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Ph. de Fontaine Vive –

Le VP de la BEI invite les villes du Nord à partager leur expertise avec celles du Sud

Tous pays EUROMED-AFRIQUE | 16 juin 2011 | src.LeJMED.fr
Bruxelles -

Invité d’honneur au voyage d’études de Cités Unies France (CUF), qui a rassemblé à Bruxelles les 9 et 10 juin 2011 de nombreux élus des grandes villes de France, Philippe de Fontaine Vive, vice-Président de la BEI et "patron" de la FEMIP, y a prononcé une allocution faisant le point d’une part sur l’action de la BEI dans les projets européens et français de renouvellement urbain, de logement social et de transports collectifs (30 Mds € en 5 ans), et d’autre part sur l’engagement fort de la BEI-FEMIP dans l’accompagnement du « Printemps arabe », invitant les villes du nord à s’impliquer « dans l’accompagnement de projets urbains portés par des villes du sud ».

C’est cette seconde partie « euro-méditerranénne » de l’intervention de Philippe de Fontaine Vive que nous reproduisons ici in extenso.

Photo ci-dessus : Philippe de Fontaine Vive Curtaz, vice-Président de la BEI et « patron » de la FEMIP. © BEI


Titre original

Transférer notre savoir-faire du financement urbain
au sud de la Méditerranée : une urgence renforcée
par les attentes exprimées par les révolutions arabes


par Philippe DE FONTAINE VIVE
VP de la BEI, "patron" de la FEMIP


Les moments historiques que nous offrent les peuples de la Méditerranée depuis janvier 2011 constituent, à mes yeux, un véritable message d’espoir pour la région, tant du point de vue économique que politique. Par leur appel à une société plus juste, à une croissance plus équitable et à l’État de droit, les peuples – et, singulièrement, la jeunesse – de ces pays sont en train d’ouvrir une nouvelle ère pour la démocratie dans le monde arabe et d’offrir à la région les moyens de dépasser ses démons.

Ces faits, dont l’accomplissement sera sans doute plus complexe et peut-être plus chaotique qu’espéré, seront certainement irréversibles. Ils appellent cependant l’Europe à assumer les responsabilités que sa proximité géographique et culturelle, ainsi qu’une histoire partagée sur des millénaires, ont forgé.

À cet égard, le champ urbain est au cœur des enjeux de la « nouvelle croissance », plus inclusive, dont ont besoin les pays partenaires pour assurer leur transition démocratique ; c’est pourquoi la BEI, à travers son instrument dédié la FEMIP, s’attache depuis plusieurs années à transférer l’expérience acquise en Europe.

Les villes méditerranéennes sont, en effet, caractérisées par une forte croissance urbaine dans un environnement côtier et vulnérable. Vers 2050, si la population urbaine de la rive européenne se stabilisera pour atteindre près de 170 millions (140 millions en 2005), celle des pays de l’Est et du Sud devrait doubler pour atteindre plus de 300 millions d’habitants (151 millions en 2005). Plus des 2/3 de la population urbaine vivra ainsi sur les zones côtières au sud. Les transformations structurelles qui en résulteront (étalement urbain et métropolisation) nécessitent que, dès à présent, les modalités de gouvernance puissent être adaptées aux nouvelles échelles de fonctionnement de ces grandes agglomérations et que le retard en infrastructures soit rapidement comblé. Ceci nécessitera quelque 120 milliards d’€ d’investissements en 20 ans.

Compte tenu des ces défis et enjeux, la BEI développe une stratégie centrée sur trois objectifs : d’une part, accroître le volume et la qualité des services collectifs (eau, assainissement, énergie, transport, éducation et santé) ; d’autre part, encourager une démarche intégrée qui soutienne le développement des activités créatrices d’emplois ; enfin, veiller à l’équilibre du champ urbain et à la protection de l’environnement, notamment du littoral.


Les trois axes d’action de la BEI-FEMIP
pour l’urbain en Méditerranée

Au soutien de cette démarche, trois types d’actions sont menées par la Banque.

