Me Raoul DELAMARE, Président de la CCFA : « Notre Chambre doit être un véritable pont entre la France et le monde arabe »
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par Alfred MIGNOT, Directeur de AfricaPresse.Paris (APP)
@africa_presse
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Ancien élève de classe préparatoire, admissible à Normale Sup’ Paris-Ulm, diplômé de Sciences Po, titulaire d’une licence d’allemand et d’un diplôme d’histoire, Raoul Delamare dispose d’un solide bagage académique. Devenu avocat en 1989, il se spécialise en droit fiscal et en droit des affaires. Il confie avoir « manqué de peu l’ENA », à laquelle il fut admissible, avant de s’ancrer dans la pratique du barreau.
Parallèlement, il mène une carrière politique locale. Ancien adjoint au maire du 20ᵉ arrondissement de Paris, élu sous l’étiquette RPR, il se présente deux fois aux législatives, recueillant 43 % des voix en 2002 puis 40 % en 2008. Face au déclin de sa famille politique, il finit par se retirer de la vie partisane. « J’ai arrêté la politique quand j’ai constaté que le parti auquel j’appartenais n’était plus en situation de peser », résume-t-il.
Son entrée à la CCFA remonte à quelques années, à la suite d’une rencontre avec son ami de longue date, lui aussi issu du monde politique mais passé au secteur privé et devenu Président de la Chambre en 2016, Vincent Reina. Attiré par ce réseau, il rentre au Conseil d’Administration avant d’être élu Président par ce même Conseil composé de membres arabes et français. « Au départ, j’étais là pour travailler. Aujourd’hui, me voilà pour transformer la chambre », explique-t-il.
Son lien avec le monde arabe est aussi intime. Il évoque ainsi la figure de son oncle Louis Delamare, Ambassadeur de France à Beyrouth, où il fut assassiné en 1981, dans les circonstances tragiques de la guerre civile libanaise. « Ce drame a créé chez moi un lien personnel, affectif, avec la région », confie-t-il. À la direction de la Chambre, il s’appuie notamment sur sa Secrétaire Générale, Rayanne Kanaan, libanaise, avec qui il forme un binôme assumé : « Nous avons ainsi une double culture qui correspond à l’ADN franco-arabe de la CCFA. »
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Ne pas faire du « franco-français »
Raoul Delamare a fait son diagnostic : trop peu d’entreprises arabes parmi ses membres. « Si nous comptons les représentations des 22 pays de la Ligue des Etats Arabes, nous devons véritablement pouvoir accueillir plus d’entreprises arabes directement comme membres. », tranche-t-il. Il espère, avec le début de son mandat de trois ans, commencer à corriger le tir.
Première priorité : attirer des PME, françaises comme arabes. Pour cela, il veut sortir d’un modèle fondé sur la simple cotisation. « On ne peut plus demander à une PME de payer une adhésion sans lui offrir des services clairs, utiles et mesurables », insiste-t-il. Il prévoit ainsi de revoir le catalogue d’offres structurées : séminaires de rencontre, informations ciblées, accompagnement opérationnel.
Mais cela n’exclut pas d’attirer aussi davantage de grandes sociétés arabes déjà présentes à Paris. « Il faut que les grands groupes arabes installés en France soient autour de la table. Pour l’instant, ce n’est pas assez le cas », admet-il.
Des initiatives délocalisées en province - séminaires à Marseille, Bordeaux, Lyon, Lille, Strasbourg - serviront aussi de base à cette conquête. « Il faut être sur le terrain, dans les villes françaises où se trouvent les entrepreneurs qui ont un potentiel avec le monde arabe », estime-t-il. Le barème des services doit être revu, avec l’idée d’introduire des services payants ouverts aux non-adhérents, afin de générer de nouvelles recettes. « L’accès à la Chambre doit rester ouvert, mais certains services spécialisés doivent être payants. C’est aussi une façon de valoriser notre expertise », argumente-t-il.
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Informer, acculturer
et décrypter les règles
Au-delà du réseau, Raoul Delamare souhaite renforcer la CCFA comme un lieu de contenu et d’acculturation économique et culturelle. Il projette des sessions thématiques sur la fiscalité, les pratiques commerciales et les codes culturels des différents pays arabes, mais aussi sur la compréhension des normes européennes. « Beaucoup d’entrepreneurs arabes perçoivent l’Europe comme une forteresse réglementaire. Notre rôle doit être de leur expliquer les règles, mais aussi les marges de manœuvre qu’elles permettent », affirme-t-il.
Il s’intéresse notamment au modèle marocain des coopératives agricoles, utilisé pour s’adapter à certaines exigences européennes. « Ce modèle mérite d’être étudié pour voir comment il pourrait inspirer d’autres pays. Il ne s’agit pas de contourner les normes, mais d’utiliser intelligemment les cadres existants », souligne-t-il.
Dans cette logique, la Chambre entend devenir un lieu de « traduction » des deux côtés : aider les entreprises arabes à mieux comprendre l’Europe, et les entreprises françaises à mieux saisir les marchés arabes, leurs contraintes administratives, leurs rythmes politiques et leurs sensibilités culturelles. « L’acculturation, c’est ce qui fait la différence entre un premier contact et un partenariat durable », insiste Raoul Delamare.
