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Olivier Younès –

Le capital investissement entrepreneurial, outil d’avenir pour la Méditerranée

Tous pays EUROMED-AFRIQUE | 20 janvier 2013 | src.LeJMED.fr
Paris -

Partner de son holding familial de participations Casa Invest, enseignant à HEC et à Dauphine, Olivier Younès a développé depuis plus de dix ans une expérience d’investisseur en capital, accompagnant la création et la gestion de nouveaux fonds dans plusieurs pays émergents, notamment en Méditerranée.
Dans cette Tribune Libre, Olivier Younès analyse comment le capital-investissement lui paraît un outil particulièrement robuste et vertueux pour le financement des PME des pays émergents et, à ce titre, promis « à de grands accomplissements » en Euro-Méditerranée.

Photo ci-dessus : Olivier Younès. © Alfred Mignot - avril 2011


Tribune Libre

Titre original

Pour un capital investissement entrepreneurial :
réconcilier performances financières et sociale

par Olivier YOUNÈS
Partner, Casa Invest
Enseignant à HEC


Le souffle historique des Printemps arabes bouleverse la donne en Méditerranée, devient une source de réflexion et d’inspiration pour de nombreux peuples – jusqu’en Asie – et interpelle les organisations internationales : ainsi, réuni à Deauville le 27 mai, le G8 a-t-il annoncé la mise à disposition de 40 milliards de dollars pour soutenir les transformations régionales (1), renforçant d’une manière forte l’action de l’Union européenne qui, dès février à l’occasion de la conférence annuelle de la BEI, avait commencé de mobiliser des ressources en ce sens.

Reste, désormais, à ancrer dans le réel les perspectives ouvertes par cette nouvelle donne. Cela ne pourra se faire qu’avec l’action concertée des institutions internationales et des pouvoirs publics, démultipliée par l’engagement des professionnels de tous secteurs en Euro-Méditerranée.

Parmi ces acteurs de la « société civile économique », les professionnels de la finance, et particulièrement du capital investissement, doivent, tout en continuant de créer de la valeur actionnariale, évoluer eux aussi vers plus de responsabilité et de citoyenneté : en diffusant l’esprit d’entreprise et les bonnes pratiques de gestion, ils contribueront directement, de surcroît, à une plus grande transparence dans la conduite des affaires locales et régionales.
C’est dans la perspective de cette vision d’avenir que le capital investissement nous paraît promis – appelé ! – à de grands accomplissements en Méditerranée. Voici pourquoi…


Le capital investissement entrepreneurial, un outil « robuste »

Dans son acception la plus large, le capital investissement – ou private equity - consiste dans le financement en fonds propres d’actifs non cotés. A ce titre, il prend des formes mosaïques, allant du financement de grands projets d’infrastructures de type PPP (Partenariat Public-Privé) à celui de start-ups (early stage). Entre ces deux extrêmes, le financement des PME devient une priorité (2).

Conforté et encouragé par les volontés politiques, un capital investissement entrepreneurial doit se diffuser dans l’ensemble de la région : pour porter la croissance, solidifier les fonds propres des PME à fort potentiel mais encore fragiles, et leur permettre de croître pour créer de la valeur et des emplois. Ce faisant, le capital investissement - à la fois actionnaire et administrateur des sociétés financées – diffusera les ressources à long terme, l’esprit d’entreprise et les bonnes pratiques de gestion à l’ensemble des économies.


Les spécificités de la pratique dans les pays émergents

La crise financière a fragilisé l’ensemble de la profession du capital investissement : 660 milliards de dollars US ont été levés en 2008 ; 300 milliards de dollars US ont été levés en 2009. Enfin, 230 milliards de dollars US ont été levés en 2010, soit une évaporation des deux tiers des montants levés par le capital investissement en l’espace de 24 mois. Mais, dans ce contexte d’attrition généralisée, il faut noter la forte progression de la part des fonds levés à destination des pays émergents : celle-ci passe de 11 % des fonds levés en 2009 à 18 % en 2010. (source : Prequin)

Des études convergentes définissent les spécificités du capital investissement dans les pays émergents et en font une pratique à part entière – pour ne pas dire une « classe d’actif particulière ». Quelques-uns des facteurs-clés de succès régulièrement affichés par les experts – et validés sur le terrain – sont : la présence locale et active des investisseurs, la détention d’intérêts minoritaires au capital, la création de valeur par les fondamentaux (accroissement du chiffre d’affaires et des marges) et l’absence d’opérations à effet de levier bancaire.

En la matière, ce sont les études d’IFC-World Bank qui font autorité (International Finance Corporation, l’activité de private equity de la Banque Mondiale). Elles sont fondées sur la base de données propriétaire de l’institution, constituée de plus de 90 fonds d’investissement dans lesquels IFC-World Bank a souscrit, et qui détiennent à leur tour environ 800 PME en portefeuille (source : « The Case for Emerging Markets Private Equity », février 2011).

Parmi les autres contributions figure un rapport du Boston Consulting Group publié en novembre 2010, au titre explicite : « Will Emerging Markets reshape private equity ? ». Ce rapport, qui répond par l’affirmative à la question, conforte les principales conclusions d’IFC-World Bank. Le capital investissement dans les pays émergents y est présenté comme « le nouveau centre de gravité du métier dans le monde », étant passé de 5 % à 30 % du volume des transactions en dix ans - soit un poids désormais équivalent à celui des États-Unis ou de l’Europe.

