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Laurence COMTE-ARASSUS, DG de GE Healthcare pour la zone FBFA : « Nous voulons donner à nos équipes africaines le même niveau de formation que dans les pays européens »

6 avril 2022
Laurence COMTE-ARASSUS, DG de GE Healthcare pour la zone FBFA : « Nous voulons donner à nos équipes africaines le même niveau de formation que dans les pays européens »
Laurence COMTE-ARASSUS, Directrice générale de GE Healthcare pour la France, la Belgique, le Luxembourg et l’Afrique francophone (zone FBFA), durant l’entretien qu’elle nous a accordé le 31 mars 2022 au siège de l’entreprise, à Buc, près de Versailles. © AM/APP
Directrice générale de GE Healthcare pour la France, la Belgique, le Luxembourg et l’Afrique francophone (zone FBFA) depuis février 2021, Laurence COMTE-ARASSUS revient d’un voyage « fabuleux » en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Elle partage ici ses impressions enthousiastes et réaffirme les valeurs du groupe installé à Buc, près de Versailles.

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Propos recueillis par Alfred MIGNOT,
AfricaPresse.Paris (APP)
@alfredmignot | @africa_presse

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APP - Vous revenez d’un voyage en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Vos impressions ?

Laurence COMTE-ARASSUS - En effet, je reviens d’un fabuleux voyage en Côte d’Ivoire et Sénégal et la raison pour laquelle je voulais vraiment y aller, c’est de sentir les choses, voir les choses sur place.
Je suis un manageur qui n’aime pas travailler sur des sujets avec PowerPoint ou Excel. Moi, tous les matins quand je me lève, je pense aux patients qu’on va soigner… Cette visite était vraiment très importante pour moi, pour me rendre compte et aider l’entreprise et mes équipes à prendre les bonnes décisions. En ce moment, nous avons énormément de challenges à relever !

Aussi, je voulais vraiment comprendre les choses. J’ai un manageur qui s’occupe de toute cette partie Afrique et qui lui aussi voyage beaucoup. Mon rôle n’est pas de faire à sa place, c’est vraiment d’être capable de l’aider, de le challenger, d’apporter une nouvelle vision, voire de poser tout simplement de nouvelles questions.

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« Ils n’ont rien à nous envier ! »

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Alors, j’ai commencé mon voyage par la Côte d’Ivoire et j’ai été séduite par ce pays comme par l’ensemble du corps médical. Souvent, en France, on est très impressionné par l’implication de nos médecins et de nos équipes soignantes. On retrouve vraiment exactement la même chose en Côte d’Ivoire.

J’ai eu l’occasion de visiter l’Hôpital Mère-Enfant, qui a été financé par la fondation de la Première dame, Madame Ouattara. Je peux vous dire que j’aurais aimé accoucher dans cet hôpital ! Ils n’ont rien à nous envier, et je pense n’avoir peut-être rien vu d’aussi beau dans le monde entier, alors que c’est un hôpital ouvert à l’ensemble de la population et pas uniquement aux personnes fortunées, ou inversement.
Il y a une vraie mixité que l’on trouve dans cet hôpital qui dispose d’un très bel équipement de radiologie et d’ultrasons, le tout dans de très beaux locaux où ils ont même installé des œuvres d’art… C’est vraiment un bel exemple de ce que l’on peut faire pour que la femme qui accouche se sente bien.

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« Comment va-t-on pouvoir accélérer ? »

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Je suis aussi allée visiter un centre d’oncologie, où nous avons eu des échanges très intéressants. Comment peut-on les aider à avoir le meilleur équipement ? Comment s’assurer que la maintenance sera faite ? C’est d’ailleurs un point extrêmement important, globalement, dans l’ensemble des pays africains : y vendre un produit, c’est bien. Mais d’abord, comment le financer ? Ensuite, il faut bien sûr disposer de médecins et de l’ensemble du corps soignant. Enfin, lorsque les patients sont là, une chose tout aussi importante est d’avoir des équipements qui fonctionnent. Et là, c’est vraiment un énorme challenge.

Nous avons eu aussi beaucoup d’échanges autour de la formation, avec des médecins extrêmement ouverts. Globalement, la question est de savoir comment utiliser l’expérience acquise en France, en Europe ou dans le monde entier ? Comment va-t-on pouvoir accélérer, en fait, pour que cela ne prenne pas trente ans et que l’ensemble de la population ait accès aux soins plus rapidement que si l’on faisait les choses comme on l’a fait sur notre Vieux continent ?

APP - Et au Sénégal ?

Laurence COMTE-ARASSUS - Au Sénégal, j’ai observé le même investissement, c’est vraiment quelque chose qui m’a beaucoup frappée : investissement de mes distributeurs, investissement de mes équipes, investissement du corps soignant. Et là, on ressent vraiment les choses. Comment peut-on les aider ?

L’un des premiers défis que l’on peut avoir à relever quand on a réussi à financer un équipement – que ce soit soit avec le gouvernement, des institutions comme la Banque mondiale ou d’autres systèmes de financement – c’est bien de livrer le produit. Et à ce jour encore, avec la pandémie, c’est parfois difficile, vous pouvez me croire. Livrer par exemple une IRM ou un scanner quelque part en Afrique à un prix que nous pouvons nous permettre et que le client peut accepter, cela fait aussi partie des challenges !

J’ajoute qu’après une petite semaine sur place, je me sens beaucoup plus apte à pouvoir soutenir mes équipes face aux différents défis que nous avons à affronter.

