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Marie-Alix DE PUTTER, Présidente de Bluemind Foundation : « La santé mentale, c’est la santé ! »

14 mars 2026
 Marie-Alix DE PUTTER, Présidente de Bluemind Foundation : « La santé mentale, c'est la santé ! »
Marie-Alix de Putter avec des Ambassadrices de « La guérison par les cheveux » (Heal by Hair) devant l’entrée de l’Université de Lomé. Photo © DR - Cliquer sur l’image pour l’agrandir.
La baisse de l’Aide publique au développement (APD) n’est pas sans conséquence pour l’avenir des femmes et des enfants d’Afrique. Elle est aussi un terrible révélateur de certains problèmes du continent, comme la santé mentale des femmes et des jeunes, insuffisamment prises en compte, sinon par des ONG comme Bluemind Foundation.

À l’occasion de la journée internationale du Droit des femmes, nous avons rencontré Marie-Alix de PUTTER, Présidente-fondatrice de Bluemind Foundation, qui a exposé à AFRICAPRESSE.Paris son parcours, ses actions et ses projets pour l’Afrique et les diasporas.

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Entretien par Denis DESCHAMPS,
pour AFRICAPRESSE.Paris (APP)
@DjuliusD @africa_presse

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APP - Voulez-vous nous faire part de votre parcours avant la présidence de Bluemind Foundation ?
Marie-Alix DE PUTTER -
Je suis née en hiver, dans le 9ᵉ arrondissement de Paris, mais j’ai grandi au Cameroun, où ma mère, originaire de ce pays, m’a emmenée très tôt. Après mon baccalauréat, je suis revenue en France pour poursuivre mes études supérieures.

J’y ai effectué l’essentiel de mon parcours universitaire, complété par des formations exécutives à Harvard Business School et à l’Université d’Oxford. J’ai commencé ma carrière par des activités d’intérêt général au sein de structures publiques étatiques, puis dans des missions de conseil dans le secteur privé.
J’ai notamment occupé pendant près de trois ans les fonctions de directrice de la communication pour l’Afrique au sein du groupe OCP, avant de me consacrer à l’accompagnement de projets et au développement du leadership.

En 2021, au moment de la crise de la Covid-19, j’ai fondé Bluemind Foundation, un engagement que je mûrissais depuis 2019.
Je dirige aujourd’hui cette organisation depuis cinq ans.

APP - Dites-nous en plus sur Bluemind Foundation…
Marie-Alix DE PUTTER -
La Bluemind Foundation est une organisation non gouvernementale à vocation internationale, dont l’objet non lucratif est de rendre la santé mentale plus accessible pour toutes et tous, partout, tous les jours.
La santé mentale est un enjeu culturel, social et politique qui concerne l’ensemble des sociétés. Aujourd’hui, la Bluemind Foundation mène ses activités principalement au Togo, en Côte d’Ivoire, au Cameroun et en France, toujours en lien avec des partenaires locaux fiables et adaptés aux réalités de terrain.

L’organisation s’appuie sur un réseau d’environ 300 personnes engagées et formées, aux côtés d’une équipe permanente d’une vingtaine de collaborateurs. Nos actions se déploient là où les conditions institutionnelles et partenariales permettent de développer des solutions durables et où une attention réelle peut être portée aux enjeux de bien-être et de santé mentale.
APP - Quelles sont les actions de Bluemind Foundation en Afrique ?
Marie-Alix DE PUTTER - Le programme aujourd’hui le plus connu et le plus structuré de la Bluemind Foundation est “Heal by Hair” (guérir par le cheveu).

Il s’agit d’un programme qui forme des coiffeuses à devenir des écoutantes de première ligne, capables de détecter une détresse psychologique, d’offrir un premier espace d’écoute et, si nécessaire, d’orienter vers des structures de soins adaptées.
Le choix des coiffeuses s’explique par la place particulière qu’occupent les salons de coiffure dans la vie sociale, en Afrique comme ailleurs. Les femmes s’y rendent régulièrement, souvent plusieurs fois par mois, et ces lieux sont des espaces de confiance où la parole circule librement.

Marie-Alix DE PUTTER, fondatrice et Présidente de Bluemind Foundation. Photo © DR.

