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Messieurs les Français, encore un effort ! Car l’Afrique ne nous voit pas d’un si bon œil, révèle le baromètre CIAN/Africaleads

10 février 2019
Étienne Giros, Président délégué du CIAN, présentant le nouveau baromètre Africaleads en compagnie de Brahim Saïl, DG de l’Institut de sondages Immar, en conférence plénière d’overture du Forum Afrique 2019 du CIAN et du MOCI, à l’Hôtel Potocki de la CCI Paris Île-de-France, vendredi 8 février 2019. © AM/AP.P
Après la parution en janvier de son livre sur « Les diasporas africaines, accélératrices des économies du Continent* », c’est à l’occasion du Forum Afrique 2019 qu’il co-organisait avec le MOCI vendredi 8 février, que le CIAN a rendu publique une nouvelle initiative : l’élaboration, avec l’Institut de sondage Immar, du baromètre Africaleads, premier outil visant à établir l’état de l’opinion de leaders de l’Afrique francophone. Et si l’initiative est heureuse, puisqu’elle comble un manque patent, ce qu’elle nous apprend de la perception de la France relève de la douche froide. Très froide…

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Un article d’Alfred Mignot - AfricaPresse.Paris (AP.P)
@alfredmignot | @PresseAfrica

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Conduite entre juin et septembre 2018 auprès d’un échantillon de 1 244 leaders dans trois pays du Maghreb (Tunisie, Algérie, Maroc), trois pays d’Afrique de l’Ouest (Sénégal, Côte d’Ivoire, Burkina Faso) et deux pays d’Afrique centrale (Cameroun et République Démocratique du Congo), l’enquête Africaleads a porté sur trois thématiques majeures : la vision de l’Afrique et de son avenir ; la perception des pays non-africains en termes d’image et d’impact pour le continent ; les entreprises et les marques les plus appréciées.

L’Allemagne bien plus appréciée que la France !

Vus de Paris, les chiffres révélés par le baromètre Africaleads sur la perception de « la meilleure image » des pays non-africains ont assurément un goût amer : avec seulement 21 % des suffrages, la France n’arrive qu’en cinquième position ! Elle est devancée par l’Allemagne (1re, avec 45 % des répondants), la Chine (2e, 37 %), les États-Unis et le Japon (ex-æquo avec 34 %).

C’est loin d’être brillant, mais il y a encore pire : invités à se prononcer sur l’impact bénéfique des pays étrangers en Afrique, les leaders d’opinion ont classé la Chine et le Japon premiers ex aequo, avec 81 % de citations. L’Allemagne émarge à la troisième place avec 70 % des suffrages, suivie par la Turquie, à 62 %. La France, avec 53 % des citations, est distancée à la septième place.

C’est donc une douche très froide qui est tombée sur les participants à la conférence plénière d’ouverture du Forum Afrique 2019.

Mais comment expliquer ces chiffres si cruels, ou qui peuvent pour le moins paraître « injustes », comme le dit sobrement Étienne Giros ? Pour le Président délégué du CIAN (Club des investisseurs français en Afrique), commanditaire du sondage réalisé par l’institut Immar, plusieurs facteurs sont à prendre en considération : d’une part, tous ceux qui fréquentent l’Afrique savent bien que le passif de l’époque coloniale peut encore susciter de forts ressentiments, et c’est là un handicap relationnel dont les nouveaux entrants – Chine, Turquie, Allemagne… – sont logiquement exonérés ; d’autre part, d’une manière plus conjoncturelle, il est à noter que « le sondage a été réalisé durant l’été 2018, un an après [en juin 2017] l’annonce de l’initiative allemande Compact with Africa », note Étienne Giros, initiative dont l’objectif est de créer un cadre propice aux affaires et de stimuler les investissements en Afrique, avec l’ambition affichée de « passer du statut d’exportateur à celui de partenaire », ainsi que l’affirme Günter Noke, conseiller d’Angela Merkel pour l’Afrique (cité par Jeune Afrique).

Une contre-performance en contraste
avec la réalité de l’engagement français

Mais au-delà de l’effet d’annonce de ce Compact with Africa, très médiatisé car se produisant durant la présidence allemande du G20, le sentiment d’injustice évoqué par Étienne Giros semble fondé, si l’on veut bien prendre en considération que l’engagement de la France en Afrique est bien plus profond et durable que celui de l’Allemagne. Pour preuve, en 2018, le stock d’investissements français en Allemagne – et donc des emplois qu’ils sous-tendent, comme de la valeur ajoutée produite – s’élève à 57,9 milliards d’euros, soit presque six fois plus que l’Allemagne, à seulement 10,4 milliards d’euros.

La contre-performance est donc de taille, mais la pilule a un goût encore plus amer lorsque l’on sait qu’« En 2016, l’Afrika-Verein der deutschen Wirtschaft – la principale association patronale pour les échanges avec l’Afrique – estimait à 25,6 milliards d’euros le total des exportations des groupes allemands vers le continent. C’est une performance honorable, dépassant même celle de la France (25,5 milliards d’exportations la même année), qui bénéficie pourtant d’une expérience africaine plus ancienne », comme l’écrit Christophe Le Bec (Jeune Afrique, 18/09/2018).

Une vue de la grande salle de conférences de l’Hôtel Potocki, de la CCI Paris Île -de-France, lors de la séance plénière d’ouverture du Forum Afrique 2019 du CIAN et du MOCI, le 8 février 2019. © AM/AP.P

De la nécessité d’un Observatoire opérationnel
civil, entrepreneurial et pluridisciplinaire

Cette situation, espérons-le, alarmera les autorités de tutelle du commerce extérieur de la France (MEAE et ministère de l’Économie et des Finances), et des 143 Instituts et centres culturels français dans le monde – censés être tout de même aussi un instrument du pouvoir d’influence français.
Car qui, au fait, se préoccupe aujourd’hui de veiller à l’image de marque globale (national branding) de la France dans le monde ?

