaire (METI, 1,5 Md € de CA).

Une vue des journalistes participant à la première conférence de presse de Moumar NGUER, Président du Comité Afrique de Medef International. © AM/AP.P

Autre atout des entreprises françaises, et non des moindres, que les Africains commencent d’ailleurs à percevoir : « Sur les chantiers africains de nos entreprises, les ouvriers disposent des mêmes protections qu’en France. On nous attend aussi sur ce point, c’est aussi l’une de nos différences », souligne Momar Nguer, évoquant là aussi sans le dire le concept d’une « nouvelle approche française » en Afrique, telle que l’évoquent par ailleurs l’ambassadrice Stéphanie Rivoal, Secrétaire générale du Sommet Afrique-France 2020, ou encore Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’État du MEAE, ainsi que Christophe Lecourtier, Directeur général de Business France, et bien sûr Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances.

Et aussi, répondant à une question, Momar Nguer assure ne guère prendre en considération l’ancien clivage entre Afrique francophone et anglophone, considérant que « c’est la taille du marché qui compte, et d’y prendre des positions fortes ». Pour cela, et face à une certaine frilosité compréhensible chez les PME hésitant à se lancer à l’international, Momar Nguer insiste sur « l’importance que les grandes entreprises accompagnent les plus petites », afin de leur faciliter les contacts sur le terrain et les épauler autant que possible.

En réponse à deux questions d’actualité, Momar Nguer a considéré qu’une réforme du franc CFA n’affecterait pas la capacité des entreprises françaises à travailler en Afrique de l’Ouest. De même, malgré les événements meurtriers de ces derniers jours et semaines dans certains pays d’Afrique, aucune entreprise française n’a fait connaître une éventuelle décision de se désengager du Continent.

Team France Export, Régions, accords ACP

Participant à la conférence avec Frédéric Morel-Barbier, directeur Afrique, le directeur général de Medef International, Philippe Gautier, répondant à AfricaPresse.Paris, a souligné l’engagement du mouvement pour « aider les primo-exportateurs », au côté des Team France Export (TFE) : « Il n’y a pas de compétition entre nous, nous travaillons ensemble à l’étranger, c’est très positif. Nous discutons actuellement sur comment s’articuler en régions, où nos actions « Osez l’Afrique » marchent très fort, a ponctué François Gauthier, ajoutant : « Avec les groupements professionnels, Il y a encore de la place pour des initiatives privées pour créer de la valeur en Afrique. Et en coopération avec nos Régions, qui sont souveraines pour leur développement économique. »

Concernant enfin les relations Europe-Afrique, et la renégociation en cours des accords ACP de Cotonou, qui arrivent à échéance en 2020, le DG de Medef international, a signalé que « le Medef a donné son papier », soulignant que jusqu’ici « l’impact de beaucoup d’argent [européen] déversé [en Afrique] a été faible », et précisant que le Medef préconise d’une part l’établissement de nouveaux instruments financiers – des contacts sont en cours avec la BEI pour qu’elle acte des fonds de garantie, comme le fait déjà Proparco, la filiale de l’AFD dédiée au privé ; et d’autre part d’appliquer à l’Afrique les normes OMC, car les accords ACP n’ont pas fonctionné. Mais « c’est toujours en discussion… Cela ne semble pas la priorité de la Commission », a conclu Philippe Gautier.

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