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Les propositions du Business Fashion Forum pour redynamiser le partenariat textile-habillement euromed

La première conférence du Business Fashion Forum (BFF) s’est tenue le 21 avril 2011 à Paris sur le thème : « Redynamiser le partenariat textile-habillement euromed ». Jean-François Limantour, Président du CEDITH (Cercle Euroméditerranéen des Dirigeants Textile-Habillement) et Président co-fondateur du BFF, nous livre ici la synthèse de l’analyse et les propositions issues de la conférence.

Photo ci-dessus : Jean-François Limantour, Président du CEDITH (Cercle euroméditerranéen des dirigeants Textile-Habillement) et Président co-fondateur du Business Fashion Forum (BFF). © LeJMED.fr - novembre 2009


Les chiffres d’Eurostat démontrent que la situation
du Maghreb continue de se dégrader au profit de la Chine

« Ce thème a été choisi pour trois raisons : en dépit des efforts d’adaptation et de modernisation consentis au cours de ces dernières années par les secteurs textile-habillement méditerranéens, ceux-ci perdent des parts du marché européen sous les coups de butoir de la concurrence internationale, notamment chinoise.

Cette évolution préoccupante pour l’activité industrielle et l’emploi des pays maghrébins est consubstantielle de la politique de démantèlement des quotas de l’accord multifibres mise en oeuvre au niveau de l’OMC en 2005 et, plus généralement, est une conséquence du processus d’érosion des préférences européennes accordées aux pays méditerranéens.

Cette évolution qui dément l’idée selon laquelle on assisterait à un mouvement de reflux du sourcing européen de l’Asie vers les pays méditerranéens, trouve sa traduction dans les statistiques d’Eurostat : la part du Maroc dans les importations européennes textile-habillement est tombée de 3,4 % en 2005 à 2,7 % en 2010. Celle de la Tunisie est passée de 3,9 % à 3,1 %. À l’inverse, au cours de la même période, celle de la Chine a grimpé de 31,0 % à 41,7 % et celle du Bangladesh, de 5,4 % à 7,2 %.

Un partenarait eurmed vital pour le Maghreb

Le partenariat textile-habillement euro-méditerranéen est très important, vital même pour les économies du Maghreb. Ainsi, en 2010 la Tunisie était le 6e fournisseur de l’Union européenne et le Maroc, le 7e. S’agissant plus précisément de la France, le Maroc en était le 5e fournisseur en habillement en 2010 et la Tunisie, le 6e. À l’inverse, la Tunisie était le 3e client de la France en textile (tissus, fils,..) et le Maroc le 5e. Autre exemple de ce partenariat très fort : sur les 2 050 entreprises que compte le secteur textile-habillement tunisien, 373 sont françaises (capitaux 100 % français ou mixtes)

Les conséquences du « Printemps arabe »

La « révolution du Jasmin » en Tunisie et ses effets de contagion dans certains pays arabes créent des inquiétudes et des interrogations chez les distributeurs et industriels européens en matière de sécurité des approvisionnements, de fonctionnement des usines délocalisées et de coûts de production. Les dirigeants du Business Fashion Forum ont donc estimé qu’il était important de faire le point sur cette question et de donner l’opportunité aux producteurs maghrébins de s’exprimer sur ce problème.

Les interventions et discussions entre les participants de la conférence ont notamment permis d’aborder les sujets suivants :

- quelques problèmes sont intervenus ponctuellement en Tunisie, au plus fort de la révolution du Jasmin, en matière d’approvisionnement des entreprises, de fonctionnement des usines, de transport et de fonctionnement des infrastructures portuaires. Mais, ces problèmes ont été très limités et la situation est actuellement sous contrôle. La meilleure preuve en est que les exportations textile-habillement tunisiennes du premier trimestre 2011 sont en augmentation de 5 % par rapport à celles du premier trimestre 2010 (avec notamment une augmentation de 24 % en mars 2011 /mars 2010).

Par ailleurs, un dialogue responsable s’est instauré entre les partenaires sociaux tunisiens, permettant d’envisager une bonne maîtrise des coûts salariaux, un fonctionnement « normal » des ateliers de production et des perspectives sérieuses d’amélioration des conditions de travail permettant à la fois une amélioration du cadre de vie des salariés dans les entreprises et une meilleure adaptation des entreprises aux impératifs des marchés en termes de flexibilité et de réactivité.

Seules les entreprises en retard au plan social peuvent craindre des conséquences négatives sur leurs coûts salariaux. Au Maroc, la situation sociale est calme et les entreprises fonctionnent normalement.

La question-clé des conditions d’approvisionnement

La question du coût et de la disponibilité des matières premières est un sujet de préoccupation pour les entreprises du secteur. Il semblerait cependant que l’on s’achemine vers une certaine détente des prix du coton sur le marché mondial, suite à la perspective de meilleures récoltes, à l’augmentation des surfaces emblavées (par exemple en Afrique) et à la décision des autorités indiennes de dé-contingenter les exportations de fibres et de fils de coton.

Au-delà de cet aspect « conjoncturel », il ressort des discussions que le problème des conditions d’approvisionnement du secteur maghrébin d’habillement en tissus et fils demeure une question clé pour la compétitivité des entreprises, compte tenu de la faiblesse de l’amont textile dans les pays de la rive sud méditerranéenne.

