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Dossier INVESTIR AU MALI

Les mines, premier contributeur au budget, médaille d’or de l’économie du Mali

24 décembre 2017
Vue du site de Kodiéran dans la région aurifère de Sissoko, au sud du pays, frontalière de la Guinée. © DR

Pays des hauts fourneaux traditionnels et des fonderies d’or depuis Mansa Moussa (dixième « mansa » du Mali, « Roi des rois » qui régna sur l’Empire du Mali de 1312 à 1332 et qui est considéré comme l’un des hommes les plus riches de l’Histoire), le Mali est aujourd’hui le 3e producteur d’or d’Afrique, après l’Afrique du Sud et le Ghana. Mais désormais le pays ambitionne de faire encore mieux.


Un article de Bruno Fanucchi, à Bamako

Avec une production minière (dont 95 % d’or) qui représente plus de 7 % du PIB, 75 % des valeurs à l’exportation et 30 % des recettes fiscales, les mines sont devenues le premier contributeur au budget national.
« Les orpailleurs maliens ont, depuis plus de huit siècles, maîtrisé les techniques d’extraction et de traitement de l’or », expose Abdoulaye Pona, président de la Chambre des Mines du Mali, qui fait observer que « les plus grandes sociétés minières opérant au Mali sont nées au Mali et ont prospéré sur le sol malien avant d’entreprendre la conquête du reste du monde ». Revue de détail de ces mines qui rapportent tant.

Dernière née des mines industrielles au Mali, celle de Kodiéran (située à 300 km au sud de Bamako) a été inaugurée en février 2012 et a redémarré vraiment au début 2017, comme l’explique Aliou Boubacar Diallo, le patron de la société Wassoul’Or qui en assure l’exploitation avec une certaine fierté, car « c’est la seule mine à capitaux majoritairement (75 %) maliens ».

Une dixième mine mise en exploitation

Première mine industrielle mise en service au Mali en 1985, la mine de Kalana (située à moins de 7 km de la précédente) est aujourd’hui la propriété de la société sud-africaine Avnel Gold Mining Limited qui a signé en 2009 un partenariat stratégique avec la société IamGold.

Propriété de la compagnie canadienne B2Gold, la mine de Fekola, la dixième mine d’or entrée en production à l’automne 2017, est à ciel ouvert et sera « l’une des plus productives au monde », selon son vice-président Bill Lytle. Les recherches effectuées ont permis de mettre en évidence quelque 3,72 millions d’once d’or, soit l’équivalent de 205 tonnes d’or exploitables sur une période de neuf ans et demi.

La mine de Sadiola, dont l’exploitation à ciel ouvert a commencé en 1996, est située à 77 km de Kayes. « Malgré les difficultés actuelles, la mine de Sadiola demeure le 2e producteur d’or au Mali », assure André Strydom (DG d’AngloGold Ashanti Mali) qui cherche à « prolonger de dix ans la vie de Sadiola » car la mine voisine de Yatela, l’autre grande mine exploitée par sa compagnie depuis 2001, « est en train de fermer ».

Des entreprises de classe mondiale en Afrique

La durée de vie d’une mine, c’est un véritable sujet de préoccupation pour le Mali et tous les miniers. La prospection et les recherches pour connaître exactement les réserves d’or potentielles d’un site s’avèrent en effet extrêmement longues et coûteuses, et les plus grandes sociétés hésitent parfois à prendre la décision de poursuite d’une exploitation en ne sachant pas si le jeu en vaut véritablement la chandelle.

« C’est au Mali que nous avons commencé à produire de l’or en 1996 et ce pays demeure une composante importante de notre groupe », se souvient Mark Bristow, PDG de Randgold Ressources (première société aurifère d’Afrique subsaharienne) et « témoin des transformations et des défis auxquels le Mali a été confronté ces dernières années ».

« Nous employons directement environ 6 000 personnes, dont 4 200 dans les mines de Loulo et de Gounkoto. Nous avons prouvé à l’industrie minière qu’il est possible de développer des entreprises de classe mondiale en Afrique, au profit des investisseurs et au bénéfice des pays d’accueil », observe-t-il. Avant d’expliquer ainsi la démarche de sa société au Mali : « Je suis Africain et nous employons des Africains. Nous ne sommes pas un investisseur venant avec réticence profiter d’une opportunité. Nous investissons sur le long terme. »

Entrée en production en 2000 puis fermée en 2013, la mine de Morila fut la plus productive des mines maliennes avec plus de 225 tonnes d’or produites et a rapporté – pendant cette première durée d’exploitation – plus de 133 milliards de FCFA de dividendes à l’État malien. Avant d’être à nouveau exploitée par la société Randgold qui envisage de poursuivre la production jusqu’à la fin de 2019. « Nous faisons des acrobaties pour rallonger la durée de vie de la mine », assure aujourd’hui son directeur Adama Koné.

« Notre plus grand souhait, c’est le retour des investisseurs au Mali », confie Abdel Kader Maïga, représentant à Bamako de la Société canadienne Robex, qui exploite depuis janvier 2017 la mine de Nampala, dans la région de Sikasso, et assure avoir déjà d’autres permis et cinq sites sur lesquels il faut poursuivre de longs travaux de recherche et de prospection.

Au Mali, il n’y a pas que de l’or...

« Le secteur minier est un domaine sécurisé », assure précisément Lamine Dembélé, Secrétaire général du ministère des Mines, en soulignant que le Mali a les réserves naturelles et le potentiel humain et industriel pour améliorer encore ses rendements et sa position sur le marché international.
Avec pour but clairement affiché que le secteur des mines participe davantage encore au développement économique du pays. C’est d’ailleurs tout le sens de l’actuelle refonte complète du Code minier de 2012.

Géologue reconnu, le Professeur Tiémoko Sangaré, a été nommé ministre des Mines en septembre 2016, avec l’ambition de doter le Mali d’une stratégie de développement du secteur au travers d’une Loi de programmation décennale (2016-2025). Et il a entamé une refonte totale du Code minier de 2012 pour inscrire l’activité minière dans un projet de développement durable et faire davantage profiter les populations de toutes les retombées économiques, sociales et environnementales des mines, souvent exploitées par des compagnies étrangères.

Mais, au Mali, il n’y a pas que de l’or... La Direction générale de la géologie et des mines (DNGM) veut ainsi promouvoir les autres ressources minérales et mettre en valeur ce potentiel inexploité en cherchant à développer la production pétrolière et l’extraction d’autres minerais. Selon sa directrice, Mme Lelenta Hawa Baba Ba, « un projet de cartographie des ressources minières a été lancé en 2015 avec pour objectif de fouiller le sous-sol et d’aller vers la diversification ».

Le fer en est un bon exemple : d’après la Chambre des Mines du Mali, le sous-sol en regorge et le potentiel est estimé à 1,36 milliard de tonnes dans les régions de Kayes et de Koulikoro. Un important gisement comportant des réserves fort prometteuses – de 91 millions de tonnes de fer pour une durée de vie de 40 ans – a ainsi été découvert à Moribabougou, dans la région de Koulikoro.

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