Luis Filipe TAVARES (VP du MpD) : « La démocratie recule en Afrique quand la gouvernance est défaillante »
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Propos recueillis par Bruno FANUCCHI pour AfricaPresse.Paris (APP)
@africa_presse
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APP – Figure politique du Cap-Vert, ayant occupé d’importants postes ministériels, pouvez-vous nous retracer votre parcours ?
Luis Filipe TAVARES – Né dans un quartier populaire, fier et emblématique de Praia, le Bairro Craveiro Lopes, j’y ai effectué mes études primaires. Puis j’ai suivi des études secondaires au Lycée Domingos Ramos, au Plateau. En 1986, j’ai quitté mon pays pour la France afin d’y entreprendre des études supérieures en Normandie, une région à laquelle je reste profondément attaché et où j’ai noué des amitiés sincères et durables.
J’éprouve pour la France une affection profonde, tout comme pour le Maroc, deux pays que je porte dans mon cœur. La France m’a tant donné : j’y ai bénéficié d’une bourse du gouvernement français et j’y ai poursuivi mes études à l’Université de Rouen, sur le campus de Mont-Saint-Aignan. J’ai également eu l’immense honneur d’être décoré de l’Ordre national du Mérite par le Président de la République française.
APP – Vous avez également une grande passion pour le Maroc...
Luis Filipe TAVARES - Dans les années 1980, je participais aux championnats universitaires de football sur le campus, véritable carrefour de cultures et de fraternité, où se retrouvaient des étudiants de toutes nationalités. Faute d’équipe cap-verdienne, j’eus l’honneur de défendre les couleurs de l’équipe marocaine en tant que gardien de but et, permettez-moi de le dire avec un sourire, un très bon gardien de but... C’est ainsi, sur les terrains comme dans la vie, qu’est né mon attachement pour le Maroc. Ces terres d’accueil et d’amitié, la France et le Maroc, ont éclairé mon chemin et enrichi mon destin.
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« La Déclaration de Praia
est un signal politique »
APP – L’IDC vient de tenir à Praia une conférence sur le thème de « La démocratie en Afrique » en présence de nombreuses personnalités comme l’ancien Président colombien Andrès Pastrana. Est-il possible de nous résumer les grandes lignes de la Déclaration de Praia ?
Luis Filipe TAVARES - La Déclaration de Praia est, très clairement, un texte de rupture. Rupture avec une certaine complaisance vis-à-vis des dérives autoritaires. Rupture avec l’illusion selon laquelle des élections suffiraient à fonder une démocratie. Rupture, enfin, avec cette banalisation progressive de pratiques contraires à l’esprit démocratique. À Praia, nous avons dit les choses telles qu’elles sont : la démocratie est une exigence. Elle suppose des institutions crédibles, une justice indépendante, une presse libre et une gouvernance responsable.
Car il n’y a pas de stabilité durable hors de la démocratie. Il n’y a pas de développement soutenable sans État de droit. Face à la montée des régimes d’exception, des coups d’État, militaires ou constitutionnels, nous avons exprimé une position sans ambiguïté : aucun recul démocratique ne peut être normalisé en Afrique.
APP – Votre pays insulaire n’est-il pas un îlot de démocratie aujourd’hui en Afrique de l’Ouest ?
Luis Filipe TAVARES – Le Cap-Vert n’est pas un miracle. C’est un choix. Un choix constant, depuis des décennies, en faveur de la démocratie, de l’État de droit et de la bonne gouvernance.
Aujourd’hui, notre pays est classé parmi les démocraties les plus solides au monde (30e rang), première démocratie d’Afrique selon Economist Intelligence Unit. Il figure également parmi les pays les plus libres en matière de presse selon Reporters Sans Frontières. Et il se distingue comme l’un des mieux gouvernés du continent dans Ibrahim Index of African Governance.
Cela démontre une chose très simple : la démocratie fonctionne en Afrique lorsqu’elle est sincèrement pratiquée. Mais c’est aussi un avertissement. Lorsque la gouvernance échoue, lorsque les institutions sont affaiblies, lorsque les libertés sont restreintes, les extrêmes progressent. Les coups d’État trouvent alors un terrain fertile. Et la défiance devient la norme.
La crise démocratique que traverse une partie de l’Afrique de l’Ouest n’est pas une fatalité. Elle est le résultat de choix politiques. Il faut avoir le courage de le dire : la démocratie ne recule pas en Afrique par hasard. Elle recule là où la gouvernance est défaillante. Elle recule là où les élites politiques se coupent des citoyens, là où l’État cesse d’être au service du peuple. Nous devons donc changer de paradigme : moins de discours, plus de résultats. Moins de promesses, plus de responsabilité.
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« La langue et la culture françaises
représentent énormément pour moi »
APP – Quelles sont « vos recettes » pour la démocratie en Afrique ? Le Cap-Vert peut-il avoir un rôle exemplaire en ce domaine ?
Luis Filipe TAVARES – Il n’y a pas de recettes miracles… Le Cap-Vert ne doit pas rester discret. Nous avons une responsabilité. Non pas celle de donner des leçons, mais celle de montrer, par les faits, que la démocratie est possible, efficace et performante en Afrique.
Nous devons défendre activement les valeurs démocratiques, promouvoir des espaces de dialogue politique et utiliser notre crédibilité internationale pour influencer positivement notre environnement régional. La Conférence de Praia n’est pas un événement isolé. C’est un signal politique !