- En premier lieu, la montée en puissance, depuis 2008, des financements de la FEMIP pour des projets intégrés de développement urbain : un prêt (50 M€) a été mobilisé en faveur de programmes d’investissements réalisés dans les villes syriennes, ainsi qu’un autre pour le logement social au Maroc (80 M€). Ces opérations viennent compléter des projets plus classiques de services urbains comme nos financements pour deux lignes de tramway à Rabat (15 M€), le traitement des eaux usées à Kesrouan (Liban, 70 M€) et l’opération de dépollution de Taparura, près de Sfax (Tunisie) qui va connaitre un prolongement en matière d’aménagement urbain sur les sites ainsi régénérés.

- Parallèlement, des opérations d’assistance technique à définition de projets ont également été mises en œuvre : première ligne de métro de Damas, plan directeur et projet de réhabilitation urbaine d’un quartier d’Amman, assistance à Maîtrise d’Ouvrage pour la réhabilitation de la médina de Meknès, conduite du projet de dépollution de Taparura et ses implications en matière de plan directeur urbain.

- Pour aller plus loin, nous contribuons aussi à la préparation de stratégies opérationnelles dans le cadre du Centre de Marseille pour l’Intégration en Méditerranée (CMI) que la BEI a créé, en octobre 2009, conjointement avec la Banque mondiale et six gouvernements : la France, le Maroc, la Tunisie, l’Égypte, la Jordanie et le Liban (on observera que 4 des 5 pays du sud cités sont déjà en transition démocratique !).

Le CMI est une plateforme de réflexion et de dialogue pour la modernisation des politiques publiques de nos pays partenaires ; son action prend la forme de programmes pilotes visant à répondre aux nouveaux défis de gouvernance et du « printemps arabe » dans cinq secteurs, au premier rang desquels l’urbain.

À ce titre, la BEI est particulièrement impliquée dans l’Initiative « Médinas 2030 », qui vise à promouvoir une démarche intégrée de rénovation des centres-villes historiques au sud de la Méditerranée et développe avec l’AFD deux programmes en faveur des projets urbains durables et des transports innovants.
Enfin, la Banque a contribué à la mise en place, aux côtés de la CDC, du réseau euro-méditerranéen des aménageurs urbains (une initiative souhaitée par le séminaire ministériel UpM sur les villes nouvelles, tenu à Marseille à l’automne 2010).

Enfin, pour partager l’expérience acquise par la Banque en matière de financement de projets en Europe, j’ai souhaité lancer une ambitieuse initiative d’assistance technique destinée à favoriser le passage des pays partenaires au modèle concessif ou aux PPP au sud de la Méditerranée ; cette initiative a fait l’objet de la IXe Conférence FEMIP que nous avons tenue à Casablanca la semaine passée, en présence des ministres des finances marocain et tunisien.

À l’issue de cette conférence, le Maroc, la Tunisie, l’Égypte et le Liban ont adopté un plan d’action et une déclaration commune. Avec notre soutien, ces pays vont se doter d’un cadre réglementaire et d’une expertise adaptés à l’émergence de ce type de projets et accélérer ainsi le rythme de réalisation des services collectifs dont ont besoin les villes méditerranéennes. Je porterai ces résultats à l’attention des ministres des finances de la FEMIP lors de leur réunion à Bruxelles du 12 juillet prochain, en leur proposant également d’étendre le champ d’action de l’EPEC aux pays de notre voisinage méridional.

Dans le cadre de l’Union pour la Méditerranée, enfin, et suite à une commande du Secrétariat Général à Barcelone, la Banque a coordonné les bailleurs internationaux et bilatéraux sur la définition de critères communs de mise à l’examen de projets urbains durables labellisables « UpM » ; le but étant ici d’identifier une quinzaine de projets pilote. Une assistance technique pourrait être mise en place dans le cadre de la Facilité d’Investissement du Voisinage et ce programme sera examiné à la réunion des hauts fonctionnaires de l’UpM à Rabat, les 27 et 28 juin, en prélude à la réunion ministérielle UpM de Strasbourg panifiée pour novembre de cette année.