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Optimiser les atouts
À Paris, sur le boulevard Saint-Germain-des-Prés, la CCFA dispose de bureaux et d’une salle de réunion pouvant accueillir une vingtaine de personnes. Un atout que le Président souhaite optimiser. « Nous avons des locaux au cœur de Paris qui pourraient être un carrefour pour les réseaux franco-arabes », estime-t-il.
La Chambre a ainsi commencé à louer sa salle de réunion, et se propose d’accueillir d’autres structures proches, notamment d’autres Chambres de Commerce. « Nous avons commencé à discuter avec la Chambre de Commerce Franco-Libanaise, mais aussi pourquoi pas avec d’autres organisations sœurs, que nous pourrions accueillir, et ainsi créer un véritable écosystème sur place », explique-t-il. Cette stratégie vise à la fois à générer des revenus complémentaires et à densifier la vie de la Chambre.
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Des projets de rencontres
ciblées dans le monde arabe
Sur le plan de ses actions, Raoul Delamare considère que « si nous voulons réellement travailler avec nos partenaires, il faut aller chez eux ».
Plusieurs destinations ont déjà identifiées pour accueillir des rencontres économiques ciblées :
– le Maroc, notamment Dakhla, pour son poids politique et le dynamisme de son développement ;
– la Tunisie, où il estime nécessaire de continuer à renforcer les liens économiques qui nous lient ;
– l’Égypte, pays clé économiquement et culturellement, dont le rôle lui semble aussi incontournable ;
– l’Arabie Saoudite, avec Riyad qui lui apparaît comme point de chute évident ;
– l’Irak, « très demandeur » et stratégique ;
– la Mauritanie, avec Nouakchott, qui pourrait accueillir des entreprises du Maghreb et d’Afrique sub-saharienne.
Cette liste de destinations est non-exhaustive, car la Chambre se veut être prête à répondre aux sollicitations, là où les entreprises le demandent.
Le cas irakien illustre bien l’enjeu : « L’Irak représente aujourd’hui environ 30 % des légalisations réalisées alors qu’il n’y a que quatre entreprises françaises implantées sur place », souligne-t-il. Il insiste sur la francophilie d’une partie des élites irakiennes, sur les ressources pétrolières du pays et sur la volonté de s’ouvrir localement à de nouveaux partenaires. « Il y a une fenêtre pour un positionnement français et franco-arabe unique », plaide-t-il. « Et la Chambre doit être présente dans cette dynamique ».
En Mauritanie, et au Maroc, au-delà des marchés intérieurs de ces pays, il veut aussi tirer parti de leurs positions géographiques, à la jonction du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne, tournés aussi vers l’Océan Atlantique. « Nouakchott et Dakhla peuvent être des points de rencontre naturels entre les entreprises du Maghreb, les entreprises françaises et celles d’Afrique noire. C’est typiquement le genre de rencontres où la Chambre a une vraie valeur ajoutée. »
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Accueillir des entrepreneurs
africains en France
Raoul Delamare observe également une nouvelle tendance : la montée d’une génération d’entrepreneurs africains qui souhaitent s’implanter ou créer des filiales en France. La CCFA, et ses réseaux nationaux, pourrait jouer un rôle d’interface pour ces acteurs, en les aidant à naviguer dans l’écosystème français : création de société, fiscalité, accès au financement, relations avec les administrations. « Là où il y a une logique de francophonie économique et de passerelles, nous pouvons jouer un rôle », estime le Président.
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Défendre la langue française
Car au-delà des enjeux économiques, Raoul Delamare fait aussi de la langue un marqueur. Il entend promouvoir l’usage du français et de l’arabe au sein de la Chambre, et se montre très critique à l’égard du recours systématique à l’anglais. « Je trouve aberrant de voir des responsables français s’exprimer en anglais dans des événements officiels, en France », regrette-t-il.
Pour lui, la CCFA doit assumer une dimension francophone forte, en cohérence avec son ancrage institutionnel. « Nous ne sommes pas « anglo-arabe ». Si nous renonçons au français, nous renonçons à une part de notre identité », insiste-t-il. La langue arabe a aussi vocation à être davantage présente au sein de la CCFA, pour signifier le caractère unique de l’institution.
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« Aller sur le terrain » et s’ouvrir !
En conclusion, Raoul Delamare revient à ce qui semble être son fil rouge : la nécessité de s’ouvrir plus encore que par le passé au monde extérieur.
« Une Chambre de Commerce n’est pas un « club mondain ». C’est un outil, au service des entreprises et des relations économiques. À nous de le prouver », résume-t-il.
Le Président se dit ainsi ouvert aux collaborations pour développer ses axes de travail, qu’il s’agisse de partenaires institutionnels, de régions, de fédérations professionnelles ou d’autres Chambres. « Nous avons commencé avec notre Sommet économique qui rassemble largement les acteurs français et des acteurs arabes À nous de montrer que la CCFA peut continuer dans ce rôle moteur. Cela passera par : être plus présents, être plus utiles, être plus visibles. »
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PRENEZ DATE :
LA CAP 21 se tiendra le MERCREDI 25 MARS
à Paris, de 18 h à 20 h.
Le thème :
« Le rôle des États, des assureurs et des médiateurs
pour dérisquer les investisseurs en Afrique »
(Plus de détails dans quelques jours)
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