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Le Maroc de Mohammed VI, pionnier du partenariat euro-méditerranéen et de l’UPM

Maroc | 30 août 2009 | src.Nouvelle Europe
Rabat - Sur la scène internationale, le Maroc a considérablement misé sur ses relations avec l’Union européenne, dès les années 1960. Aujourd’hui, le Maroc est le premier pays à s’être vu accorder le « statut avancé » dans sa relation à l’UE en octobre 2008 (la date d’entrée en vigueur n’est pas fixée) par les Ministres des Affaires étrangères des 27.
Marrakech, bd Mohammed VI
© Martin et Kathy Dady

par Luce Ricard
Paris, 17-08-2009
Source : Nouvelle Europe

Pionnier méditerranéen du partenariat avec l’Union, candidat à l’adhésion en 1987, le pays est lié par un accord d’association à l’UE dans le cadre du Processus de Barcelone depuis 1996 (mis en œuvre en 2000) et partie prenante de la Politique européenne de Voisinage. L’excellente relation euro- marocaine ne remonte pas au Processus de Barcelone mais à l’intérêt que le Maroc manifeste dès 1963 en demandant l’ouverture de négociations pour un accord commercial. Un accord d’association est signé à Rabat le 31 mars 1969. Si côté marocain on souligne une proximité géographique, économique et culturelle avec la rive nord et on considère l’UE comme un levier de développement considérable, côté européen, la clarté de l’engagement marocain séduit et le pays est considéré comme clef en matière d’immigration. Une communauté d’intérêts et de projets constitue donc la base de cette coopération euro-marocaine.

Aujourd’hui, de nouvelles perspectives de partenariat entre le royaume et l’UE paraissent évoluer. Le Maroc est le premier pays à s’être vu accorder le « statut avancé » dans sa relation à l’UE en octobre 2008 (la date d’entrée en vigueur n’est pas fixée) par les Ministres des Affaires étrangères des 27. « Plus qu’un voisinage, moins qu’une adhésion » résume ce statut.

Concrètement, cela signifie l’organisation de sommets réguliers entre l’UE et le Maroc, la mise en place d’un espace économique commun sur le modèle de l’Espace économique européen et la participation du Maroc à des agences européennes telles qu’Europol et Eurojust ainsi qu’à des opérations de gestion de crise. Plus largement, le statut avancé signifie une plus grande implication européenne en matière de coopération, à savoir un appui poussé aux réformes politiques de démocratisation, de modernisation du système judiciaire et de l’administration et de décentralisation. Une plus grande coopération sera établie dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et l’immigration clandestine ainsi que dans la politique de défense puisque l’UE envisage d’intégrer le Maroc aux réunions de la PESD et du COPS sur les questions concernant la Méditerranée.

Cependant, le plus gros bouleversement sera à attendre dans l’intégration du marché marocain au marché communautaire car cela implique une transposition marocaine des normes européennes et touche les conditions environnementales, de santé publique, de sécurité, etc et constitue un effort législatif considérable. « Tout sauf les institutions », pour reprendre une formule de Romano Prodi, voilà ce qui attend la relation euro-marocaine et la mise en œuvre des réformes liées au statut avancé ne constituerait ni plus ni moins une refonte du système marocain, une véritable petite révolution.

Le Maroc, militant enthousiaste de l’UPM

C’est à Tanger, le 23 octobre 2007, que N. Sarkozy prononçait son discours qualifié d’historique sur son ambition pour la Méditerranée. Symbole fort, ce choix n’était pas un hasard car le Président savait qu’il pouvait compter sur le soutien du Maroc. Lors du lancement de l’Union pour la Méditerranée (UPM) le 13 juillet 2008, mais aussi dès les premiers discours de N. Sarkozy qui traitaient en 2007 de l’Union méditerranéenne (avec le compromis de Hanovre du 3 mars 2008, l’Union méditerranéenne devint l’UPM), le Maroc a soutenu sans réserves le projet. Le gouvernement marocain considérait en 2008 que la philosophie de l’UPM donnait tout son sens au Processus de Barcelone en tant qu’initiative évolutive.

Union de projets touchant aux questions énergétiques, maritimes, environnementales, au développement des PME et aux transports, l’UPM a été reçue de manière très inégale sur la rive sud mais c’est le Maroc qui s’est dit prêt et enthousiaste à participer aux projets. Considérant sa situation géographique comme stratégique, le pays ne cache pas son intérêt pour la création des fameuses « autoroutes de la mer ».

La bonne santé des relations euro-marocaines ne peut faire oublier le désastre de la relation du Maroc avec l’Algérie. La question du Sahara occidental qui bloque la coopération entre les deux États maghrébins n’a absolument pas évolué, le Maroc revendiquant la région comme marocaine face à l’Algérie qui soutient activement l’auto-détermination sahraouie. La ligne de 1559 kilomètres qui sépare l’Algérie et le Maroc est une frontière fermée depuis 1994 après un attentat commis à Marrakech auquel participaient des Algériens. Or, ce conflit larvé entre les deux pays plombe leur économie puisque les échanges commerciaux entre le Maroc et l’Algérie se font soit par la France, soit par l’Espagne.

D’après la Banque mondiale, le potentiel d’exportation du Maroc vers l’Algérie est d’un milliard de dollar, soit 2 % de son PIB. Or, aujourd’hui, l’Algérie n’est que le 30e partenaire commercial du Maroc. Ce conflit compte pour beaucoup dans l’échec criant de l’Union du Maghreb arabe (UMA) ainsi que dans celui de toute initiative régionale au Maghreb. Cependant, la portée de ce « conflit de voisinage » dépasse le cadre des deux pays. Sans intégration préalable « sud-sud », est-il réaliste de chercher l’intégration « nord- sud » ?

« L’Union pour la Méditerranée se fera avec ou sans l’Algérie » estimaient des proches du pouvoir marocain en 2008. Peut être, mais au prix de quelles absurdités quand on sait que les accords d’Agadir visant une zone de libre échange arabe contourne l’Algérie et ne comporte que le Maroc, la Tunisie, l’Egypte et la Jordanie ? Minimisé par le Maroc, ce conflit constitue un obstacle évident tant pour l’UPM que pour l’UMA et pour l’intégration régionale du Maroc, condition sine qua non à son développement.

Avec un bilan nuancé, le roi n’a fait que donner quelques pistes pour les années à venir. Cependant, en s’engageant sans réserves dans la relation euro-marocaine et euro-méditerranéenne, premier État à accéder au statut avancé, le Maroc donne toutes les raisons de croire en son développement commercial, économique, social et diplomatique prochain. Et il semblerait que ce soit aux côtés de l’Union que le Maroc ait décidé d’ancrer son avenir.

Luce Ricard
Paris, 17-08-2009
Source : Nouvelle Europe

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