Comment la BEI accompagne le « Printemps arabe »

Je ne saurais terminer ces propos sans évoquer l’accompagnement du « Printemps arabe » que la BEI est déjà résolue à développer.

Dès le 3 mars, lors de mon voyage à Tunis, j’ai engagé la Banque à doubler ses financements en Tunisie en 2011 ; et la FEMIP sera bientôt en mesure, sur la base des orientations tracées par le G8 à Deauville et des décisions en cours d’approbation à Bruxelles, d’apporter quelque 6 milliards d’€ d’investissements à nos pays partenaires du sud de la Méditerranée d’ici à la fin 2013. De ce montant, 3,5 milliards iront en priorité à l’Égypte et à la Tunisie.

Le fait urbain sera bien évidemment au premier rang des secteurs bénéficiaires.

En Tunisie, où nos contacts avec le gouvernement de transition sont très avancés, 600 millions d’€ de nouveaux prêts sont déjà identifiés pour des projets comme la fourniture d’énergie, les transports urbains et l’équilibre des territoires (infrastructures de désenclavement).

En Égypte, la Banque compte développer un programme communautaire de logement social, comprenant la construction de nouveaux logements et, surtout, les services qui leur sont associés : infrastructures et réseaux, ouverture d’une ligne de crédit pour supporter les activités de micro-entreprises.

Dans ce contexte, l’appui de la coopération décentralisée dont vous êtes porteurs [Philippe de Fontaine Vive s’adresse ici aux élus des CUF, ndlr] sera, évidemment, inappréciable ; je veux ici encore, me référer au partenariat que j’ai noué avec les villes et régions françaises pour traduire de manière tangible le principe de décentralisation qui anime l’action européenne.

L’un des enjeux que nous devons relever au sud de la Méditerranée est bien certainement celui de voir les acteurs locaux de ces pays bénéficier rapidement d’un environnement législatif et règlementaire permettant des prises de décisions et une gouvernance décentralisées.

Dans cette perspective, l’implication de villes du nord dans l’accompagnement de projets urbains portés par des villes du sud, comme les efforts que vous pourrez mener pour le formation des cadres territoriaux de collectivités, sera pour nous, financeurs du développement, une garantie de qualité et le signe tangible d’une coopération plus équilibrée.

À cet égard, la Commission consacre déjà 30 millions d’€/an à de telles actions, que le ministère des Affaires étrangères et européennes vient abonder d’une somme équivalente. De plus, le Président Barroso a souligné (lors de son déplacement à Tunis les 12-13 avril) que, parmi les objectifs des dons d’urgence que la Commission apportera (à hauteur de 140 millions) pour chacun des pays en transition démocratique, la modernisation de la gouvernance et les actions de croissance inclusive seront prioritaires. Je m’en réjouis.

Enfin, la Banque elle-même soit directement, soit indirectement à travers les programmes du Centre de Marseille, investira des moyens croissants dans l’assistance à projets ou à la formation des cadres.

Mais, comme tout financement communautaire, ces moyens sont attribués suivant des procédures d’appels à manifestations d’intérêt ou d’appel d’offres. Celles-ci sont (nécessairement) complexes et impliquent un investissement de formation de vos personnels, et je sais que vous y êtes engagés. Ces efforts doivent être poursuivis. Les peuples qui se sont si courageusement levés au sud de la Méditerranée les méritent ; leurs attentes pour une vie meilleure sont légitimes ; nous avons le devoir d’y répondre.

Nous, banque des projets européens, en finançant leurs investissements ; vous, villes européennes, en les accompagnant moralement et techniquement.

C’est sur ce message d’espoir et de coopération que je vous remercie de votre attention.


Philippe de Fontaine Vive
VP de la BEI, "patron" de la FEMIP

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Sites de référence
- Site de la BEI
- Site de la FEMIP
- Site du CMI (Centre de Marseille pour l’Intégration en Méditerranée)
- Site des CUF (Cités unies de France)

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