Il en ressort qu’il conviendrait :

- d’inciter les producteurs textiles européens à accentuer leurs efforts d’investissement dans le Maghreb (ennoblissement, tissus techniques, etc…)
- de modifier la règle d’origine préférentielle européenne pour passer de la double à la simple transformation. Ceci permettrait aux entreprises méditerranéennes d’accéder sans contraintes au marché mondial des matières premières, avec une espérance de gains moyens de compétitivité de l’ordre de 20 % à 25 %, et donc de renforcer ainsi significativement le partenariat textile-habillement euromed face aux pays asiatiques.

Contre le projet européen de marquage de l’origine

Concernant le marquage de l’origine, la quasi-unanimité des participants se prononcent contre le projet européen, considérant que :

- le marquage obligatoire de l’origine n’assure en rien la traçabilité des produits ;
- il est générateur de coûts supplémentaires - les consommateurs se soucient beaucoup plus du rapport qualité/prix des produits que de leur origine ;
- la mise en œuvre du projet européen serait générateur de distorsions de concurrence au détriment des producteurs méditerranéens par rapport aux producteurs turcs.

Les participants font observer que la situation actuelle est convenable, offrant aux entreprises la faculté de mettre des étiquettes d’origine si elles estiment que cela valorise leur offre de produits.

Renforcer les compétences et la formation

Les participants considèrent que la plupart des entreprises méditerranéennes souffrent de problèmes de compétences de leur personnel, ce qui altère sérieusement leur compétitivité. Ceci apparaît tout particulièrement dans les domaines de la création, du marketing et de la gestion.

Pour tenter d’y remédier, il conviendrait d’envisager diverses mesures telles que :

- l’incitation des chefs d’entreprises à engager des cadres et techniciens en plus grand nombre ;

- le renforcement des dispositifs de formation dans le Maghreb, dans le cadre de la coopération, par exemple la réalisation du projet d’institut méditerranéen de la mode ;

- l’octroi de bourses européennes aux étudiants maghrébins ;

- le développement de stages d’étudiants méditerranéens dans des entreprises européennes industrielles et de distribution ;

- un octroi facilité de visas pour les étudiants méditerranéens ;

- une aide au recrutement de stylistes en Méditerranée ;

- un plus gros effort de formation de formateurs maghrébins ;

Promotion : de la nécessité d’une concertation euromed

La majorité des participants considèrent que la multiplication de salons textile-habillement dans les pays méditerranéens provoque des phénomènes de déperdition d’énergie qui ne contribuent pas à la valorisation efficace de leurs offres sur les marchés d’exportation.

Une concertation euro-méditerranéenne dans ce domaine semble indispensable pour concevoir et mettre en oeuvre des dispositifs de promotion plus efficaces et moins couteux. Cette concertation devrait également viser à améliorer les moyens de veille économique pour renforcer les exportations méditerranéennes d’habillement sur les marchés européens et, par raison de symétrie, les ventes de tissus et de fils des producteurs européens vers la Méditerranée. A cet effet, il conviendrait, entre autres mesures, de multiplier les rendez-vous de B to B euro-méditerranéens, en marge des salons.

Inciter les IDE à Valeur ajoutée

En dépit des efforts consentis dans le Maghreb pour faire évoluer les entreprises vers le produit fini et la cotraitance, la grande majorité des entreprises méditerranéennes demeurent des entreprises de sous-traitance. De ce fait, le secteur textile-habillement méditerranéen est dangereusement exposé aux concurrents à bas coûts, sa rentabilité en est altérée et sa capacité de recrutement de jeunes diplômés en est singulièrement réduite. Il conviendrait donc d’inciter les investissements directs étrangers (IDE) porteurs de forte valeur ajoutée (bureaux d’études, tissus techniques, marques, dispositifs de R&D,…).

Jean-François Limantour
Président co-fondateur
du « Business Fashion Forum »

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- Sur l’Agenda du BFF : « Pour un partenariat textile-habillement gagnant-gagnant avec la Chine » est le thème de la prochaine conférence du Business Fashion Forum, le vendredi 17 juin 2011.

- Contact Business Fashion Forum,
conditions d’adhésion :
Alain Bogé, vice-Président Exécutif
+33 (0)6 11 32 87 73
AB@businessfashionforum.org

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Sur le même thème :

- Création à Paris de « Business Fashion Forum », club pro des secteurs textile-habillement, mode et luxe (septembre 2010)

- L’Accord d’Agadir et l’Union pour la Méditerranée (novembre 2009)

-  L’importance du secteur textile habillement dans les quatre pays de l’Accord d’Agadir (novembre 2009)

- Jean-François Limantour, Président du CEDITH :
« Comment s’explique la forte baisse des exportations tunisiennes de textile-habillement ? »
(décembre 2009)

- Un Appel tuniso-marocain pour « réinventer la coopération textile Euromed » (novembre 2009)

- Un Appel du CEDITH pour une nouvelle conférence ministérielle Euromed textile (novembre 2009)

- Cinquante-six entreprises de la zone « Agadir » exposent pour la première fois ensemble à Paris (novembre 2009)

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