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« Les mots » de la Méditerranée…
au XVIIe Salon du livre francophone de Beyrouth

Liban | 30 octobre 2010 | src.LeJMED.fr
Beyrouth -

Ce jeudi 28 octobre s’est ouvert au BIEL – principal espace destiné aux congrès et autres manifestations d’envergure au Liban – le XVIIe Salon du livre francophone de Beyrouth, troisième manifestation de ce type au monde pour son importance, après Paris et Montréal. Au programme de cette édition 2010, qui se déroule jusqu’au 7 novembre : 70 conférences et tables rondes, et la présence de 130 auteurs.

Photo ci-dessus : Ziyad Clot, André Bonet, président du CML, Yasmina Khadra, Henri Laurens, Alain Vircondelet et Alexandre Najjar, respectivement lauréats des prix Méditerranée de l’essai 2010 et prix Méditerranée 2009. © DR


Le Salon du livre de Beyrouth, depuis sa création en 1992 à l’initiative de l’Ambassade de France en partenariat avec le Syndicat libanais des importateurs de livres, est devenu un grand rendez-vous littéraire annuel, où l’on découvre la richesse et la vitalité du monde du livre au Liban, le dynamisme des professionnels et la curiosité du grand public. 130 auteurs et 70 conférences et tables rondes sont au programme de cette édition 2010. Organisé depuis 2008 par le Syndicat des Importateurs de livres en partenariat avec la Mission culturelle française au Liban, le Salon de Beyrouth se place, avec plus de 80 000 visiteurs, au 3e rang des salons francophones dans le monde après Paris et Montréal.

Cette XVIIe édition, riche et diversifiée, a accordé une attention particulière à plusieurs pays de la Méditerranée ; c’est l’occasion de rencontrer des auteurs dont on parle, de découvrir des livres inconnus, de se procurer les dernières nouveautés.

L’écume des vagues méditerranéennes a déposé sur le littoral beyrouthin toute la richesse d’une langue à la croisée des cultures, autour d’auteurs aussi prestigieux que Yasmina Khadra, Alain Vircondelet (prix Méditerranée de l’essai 2010), Robert Solé, Malek Chebel, Laurent Gaudé… et beaucoup d’autres encore. Les écrivains libanais sont présents, à travers leurs livres en français ou traduits en français.

Nombre d’auteurs se sont retrouvés pour débattre de l’Égypte, de la Palestine, des langues qui s’appauvrissent, s’enrichissent, disparaissent, des Mille et une nuits toujours présentes chez les auteurs contemporains…

Une table ronde sur le thème de la Méditerranée était organisée par le CML et animée par André Bonet, secrétaire général du Prix Méditerranée, autour d’Alain Vircondelet, biographe de Camus, en présence de Yasmina Khadra, Henri Laurens, Alexandre Najjar et Ziyad Clot.

La rencontre avec Alain Vircondelet auteur de "Camus, fils d’Alger" a été l’un des moments forts de ces journées inaugurales. Pour la première fois, une biographie s’attache à éclairer le génie d’Albert Camus par le génie de sa terre natale, l’Algérie, et celui de sa ville tant aimée, Alger, sans lesquelles, disait-il, il ne pouvait pas vivre…

Autre livre très remarqué, celui de Ziyad Clot, d’origine palestinienne par sa mère originaire de Haïfa, "Il n’y aura pas d’État palestinien" (Ed. Max Milo). Le conflit israélo-palestinien est devenu au fil des années un bruit de fond, perdant souvent en intelligibilité ce qu’il conserve en familiarité. Violences à Gaza et intermèdes diplomatiques à Washington ou à Charm El-Cheikh se succèdent sans que l’on puisse mesurer les chances de parvenir un jour à un règlement, ni les risques d’un basculement dans une nouvelle guerre.