Enfin, on notera que la pratique du capital investissement dans les pays émergents se caractérise par la gestion de toutes les inefficiences : celles des marchés locaux (de biens, de services, de financements), du climat des affaires et du fait politique. C’est grâce à des équipes de gestion professionnelles, agiles et entraînées à gérer les crises, que des fonds d’investissement créeront de la valeur au bénéfice de leurs souscripteurs – publics et privés – et accompagneront, en la consolidant, la dynamique de classes moyennes consommatrices et éprises de libertés.


Déjà une si longue histoire… en Méditerranée !

Malgré l’apparente technicité du métier, l’approche n’est pas totalement nouvelle. Le principe en a été conçu il y a cinq siècles, précisément en Méditerranée, et a accompagné depuis toutes les grandes découvertes : territoriales, industrielles et scientifiques. De ce point de vue, Christophe Colomb est une figure emblématique du capital investissement dans les pays émergents, ayant posé les invariants du modèle, encore en application aujourd’hui : dans cette analogie historique, les propriétaires des caravelles sont les souscripteurs (fonds souverain espagnol et family offices locaux), l’équipage est l’équipe de gestion et le projet, à fort potentiel et à risque élevé, s’inscrit nécessairement dans le temps long (ouvrir la route des Indes).

Le modèle de private equity prouve ainsi sa robustesse : malgré les mers et les années qui séparent durablement propriétaires et gestionnaires, la relation de mandat qui les unit demeure. Il faut y voir la vertu de deux mécanismes qui structurent, le temps de l’aventure, la relation entre commanditaires et équipage : le reporting fait par l’équipage (la comptabilité en partie double est inventée en Italie à la même époque par Luca Pacioli) et la perspective d’une juste répartition des richesses « créées » suivant une proportion de 80/20 – qui continue de structurer la profession.

En Méditerranée plus qu’ailleurs, les dimensions humaines et le savoir-faire entrepreneurial sont exacerbés, faisant de l’expérience du terrain le facteur clé de succès de tout projet. Le format des fonds d’investissement parachève l’approche : avec une durée de vie moyenne de dix ans, les fonds de capital investissement rendent possible - et souhaitable - une exposition de long terme dans ces pays émergents méditerranéens, au-delà des turbulences du moment.


Olivier YOUNÈS
Partner, Casa Invest
Enseignant à HEC
Paris, 21 juin 2011


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1 - L’inspiration du G8 de mai 2011 - L’article Premier de la Déclaration du G8 sur les Printemps Arabes de mai 2011 réaffirme la portée historique des événements du début d’année :
« Les changements historiques actuellement à l’œuvre en Afrique du Nord et au Moyen-Orient peuvent ouvrir la voie à des transformations comparables à celles survenues en Europe centrale et orientale après la chute du mur de Berlin ».

Parmi les quatre lignes de son programme à destination des « gouvernements réformateurs », deux méritent particulièrement de s’y arrêter : « La modernisation de leurs économies, le soutien au secteur privé, notamment aux PME, pour contribuer à la création d’emplois, et le développement du capital humain et des compétences professionnelles » et « La promotion de l’intégration régionale et mondiale pour bénéficier des fruits de la mondialisation. »

La multiplication des partenariats entre les rives de la Méditerranée doit ainsi permettre, dans le futur, de construire un pôle de croissance économique majeur, alternatif à l’Asie et aux Amériques. Alors, la Méditerranée redeviendra un grand lac intérieur, à la faveur d’une tectonique économique, sociale et entrepreneuriale.

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2 - Un retour aux fondamentaux focalisé sur les PME des pays émergents – Face aux bouleversements qui nous entourent, un retour aux fondamentaux économiques s’impose :
• Au niveau des nations : la coopération entre les pays développés et émergents – le Nord et le Sud – comme celle entre pays du sud doit s’accélérer, permettant de combiner les avantages concurrentiels de chacun. Ce sont les partenariats équilibrés qui créeront des richesses, de la stabilité et une croissance partagée.
• Au niveau des entreprises : la croissance soutenable passe par la valorisation de l’entrepreneuriat et de la PME ; par l’encouragement de son financement à long terme par les fonds propres ; et par une défiance vis-à-vis du recours massif à la dette, qui vulnérabilise les entreprises, les marchés et les États.

Sur le terrain, les PME des pays émergents doivent concentrer tous les efforts, car elles constituent, à double titre, le moteur de la région :

• Les PME sont le moteur des économies et constituent, à plus de 80%, les tissus industriels mondiaux. Ce taux passe à 90% pour les pays émergents (source : IFC-World Bank)
• Les pays émergents sont le moteur des nations et affichent un taux moyen de croissance du PIB trois fois supérieur à celui des économies développées sur la décade passée (source : Boston Consulting Group).

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- Première édition de cet article : 22 novembre 2011.

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> La Bio Express d’Olivier Younès – Olivier Younès est Partner de son holding familial de participations, Casa Invest. Il a une expérience d’investisseur en capital de 10 ans chez Siparex, où il a accompagné la création puis la gestion de nouveaux fonds dans plusieurs pays émergents (Égypte, Algérie, Koweit, Ukraine) et financé près de 20 sociétés technologiques.
Il enseigne le capital investissement à HEC Entrepreneurs (dont il est membre du Comité pédagogique), dans le Master 225 Finance d’entreprise de Dauphine et dans le Master Stratégie et expertise financière du Conservatoire des Arts et Métiers.
Entre 2007 et 2011, il a été Manager de l’Association Euromed Capital, un think tank et un réseau d’affaires pour le capital investissement en Méditerranée.

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