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« Les Détours de Babel », un nouveau festival dédié aux musiques du monde contemporain

France | 26 avril 2011 | src.LeJMED.fr
Grenoble -

La musique contemporaine, le jazz et les musiques improvisées, les musiques électroniques et les musiques du monde se rencontrent, se mêlent, s’hybrident et se retrouvent dans un nouveau festival, les Détours de Babel, qui vient de s’achever à Grenoble où, depuis plus de vingt ans, la musique bat au rythme de l’Europe, du monde et bien entendu de la Méditerranée, grâce aux deux festivals – les 38es Rugissants et le Grenoble Jazz festival – qu’ont dirigé les deux pères fondateurs de ce nouveau projet.

Image ci-dessus : Champ Harmonique (détail), Pierre Sauvageot, Lieux Dits, site La Bastille, Grenoble, avril 2011 & Cie © Elodie Presles


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Jacques Panisset et Benoit Thiebergien, co-directeurs du festival Les Détours de Babel © Jean-Pierre Rosito

« Les Détours par Babel », tel est le nom de baptême de ce tout dernier-né des festivals. Une métaphore bien trouvée. L’héritage de Babel est bien dans l’éloge de la diversité, celle de la biodiversité des hommes, de la multiplicité des langues et des tours et détours que l’on emprunte pour faire de l’altérité une chance pour tous.

Nul doute que Benoit Thiebergien et Jacques Panisset, co-directeurs de cet événement, ont réussi à marquer les esprits en réussissant le pari d’offrir un projet renouvelé où toutes les esthétiques contemporaines s’invitent dans une bienveillance et une compréhension mutuelle qui fertilise chacune des parties en présence : musiciens amateurs et professionnels, lieux d’accueil des aventures de ces « détours », publics témoins et partageant ces « connexions » d’avril.

Chaque année, une thématique sera choisie, en résonance avec les questions qui traversent le monde, au-delà du monopoly mondial mais bien dans cet enjeu de la culture mondialisée, des secousses et des débats qui traversent nos sociétés.

Pour cette édition, un hommage a été rendu à Édouard Glissant et la manifestation placée sous le signe de la « créolisation ». Le vocabulaire s’est donc décliné donc autour de « Musiques et Identités » ou « Connexions », dans une langue poétique.

Benoit Thiebergien, explique la démarche qui a inspiré la création des Détours de Babel :
« La thématique est pour nous une manière de réincarner la création musicale dans des questions qui se posent dans nos sociétés contemporaines. C’est également une manière concrète de donner à entendre et à voir comment les artistes voient le monde au travers du prisme de leur création.
Pour cette année, nous avons choisi le thème « Musiques et Identités » au moment où nos sociétés sont plutôt dans des dynamiques de repli identitaire, où la défiance et l’exclusion s’affirment.
En somme, comment les artistes pensent leur propre identité musicale et répondent, à leur façon, à cette notion de l’identité-relation d’Édouard Glissant, à qui nous dédions cette édition.
La programmation telle qu’elle a été conçue indique que l’identité se construit dans l’appropriation de ce en quoi l’autre peut venir enrichir ma propre identité.
Un message de tolérance, d’acceptation de la mondialité. Une manière d’affirmer que la musique est déjà dans le métissage et de rappeler que, par nature, les identités musicales sont composites »

Jacques Panisset, pour sa part, raconte la genèse de deux des cinq grandes créations transculturelles commandées et produites par le Centre International des Musiques Nomades, structure permanente dédiée à la création :
« Chaque création fait l’objet d’une discussion préalable, puis d’une proposition et d’un accompagnement avec les artistes. Archie Shepp, par exemple, avec ses 73 ans, a été partant pour la rencontre avec les danseurs de « pantsula » (danse urbaine sud-africaine). Il est venu à Grenoble, dans la saison, faire des repérages. Il a beaucoup échangé avec Napoléon Maddox, slameur et « beat boxer », sur la manière d’inventer un imaginaire partagé avec les danseurs. En somme, c’est un processus dans lequel nous sommes engagés au long cours. Dans l’idée que ces rencontres transforment et ne soient pas des “one shot”… »

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Première de la création « Crossroad » Jon Hassell / Jan Bang & Camel Zekri / Le Diwan de Biskra, avril 2011 © Sébastien Cholier

La création, donnée pour la première fois le vendredi 8 avril, à la Maison de la Culture MC2 de Grenoble a enflammé un public pour une soirée qui restera sans doute mythique dans l’histoire de ce festival : six danseurs à l’énergie et la gestuelle incroyables, un Archie Shepp qu’on n’avait jamais autant entendu chanter, et une musique inédite aux entrecroisements plus que nomades.

« Provoquer les rencontres est la colonne vertébrale de ce pari, poursuit Jacques Panisset. Pour Crossroad, Jon Hassel, Jan bang, Camel Zekri et les musiciens du Diwan de Biskra ont beaucoup échangé à distance et chacun connaissait la matière de l’autre. La condition de ces projets est que chacun soit bien ancré dans sa tradition afin d’aborder la rencontre sur des espaces possibles. Camel Zekri a en somme été le passeur entre ces mondes : la priorité a été donnée à la recherche sur le son, sans céder à la facilité de faire du groove, simplement. L’idée est que ces projets nourrissent chacun des protagonistes ».

Par ailleurs,la grammaire choisie est également dans le métissage des formats. Avec une inclinaison particulière pour les in-situ : « Comment peut-on investir et renouveler l’approche avec les publics à travers des manifestations qui se passent dans l’espace public ? Nous proposons à un public, qui n’est pas forcément mélomane, d’aller à sa rencontre dans ses lieux de vie naturel : dans les musées, nous inventons des brunchs musicaux du dimanche, mais aussi des moments de musique sur les marchés et dans les jardins de la ville ; dans des sites naturels nous proposons des bals du samedi soir ou encore des installations pour des balades en plein air, etc. Tel est l’enjeu des propositions hors des salles habituelles de concert », nous confie Benoit Thiebergien.

Sur ce dernier point, Pierre Sauvageot nous adresse une invitation à écouter dans un espace naturel :
« Champ harmonique, c’est d’abord une proposition de musicien, celle de suivre un parcours musical : une symphonie éolienne pour instruments et publics en mouvement. L’idée est de proposer un moment d’écoute pure. Un peu comme le plaisir que l’on a à écouter les vagues, et de retrouver cet état particulier que cela procure.
Dans ce moment où la l’inflation de décibels est un fait, je souhaite proposer quelque chose d’autre. Et je constate que ce projet répond à une envie, qu’ils avaient envie qu’on leur raconte cette histoire. Les gens viennent et restent, même quand il n’y a pas de vent. Ils attendent. Et les espaces dédiés à la pause sont investis. Composer c’est faire avec ce Champ harmonique, fait donc pour et avec l’espace ».

Ancrage local et connexions par les mers, les terres, les sons et les gens voilà tout l’enjeu de ces Détours de Babel.

Que cela soit dit : au-delà des intentions, ce festival, dans la prise de risque stimulante et le tempo qu’il donne, est à l’avant-garde des propositions festivalières qui portent dans l’espace public des expériences de rencontres où les flux de partage humains, culturels et de pensée sont effectifs. Les Détours de Babel sont bel et bien un nouveau rendez-vous à suivre : un de ces moments qui font l’enchantement du monde. Un enchantement fondé sur la nécessité résolument pragmatique du dépassement des diversités pour vivre-ensemble.

Nadia BENDJILALI

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En savoir plus :
- Site du festival Les Détours de Babel

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