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Tribune Libre, par Alfi Malek

Le référendum sur la Constitution de l’Égypte : des avancées réelles, mais encore bien incomplètes

Egypte | 25 mars 2011 | src.LeJMED.fr
Le Caire -

Plus de 14 millions d’Égyptiens, soit 77,2 % des électeurs, ont dit « oui » aux amendements à la Constitution proposés par le référendum du 19 mars 2011, contre seulement 4,1 millions (22,8 %) qui ont dit « non ». Mais, si le succès est indéniable, et marque de réelles avancées, le verrou du fameux Article 2 est toujours bien présent, ainsi que d’autres dispositions restrictives à une ample émergence démocratique, estime Alfi Malek dans sa Tribune Libre.

Image ci-dessus : Affluence dans un bureau de vote égyptien lors du référendum du 19 mars 2011. © Capture vidéo, émission C dans l’air, France 5.


Tribune Libre

Le référendum sur la Constitution de l’Égypte :
des avancées réelles, mais encore bien incomplètes


par Alfi Malek


C’est une commission, nommée par le pouvoir militaire de transition, qui a révisé ces articles de la Constitution soumis au référendum, et relatifs à l’élection présidentielle. Ce sont les articles 76/77/88/93 et, en rapport avec les mesures exceptionnelles liées au terrorisme, l’article 189.

Le résultat de cette révision devrait contribuer à initier une nouvelle ère en Égypte, en modifiant en profondeur la règle de l’élection du président de la République, et limitant à deux mandats de quatre ans son éligibilité.

Encore plusieurs restrictions à la candidature

Il est difficile d’anticiper sur l’application de ces nouvelles règles dans la pratique, et l’on peut constater que quelque 23 % des électeurs ne sont pas d’accord avec ces changements, parce qu’ils inquiètent, par exemple du fait des restrictions sur la nationalité des candidats, qui doivent être égyptiens de père et de mère, n’ayant pas une double nationalité, mais aussi n’ayant pas d’ascendants d’origine étrangère, et n’ayant pas d’épouse d’origine étrangère ou ayant des parents étrangers.

Cette restriction prive d’ailleurs l’Égypte de l’apport de nombre d’Égyptiens ayant brillamment réussi à l’étranger et pouvant apporter à l’Égypte du sang neuf.

Autre questionnement : au vu de la rédaction des textes, il semblerait qu’une femme n’est même pas susceptible de pouvoir se présenter à l’élection.

La réserve de bon nombre des nonistes vient notamment de leur méfiance vis-à-vis de la commission qui aura rédigé ces articles, qui est soupçonnée de sympathie avec les frères musulmans (qui ont appelé à voter oui), voire d’en subir directement l’influence. La minorité copte, par exemple n’est pas forcément rassurée par cette démarche.

On observe toutefois que l’accès à la candidature est simplifié, et cela est dû à la révision complète de l’article 76 de la Constitution.
Cet article, qui date de 2007 avait été façonné sur mesure pour empêcher toute candidature autre que celle de l’ancien président Moubarak, ou celle d’un candidat choisi par lui.
Il suffit désormais de 30 000 signatures de citoyens venant de 15 départements, avec un minimum de 2 000 signatures par département.

Toujours présent : le verrou islamiste de l’Article 2

Mais, la Constitution égyptienne, contient depuis Anouar el Sadate un article dont on a peu parlé jusqu’ici et qui ne fait pas l’objet de révision, l’Article 2. Il dit en substance :
« L’Islam est la religion de l’État dont la langue officielle est l’arabe ; les principes de la loi islamique constituent la source principale de législation. »

Tant que cet article ne sera pas supprimé de la Constitution, on imagine bien que l’Égypte ne pourra pas prétendre à la modernité, à laquelle aspire aujourd’hui sa jeunesse.
Il reste donc du chemin à parcourir et encore des étapes à franchir pour accéder à une vraie démocratie… Et les embûches sont pléthore.

Une Assemblée nationale devrait être normalement élue avant l’élection les présidentielle. Il lui reviendra de décider de la révision – ou plutôt de la réécriture – de la nouvelle Constitution, à l’exception bien entendu des articles qui viennent de faire l’objet du référendum.

Rien n’est encore joué, mais à ce stade, tous les espoirs sont encore permis.

On regrettera toutefois que les Égyptiens résident à l’étranger, souvent d’un bon niveau intellectuel, soient mis à l’écart de cette vie politique, puisqu’ils n’ont pas droit au vote.

Ils sont plusieurs millions, et leur vote pourrait modifier la donne.

Il leur appartiendra de se manifester pour acquérir ce droit.

© Alfi Malek pour LeJMED.fr


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