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Le HCP du Maroc décentralise sa conférence à Paris

Maroc | 4 août 2008 | src.leJMED.fr
Paris - Pour la première fois de son histoire, le Haut Commissariat marocain au Plan (HCP) a choisi d’organiser hors du Royaume une conférence-débat bilatérale, axée sur la croissance et le développement humain au Maroc. Organisée avec le Conseil français d’Analyse Économique, rattaché au PM français, et dont le Président délégué est l’économiste Christian de Boissieu, cette manifestation s’est déroulée mardi à Paris, dans les locaux du CAE, et en présence de nombreuses personnalités, notamment l’ancien PM français et député européen Michel Rocard.

Croissance économique et développement humain :
Le HCP décentralise sa conférence à Paris

. Les effets positifs d’une transition démographique douce
. Moins de pauvreté mais autant d’inégalité
. Les PME, objet de tous les espoirs

Dans son propos liminaire, Ahmed Lahlimi Alami, Haut Commissaire au Plan, souligna combien « le Maroc change ». Mais, le développement économique accéléré s’accompagne-t-il d’un développement humain suffisamment soutenu pour que le lien social ne se rompe pas ? C’est à cette question centrale que les différents intervenants ont tour à tour apporté des éléments de réponse relevant de leur propre expertise.

Un pays qui inspire confiance
La maîtrise des fondamentaux économiques (1,8 % d’inflation moyenne entre 1998 et 2006, croissance du PIB non agricole de 6,6 % en 2007, déficit public autour de 3 %, baisse significative de la dette et du chômage) font que le capital-confiance du Maroc se traduit concrètement par la part significative de l’investissement dans la croissance (31,3 % en 2007), et par le fait que l’investissement est désormais supérieur à l’épargne.
La transition démocratique douce du pays, à l’œuvre depuis trente ans, est aussi un élément apte à conforter la confiance qu’inspire le Royaume, a considéré le démographe Youssef Courbage, estimant que le Maroc a désormais presque dépassé le stade critique de transition – « maintenant les naissances plafonnent, et dans six ans ce sera donc le cas des entrées à l’école : on pourra mieux accueillir les enfants. Côté emploi, il reste encore quelque sept années de classes pleines arrivant sur le marché, mais après nous assisterons à une décrue, donc à une moindre pression sociale ». Dans le même temps, le modèle émergent de la famille restreinte génère la transformation des relations familiales. Un tiers des couples marocains acceptent maintenant que l’héritage passe par les filles, c’est un marqueur évident de la montée de l’égalité entre filles et garçons. « La transition démographique prépare très certainement le terrain à la transition démocratique, releva encore Youssef Courbage. Nous sommes dans un cas très différent de la situation algérienne ou syrienne, où la brutalité de la transition est l’une des sources des soubresauts sociaux ».
Autre argument avancé comme participant aussi à la confiance qu’inspire le Maroc : « la monarchie moderne, ambitieuse et éclairée qui apparaît aujourd’hui comme un bel atout », estima l’Amiral Jean Dufourq, Directeur de Recherche à l’École Militaire de Paris (et Michel Rocard évoquera lui aussi « l’atout dynastique », voir l’encadré)

Un « cercle vertueux » à consolider

Selon les travaux du Pr Mouna Cherkaoui, l’idée que le développement humain favorise la croissance, et réciproquement, a pu être mesurée par différents critères croisés, avec une amélioration notable de l’indice ad hoc, passé de 0,435 en 2005 à 0,646 maintenant. « Oui, déclara-t-elle, on peut estimer que le Maroc est entré dans le cercle vertueux d’une corrélation positive entre la croissance économique et le développement humain. Mais la continuation de l’effort est essentielle, et aujourd’hui elle est menacée par l’augmentation de produits énergétiques et alimentaires.  »
Abdelkhalek Touhami, Professeur à l’Institut National de Statistique et d’Économie Appliquée (HCP) apporta des précisions sur les corrélations entre croissance et réduction de la pauvreté et de l’inégalité dans la société marocaine. Selon le chercheur, les politiques de redistribution sociale menées depuis une décennie se sont révélées efficaces pour lutter contre la pauvreté, qui a diminué significativement, mais pas contre l’inégalité. Celle-ci baisse en milieu urbain, tandis que sa persistance en milieu rural s’avère un blocage à la baisse de la pauvreté.
Et c’est la « classe moyenne » qui a le moins bénéficié de la croissance, particulièrement en milieu urbain. « Ainsi, estime le chercheur, il faut lutter simultanément contre l’une et l’autre. Les subventions à vocation universelle ne font que maintenir le statu quo ».