APP – Votre pays – où l’on parle portugais – adhère pourtant à la grande famille francophone. Que représentent pour vous la langue et la culture françaises ?
Luis Filipe TAVARES – La langue française est pour moi un instrument de pensée, mais aussi un outil stratégique. Elle permet de dialoguer avec une partie essentielle du monde, de l’Afrique et de porter un message politique dans des espaces d’influence majeurs. Elle est une langue de diplomatie, de débat et de projection internationale.
La langue et la culture françaises représentent énormément pour moi. J’ai lu les grands classiques de la littérature française et je m’exprime avec aisance en français, notamment grâce à la qualité de l’enseignement que j’ai reçu au CAVILAM, Alliance Française, à Vichy, dans l’Allier.
Au cours de mes fonctions politiques en tant que Premier-adjoint au Maire de Praia, en tant que ministre des Affaires étrangères et ministre de la Défense, j’ai eu l’occasion de me rendre fréquemment en France et d’y nouer des relations encore plus privilégiées, notamment au sein de la classe politique.
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« Cette tournée en Europe vise
à mobiliser notre diaspora »
Vice-Président du MpD (Mouvement pour la Démocratie), vous entamez cette semaine une grande tournée en Europe à la veille des élections générales prévues dans votre pays le 17 mai. Quelles en seront les principales étapes ?
Luis Filipe TAVARES - Oui, j’accompagne notre Président et Premier ministre, Ulisses Correia e Silva, qui doit tenir des réunions politiques avec nos structures locales et les communautés capverdiennnes en Suisse, en France et aux Pays-Bas, afin de bien préparer les élections législatives au Cap-Vert, prévues le 17 mai prochain.
Nous disposons d’un excellent Premier ministre, fort d’un bilan gouvernemental solide, qui se présente pour la troisième fois consécutive au poste de chef du gouvernement. Les Capverdiens lui accordent leur confiance et je suis convaincu que le Mouvement pour la Démocratie remportera ces élections. Lorsque le MpD est au pouvoir, le Cap-Vert progresse plus rapidement.
Notre économie se porte bien et, au regard du contexte international actuel, marqué par de profonds bouleversements géopolitiques, le Cap-Vert a encore besoin de l’expérience et du leadership de Ulisses Correia e Silva en tant que Premier ministre.
Cette tournée vise donc à mobiliser notre diaspora autour d’un projet clair : continuer à faire avancer le Cap-Vert dans un monde incertain. Sous la direction du Premier ministre Ulisses Correia e Silva, le pays a démontré sa capacité à résister aux crises et à maintenir un cap. Ce n’est pas un détail, c’est un facteur de crédibilité !
APP – Avec notamment un passage à Paris à la rencontre de l’importante diaspora cap-verdienne...
Luis Filipe TAVARES – Le passage à Paris du Président du Mouvement pour la Démocratie et Premier ministre du Cap-Vert, Ulisses Correia e Silva, revêt une importance toute particulière au regard du rôle central que joue la communauté cap-verdienne établie en France. Forte, dynamique et profondément attachée à ses racines, cette diaspora constitue un pilier essentiel de la vie nationale, tant sur le plan économique que social et culturel. À travers ses transferts financiers, ses investissements, mais aussi son engagement citoyen et politique, elle contribue de manière déterminante au développement du Cap-Vert et au renforcement des liens entre les deux pays. Cette visite est ainsi l’occasion de consolider ce lien de confiance et de proximité entre le MpD, son leadership et les Capverdiens de l’extérieur.
Au-delà de sa dimension politique, cette étape parisienne s’inscrit dans une vision plus large : celle d’un Cap-Vert ouvert sur le monde, qui valorise pleinement le potentiel de sa diaspora comme levier de croissance et de modernisation. Sous l’impulsion d’Ulisses Correia e Silva, le MpD a toujours reconnu et encouragé le rôle stratégique des communautés à l’étranger dans la transformation économique du pays, notamment au travers du transfert de compétences, l’entrepreneuriat et les réseaux d’influence.
APP – Un dernier mot pour conclure notre entretien ?
Luis Filipe TAVARES – Nous vivons une époque de turbulences profondes, marquée par le doute, les incertitudes et la remise en cause des repères établis. Dans un tel contexte, les peuples n’attendent plus des slogans : ils exigent des résultats concrets, de la stabilité et des dirigeants crédibles, capables de tenir le cap dans la tempête.
Le Cap-Vert dispose aujourd’hui de cette crédibilité. Sous la conduite de Ulisses Correia e Silva, le pays a démontré sa capacité à gouverner avec sérieux, responsabilité et vision, en assurant la stabilité des institutions et des progrès économiques tangibles. Le choix qui s’offre aux Cap-Verdiens est donc limpide : poursuivre sur la voie de la stabilité, du progrès et de la confiance, ou s’engager dans l’incertitude et l’imprévisibilité. Pour ma part, je fais confiance à la maturité démocratique de notre peuple, qui saura, en toute lucidité, faire le choix de la continuité responsable et de l’avenir.
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RÉSERVEZ LA DATE
La XXIIe Conférence des Ambassadeurs de Paris (CAP 22)
se tiendra en deuxième quinzaine du mois de mai
Thème : Focus sur les atouts économiques de la Tunisie
Avec la participation confirmée de Son Excellence
M. Dhia KHALED, Ambassadeur de la Tunisie en France
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Plus d’informations prochainement.
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Contact partenariats et candidats panélistes :
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06 43 19 12 05
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