Cette image n’est-elle pas assez précieuse à préserver ou à consolider pour que nulle entité n’en ait la charge ? Est-il raisonnable de la laisser aux mains… de personne ? Car si un Observatoire de la « Marque France » existe, il ne fait qu’analyser les tendances, mais n’est en aucune manière contributeur actif de cette image, et la « Mission Marque France », lancée en 2012 sous l’égide de plusieurs ministères, semble bel et bien avoir disparu des radars…
Ainsi, en cette période de « grands débats », l’idée de la création d’un Observatoire opérationnel civil, entrepreneurial et pluridisciplinaire (OOCEP) de veille des politiques menées en Afrique – notamment et en priorité, puisque c’est le Continent clé du XXIe siècle – n’est-elle pas à mettre en avant ?

La mission de cet OOCEP serait d’évaluer en permanence et en temps réel la pertinence des actions engagées, mieux encore de pouvoir émettre un avis consultatif en amont, ainsi que de proposer des processus constants d’optimisation, comme c’est désormais l’usage quotidien dans le monde du numérique. Ou bien est-ce à dire que les seuls personnels a priori aptes à « servir la France » seraient les élus et fonctionnaires des ministères de tutelle, et parfois leurs sous-traitants, à l’exclusion de tous les autres citoyens, à commencer par les entrepreneurs « avec » l’Afrique ?

Étienne Giros, constatant que « La France souffre d’un déficit d’image auprès des leaders d’opinion africains, [considère que] les résultats de ce baromètre doivent servir de déclic » et suggère que « La France devrait sans doute mieux valoriser son partenariat avec le Continent, et s’appuyer davantage sur ses diasporas africaines, un atout dont elle ne tire pas suffisamment parti » – joignant le geste à la parole, il participait d’ailleurs le soir même du Forum Afrique 2019 à la cérémonie de lancement de l’annuaire 2019-2020 du Gotha Noir d’Europe, édité par le Club Efficience (lire ici : La parution à Paris du Gotha Noir d’Europe, publié par le Club Efficience : un marqueur de la montée en puissance de l’élite afro-européenne).

Les marques françaises parmi les plus appréciées

En attendant que ces idées fassent leur chemin – l’impulsion à la montée en puissance de la diaspora, la création d’un Observatoire opérationnel civil, entrepreneurial et pluridisciplinaire (OOCPE) – notons tout de même que ce premier baromètre Africaleads du CIAN comporte aussi des éléments positifs : citées spontanément, quatre des dix entreprises et marques les plus appréciées des leaders d’opinion africains sont françaises.

Orange (première du secteur télécoms, citée par 41 % des répondants), Air France (première du secteur aérien, citée par 22 % des répondants) jouent les têtes d’affiche, suivies par Total et Renault. Également présentes à haut niveau : Société Générale, Sogea Satom (filiale du Groupe Vinci) mais aussi Peugeot, qui n’a plus le lustre d’autrefois mais qui reste bien présente dans la course.

Autre consolation, et non des moindres : les médias français à l’international restent incontournables en Afrique francophone. 76 % des leaders écoutant en priorité les radios internationales pour s’informer font confiance à RFI, tandis que la BBC, seconde, recueille seulement 5 % des suffrages. France 24 réalise quant à elle un beau score de 49 %, alors qu’Al Jazeera, seconde, culmine à seulement 7 %.

Les autres enseignements du baromètre :
la Maroc, pays le plus optimiste,

l’Afrique du Sud, n° 1 pour la bonne image

Sur la vision de l’Afrique et de son avenir, on observe que l’afro-optimisme s’est enraciné dans les esprits, puisque 56 % des répondants se déclarent optimistes pour leur avenir à cinq ans, tandis que 43 % estiment que l’Afrique a progressé au cours des cinq dernières années.

Mais c’est un optimisme tempéré, puisque 45 % des répondants pensent que la situation s’est dégradée dans le domaine politique, et 42 % disent que le système judiciaire s’est détérioré dans leur pays. La question de la gouvernance reste une préoccupation centrale.

Invités à citer les trois les pays du continent dont ils ont la meilleure image, les leaders d’opinion désignent l’Afrique du Sud (choisie par 49 % des répondants), le Maroc – cité par 36 % des répondants, le Royaume est d’ailleurs aussi le plus optimiste, tant pour la situation globale du continent (70 %) que pour le Maroc lui-même pays (62 %) –, le Ghana et le Rwanda (cités respectivement par 28 % et 27 % des répondants).

Au regard des grands défis que doit affronter le Continent, 49 % de ces leaders d’opinion considèrent que l’éducation et la formation représentent l’enjeu prioritaire.

On relèvera enfin avec Étienne Giros que ce baromètre étant le premier de son genre, on ne sait pas, en l’absence de point de comparaison, si le piètre score de la France est à situer dans une tendance haussière, ou si nous nous trouvons dans un mouvement de descente aux enfers… qui va continuer ! Réponse dans un an, avec la publication du deuxième baromètre, qui sera d’ailleurs élargi à d’autres pays.

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LIENS UTILES

- Site du CIAN : https://www.cian-afrique.org/

- Site IMMAR Research & Consultancy
http://www.immar-intl.com/

- * « Les diasporas africaines, accélératrices des économies du Continent » : le livre du CIAN qui regarde l’Afrique avec les yeux de l’avenir

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