Convergences franco-marocaines
Au Maroc comme ailleurs, remarqua Abdelali Fahim, Président du Centre des Jeunes Dirigeants d’Entreprises, on a souvent omis de s’intéresser aux PME, mais maintenant on les prend enfin en compte. Pour preuve, l’élaboration de la Charte de la PME, le Contrat de programme PME signé en 2008, les efforts énormes consentis à la formation par les pouvoirs publics, etc. Face à cela, l’émergence d’une « classe moyenne » désireuse d’entreprendre, et qui constitue une sorte de « locomotive citoyenne », mais aussi un point faible : l’esprit d’entreprise n’est pas assez répand au Maroc, estima Abdelali Fahim.
Jean-Paul Charié, Député français, Rapporteur de la Commission chargée de la Loi de Modernisation de l’Économie, insista sur le fait que la France se veut un partenaire pérenne du développement du Maroc, et d’autant plus que les défis respectifs ne sont pas si différents. « Vos problèmes ? Nous avons exactement les mêmes ! Par exemple sur la question de la promotion de “la soif d’entreprendre“. Et il nous faut bien avouer que vous comme nous avons le même travers de trop d’individualisme. Pour pallier cela, il convient de susciter le regroupement de PME susceptibles de travailler ensemble. Des expériences d’impulsion que nous avons menées en ce sens nous ont permis d’observer que des PME regroupées peuvent baisser leurs coûts de l’ordre de 25 % ».

Intervenant à son tour, Christian de Boiseur releva lui aussi la forte similitude du débat qui se développe dans les deux pays : « Par exemple, nous avons en commun le grave problème du chômage des jeunes, et la fragilité sociale qu’il implique, quelle que soit la couleur du gouvernement. Nous avons aussi en commun le défi à relever face à la montée en puissance de la Chine et l’Inde, et je crois que notre capacité à y répondre se jouera sur notre compétitivité du savoir… Il nous faut donc mettre au cœur de nos politiques les questions de R&D, favoriser l’esprit d’entreprise et de prise du risque, rechercher l’innovation technologique et la montée en gamme de nos produits, intégrer définitivement dans nos paramètres que nous allons vivre ensemble dans un monde de ressources rares, y compris d’ailleurs les ressources humaines.
Ce sont là autant de sujets que nous pouvons aborder ensemble, et si telle est l’ambition de l’Union de la Méditerranée, je vote pour, bien sûr. Idem pour la création d’une banque régionale méditerranée, car nous avons besoin de mutualiser nos ressources ? Et aussi de symboles communs ! »

© Alfred MIGNOT pour leJMED.FR

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Quand Rocard joue les Cassandre…

Ne cachant pas une certaine admiration face à « l’harmonie des performances du Maroc », l’ancien PM français Michel Rocard, fidèle à un certain côté Cassandre qu’on lui connaît depuis toujours, ne manqua pas de trouver matière à une forte inquiétude.
« Le Maroc représente aujourd’hui la pointe avancée de la rencontre de l’Islam et de l’économie moderne. Vous portez le modernisme du monde arabe et de la culture islamique. Vous avez la chance formidable de disposer d’une monarchie éclairée… Mais, l’idée que le Maroc pourrait être le seul pays arabe à réussir dans une démarche économique moderne, c’est immense, mais cela peut entraîner de graves problèmes… Je ne peux pas ne pas penser au chah d’Iran, et au fait que le monde arabe a des problèmes avec la modernité, en plus de la menace qui pourrait venir du monde chrétien dominé par une puissance belliqueuse… Il faut donc aussi vous occuper des autres, en gardant à l’esprit que la clef de la globalisation du capitalisme, c’est tout de même la déréglementation, la disparition des règles, voire le triomphe du capitalisme délinquant ».


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