Agrégé d’histoire et diplômé d’arabe littéraire à l’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO), docteur d’État, Henry Laurens est professeur au Collège de France, où il est titulaire de la chaire d’histoire contemporaine du monde arabe. Henry Laurens est membre du comité éditorial de la revue Maghreb-Machrek. Familier du Salon du livre francophone de Beyrouth, il a présenté son dernier livre "Terrorismes : histoire et droit", écrit en collaboration avec Mireille Delmas-Marty (CNRS Éditions, 2010).

Autre invité d’honneur du Salon, Yasmina Khadra, de son vrai nom Mohamed Moulessehoul. Il a déjà publié sous ce nom nouvelles et romans en Algérie. Officier dans l’armée algérienne, il a participé à la guerre contre le terrorisme. Il a quitté l’institution en 2000, avec le grade de commandant, pour se consacrer à sa vocation : écrire. Il choisit de le faire en français. Aujourd’hui écrivain internationalement connu, Yasmina Khadra est traduit en 33 langues. L’auteur de « L’attentat » considère que l’Union pour la Méditerranée est une chance et notamment pour son pays, l’Algérie. Un pays dont il connaît les failles, mais aussi les richesses. Pour lui le mot « Méditerranée » évoque un territoire de partage ; un superbe bassin, qui a porté mythologies, légendes, mais aussi tragédies.

Le regard que l’on pose sur cette mer est le même : il est très affectueux. Mais l’esprit interprète ce regard de façon différente. Les Algériens y voient une échappatoire, une porte donnant sur le clinquant illusoire. Certains Français y voient toutes les conquêtes de la guerre, qui relèvent aujourd’hui de la nostalgie. Pour certains pays, c’est l’arrivée du malheur et de l’agression. Pour d’autres, c’est une fenêtre donnant sur des attentes heureuses…

Le BIEL vit depuis jeudi 28 octobre et jusqu’au 7 novembre prochain au rythme de ce bouillonnement.

André Bonet
Président du Centre Méditerranéen de Littérature


Verbatin : "les mots" du ministre…

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Sur la photo, de g. à dr. : André Bonet, Président du Centre Méditerranéen de Littérature ; Alain Vircondelet, prix Méditerranée de l’essai 2010, invité d’honneur du Salon ; Ibrahim Najjar, ministre libanais de la Justice, qui présidait l’inauguration du Salon. © DR

De nombreuses personnalités étaient présentes pour célébrer le début de cette grande manifestation annuelle de la francophonie. Le ministre de l’Information Tarek Mitri représentait pour l’inauguration du Salon du livre francophone de Beyrouth le président Michel Sleiman. Le ministre de la Justice Ibrahim Najjar était là lui aussi, représentant le ministre de la Culture Salim Wardé.

Dans son discours inaugural, le ministre de la Justice rappela le pouvoir immense des mots de la Méditerranée :
"Les mots de la Méditerranée sont plus réels, certes. Au Liban, ils meublent notre langage, ils alphabétisent notre expression, je veux dire notre liberté. Le mot de Francophonie est le véhicule d’une culture supplémentaire, une culture de différence, de liberté.

C’est en ce sens que la Méditerranée est notre langage. Elle est faite de mots bleu-ciel, de vert azur, de rose couchant, de mots tus, de dits, de non-dits. Bref, la Méditerranée a une rive ; elle a une couleur pour ses mots : notre alphabet ? Peut-être ! Mais sans aucun doute la rencontre autour du partage des mots. Les mots qui nous unissent dans la dignité, dans la libanité, dans la francophonie. "

Étaient aussi présents Denis Pietton, ambassadeur de France au Liban, qui a rappelé que "Les livres expriment les valeurs de la francophonie : le respect, la tolérance, l’ouverture à l’autre". Ruth Flint, ambassadrice de Suisse qui vient de succéder à François Barras, a quant à elle affirmé que l’ordinateur ne pourra jamais faire oublier le livre, porteur d’une "richesse culturelle dont aucune civilisation ne peut se passer."

Lors de la soirée inaugurale, les deux organismes porteurs du projet – la Mission Culturelle Française, et le Syndicat des Importateurs du Livre au Liban – étaient respectivement représentés par Aurélien Lechevallier, Martine Gillet et Pierre Sayegh.

A. B.


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