« L’Afrique, c’était un rêve… J’ai des aïeux africains et j’avais vraiment envie de pouvoir contribuer à porter l’Afrique à un niveau de santé équivalent à celui de l’Europe. » © AM/APP

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« L’Afrique, c’était un rêve… »

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APP - Que représente pour vous l’Afrique francophone ?

Laurence COMTE-ARASSUS - J’ai envie de prendre cette question sous deux angles. En fait, l’Afrique francophone, pour moi, a toujours été un rêve. Précédemment, je dirigeais un grand groupe français et j’avais fait le choix de m’occuper de la France, pour ne pas voyager et rester près de mes enfants.

L’Afrique, c’était un rêve… J’ai des aïeux africains et j’avais vraiment envie de pouvoir contribuer à porter l’Afrique à un niveau de santé équivalent à celui de l’Europe. D’autre part, en tant que General Electric Healthcare, l’enjeu est bien sûr de pouvoir donner accès à nos technologies, à l’ensemble de l’Afrique francophone. Aujourd’hui, en termes de chiffre d’affaires, elle représente environ 30 % de l’ensemble de la zone que je représente.

APP - Pendant la pandémie, avez-vous eu à assumer un effort particulier pour répondre à la demande des besoins sanitaires ?

Laurence COMTE-ARASSUS - Je crois que l’on est encore dans la pandémie… En Afrique, comme ailleurs, la question fut pour nous de pouvoir délivrer plus de produits spécifiques, comme les respirateurs. On n’avait pas la capacité d’en fabriquer suffisamment pour l’ensemble des patients qui en avaient besoin. Il nous fallait augmenter notre capacité de production. Nous l’avons fait pour le monde entier, et pour l’Afrique aussi.
Restait la question : comment être certain d’acheminer ces produits jusqu’à destination, et d’autant que certains pays se sont complètement fermés ? Notre première difficulté, par exemple, c’était de trouver un bateau ou un avion.

C’est toujours le cas, mais au plus fort de la pandémie les difficultés étaient démultipliées. Les pays s’étant complètement refermés sur eux-mêmes, c’était extrêmement difficile pour nous de voyager, y compris pour nos équipes sur place… Or notre premier métier est de servir nos clients. Quand on installe une machine, on doit être capable de la faire fonctionner, de s’assurer qu’en cas de dysfonctionnement on peut la réparer… c’est notre challenge de tous les jours.

La pression est un peu moindre maintenant, et j’espère sincèrement que cela va s’arrêter parce que du fait de la pandémie, de nombreux patients atteints par d’autres pathologies n’avaient presque plus accès aux soins. C’est vrai en France comme sur l’ensemble du continent africain.

« Un autre sujet dont on ne parle guère et qui, personnellement, me tient à cœur, est d’être certains que l’ensemble de ces médecins africains puissent continuer à soigner dans leur pays. » © AM/APP

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« Faire les bonnes machines au bon prix »

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APP - Quelles conséquences la pandémie a-t-elle eu sur votre activité ?

Laurence COMTE-ARASSUS - Actuellement, en tant que société d’équipement et comme de nombreuses autres sociétés dans le monde, nous faisons face aux difficultés d’approvisionnement pour construire nos machines. C’est un sujet difficile, mais je pense qu’il faut être capable de l’aborder de façon relativement simple.

Premier constat : nous disposons de moins de machines que ce que la population et l’ensemble des systèmes de santé nous en demandent.
Comment allons-nous traverser cette phase ? Faire les bonnes machines au bon prix, en tenant compte d’une inflation galopante, car il ne faut pas non plus se retrouver dans une situation où la fabrication des machines nous coûterait plus cher que ce que l’on sera capable de les vendre.

Être certain de pouvoir mettre l’ensemble de nos produits à disposition des clients et au bon prix, c’est tout particulièrement notre challenge sur le territoire africain. Parce que le transport coûte plus cher, c’est plus difficile d’amener ces machines à destination et c’est aussi plus difficile d’aller dans certains endroits pour assurer la maintenance.

Il s’agit aussi de s’assurer que l’on puisse faire le choix de continuer à servir un plus grand nombre de pays, mais en étant réaliste, en n’allant pas non plus promettre que l’on peut mettre des machines à disposition lorsque ce n’est pas le cas. Voilà, ce sont vraiment les challenges quasi quotidiens auxquels nous faisons face.

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« Les patients africains aussi
ont besoin de leurs médecins »

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APP - Un sujet auquel vous attachez une importance particulière, au regard du métier de GE Healthcare ?

Laurence COMTE-ARASSUS - Le premier, c’est la formation. Pourquoi est-ce un sujet important ? Évidemment, parce que nous sommes sur des machines extrêmement technologiques. Donc, la formation est importante pour les employés que nous recrutons dans ces pays et je suis assez fière de pouvoir dire que nous avons des équipes bien formées et exceptionnelles.

Nous voulons donner à nos équipes africaines le même niveau de formation que dans les pays européens comme la France, l’Angleterre, l’Allemagne… Ensuite, que les médecins soient bien formés pour nos machines, c’est aussi un point très important.
C’est pourquoi nous travaillons aussi beaucoup sur la façon de digitaliser davantage les formations, ce qui devrait aussi permettre de les accélérer et de les simplifier, le tout afin de mieux servir les patients.

Un autre sujet dont on ne parle guère et qui, personnellement, me tient à cœur, est d’être certains que l’ensemble de ces médecins africains puissent continuer à soigner dans leur pays, bien en vivre, et qu’on n’aille pas les chercher pour travailler dans nos pays européens… car les patients africains aussi ont besoin de leurs médecins !

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