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1 000 coiffeuses formées
300 000 femmes touchées

Les coiffeuses participantes sont sélectionnées à la suite d’appels à candidatures diffusés dans les salons et via les syndicats professionnels. La sélection repose sur plusieurs critères : l’expérience professionnelle (au moins deux ans), la stabilité de l’activité et la capacité d’écoute et d’empathie.
Elles bénéficient ensuite d’une formation de trois jours, mêlant théorie et pratique, dispensée par des psychiatres et des experts en santé mentale. Cette formation est suivie d’un accompagnement sur six mois, incluant des rendez-vous individuels et des sessions collectives.

Face aux 66 millions de femmes africaines qui souffrent de troubles de santé mentale, souvent très jeunes, notre action reste encore modeste : environ 1 000 coiffeuses formées et 300 000 femmes touchées. L’objectif est désormais d’élargir l’impact de ce programme, alors que près de 85 % des femmes africaines n’ont aujourd’hui aucun accès aux soins de santé mentale.

En Afrique, on compte parfois un thérapeute pour 500 000 habitants, voire davantage, alors que l’OMS recommande un pour 5 000 habitants. L’accès aux soins en santé mentale reste donc extrêmement limité.

La santé mentale est pourtant une question de santé publique universelle. Elle concerne aussi les diasporas africaines en Europe, notamment en France, où certaines personnes rencontrent des difficultés particulières pour accéder à des espaces d’écoute, en raison de tabous culturels ou de conditions sociales parfois précaires.

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Une ligne d’écoute
« par des jeunes pour des jeunes »

La Bluemind Foundation développe également un second programme consacré à la prévention du suicide et des addictions chez les jeunes africains de moins de 25 ans.
De nombreux jeunes font aujourd’hui face à une combinaison de pressions : incertitudes économiques, pression sociale, manque d’espaces de dialogue et inquiétudes liées à l’avenir. Ces facteurs peuvent générer des détresses profondes.

Pour répondre à cette réalité, nous avons mis en place au Togo un centre d’appel accessible via une application, permettant de proposer une ligne d’écoute « par des jeunes pour des jeunes ».
Le développement opérationnel de ce dispositif nécessite toutefois des moyens supplémentaires, notamment pour former les jeunes écoutants et assurer leur encadrement par un conseil scientifique, composé de médecins et de spécialistes des addictions.

Une coiffure qui a certainement requis beaucoup de temps de travail… et de talent d’équilibriste ! Photo © Bluemind Foundation.

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APP - Comment faire plus pour remédier à cette situation ?
Marie-Alix DE PUTTER -
En Afrique comme ailleurs, la santé mentale reste souvent entourée de stigmatisation. Les psychiatres eux-mêmes peuvent être marginalisés, alors que leur travail exige un investissement humain considérable dans des contextes où les ressources restent limitées.
Il est important de rappeler que tout le monde a une santé mentale, mais que certaines personnes peuvent développer des troubles nécessitant un accompagnement spécifique.

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Toucher 5 millions de femmes
et de jeunes d’ici à 2030

La Bluemind Foundation agit principalement en prévention, en favorisant des espaces d’écoute active, sans jugement, afin de soutenir les personnes vulnérables et de faciliter leur orientation vers le système de soins, lorsque cela est nécessaire.
Nous organisons notamment des cercles de soutien pour des femmes souffrant notamment d’anxiété ou de dépression. Ces dispositifs n’ont pas vocation à traiter les troubles psychiatriques sévères, mais à intervenir plus tôt pour éviter l’isolement et accompagner vers les professionnels lorsque la situation l’exige.
Pour amplifier cet impact, nous avons besoin de financements pérennes permettant de soutenir plus de femmes, rémunérer correctement les professionnels et partenaires engagés dans ces programmes.

Notre ambition est d’étendre progressivement nos actions au-delà des grandes villes, notamment vers les zones rurales où l’accès aux services reste très limité. L’objectif est de former 5 000 coiffeuses dans 20 villes et de toucher 5 millions de femmes et de jeunes d’ici à 2030.
La Bluemind Foundation a déjà bénéficié d’un financement de stade 1 (200 000 euros) et stade 2 (jusqu’à 1,5 million d’euros) du Fonds d’innovation pour le développement (FID). Ce soutien nous a permis de former des centaines de coiffeuses, d’atteindre plus de 300 000 femmes et de conduire des travaux de recherche sur le terrain, dans un contexte où la recherche en santé mentale représente moins de 5 % des travaux au niveau mondial.

Nous espérons aujourd’hui poursuivre cette dynamique dans une nouvelle phase du programme pour la période 2024-2027, notamment en collaboration avec d’autres partenaires, comme l’Association internationale des maires francophones (AIMF) avec qui nous avons un partenariat et qui souhaite impliquer davantage les collectivités locales.

APP - Votre mot de la fin ?
Marie-Alix DE PUTTER -
Je le répète souvent : la santé mentale, c’est la santé.
Les besoins sont immenses, en Afrique comme ailleurs, et il faut mobiliser toutes les énergies pour y répondre.
Cela suppose l’engagement des institutions publiques, bien sûr, mais aussi celui du secteur privé, à travers le mécénat, la RSE et les partenariats, ainsi que celui des chercheurs et de la société civile.
Nous espérons également pouvoir développer davantage d’actions en France, notamment à destination des diasporas africaines.
Et nous donnons rendez-vous à vos lectrices et lecteurs en décembre prochain à Paris, pour un grand événement inédit.

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Paris, 25/03/ 2025 - XXIe Conférence des Ambassadeurs de Paris (CAP 21) : « Le rôle des États, des assureurs et médiateurs pour sécuriser et financer l’investissement en Afrique » - Inscriptions Early Bird ouvertes

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Le constat est unanime : l’Afrique pâtit de la surévaluation du risque, une lourde pénalisation pourtant fondée sur des préjugés largement fantasmatiques, obsolètes et injustes. Comment inverser la tendance ? États, assureurs, avocats d’affaires et autres intervenants contribuent à l’émergence d’un écosystème efficient que la CAP 21 vous propose de découvrir.

En effet, les États s’efforcent désormais d’améliorer l’environnement des affaires et le contexte juridique afin de rassurer les investisseurs et favoriser les IDE. D’autres acteurs jouent aussi un rôle décisif : les assureurs et conseillers qui accompagnent les investisseurs. Un écosystème émergent et porteur d’avenir…

dès maintenant et je profite du tarif Early Bird

à la XXIe Conférence des Ambassadeurs de Paris,
dédiée au thème :
« Le rôle des États, des assureurs et médiateurs pour sécuriser et financer l’investissement en Afrique »

MERCREDI 25 MARS 2026
de 18 h (accueil dès 17 h 30) à 20 h 00,
puis cocktail VIP de réseautage
à :
HEIP - École des Hautes Études Internationales et Politiques
Campus Paris - Eiffel 1
10, Rue Sextius Michel, 75015 Paris (Métro Dupleix
)

MOT D’ACCUEIL
M. Richard AMALVY, Directeur académique de HEIP

UN PANEL PRESTIGIEUX

> SEM Mohamed Yahya TEISS, Ambassadeur de MAURITANIE
> S. E. Mme Mahlet Hailu GUADEY , Ambassadeure d’ÉTHIOPIE
> M. Étienne GIROS, Président du CIAN (Conseil français des investisseurs en Afrique) et de et l’EBCAM (European Business Council for Africa)
> Maître David MÉHEUT, Managing Partner Clyde&Co,
avocat spécialiste assurances
> Professeur Fouad NOHRA, ​​Directeur des études du CEDS,
Maître de Conférences HDR
> M. Daniel AZÉBAZÉ, Étudiant en MSc HEIP,Président de l’association ROOTS
> Alfred MIGNOT, producteur et modérateur des CAP,
Directeur Africapresse.paris

NB > Panel en cours de finalisation

dès maintenant et je profite du tarif Early Bird

Lors de votre inscription,
> n’oubliez pas de renseigner votre adresse de courriel. Après vous être inscrit, vous y recevrez votre billet, envoyé par notre plateforme d’inscription Weezevent : support@weezevent.com
> La conférence est photographiée et filmée. Toute inscription vaut pour acceptation.

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