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Lalla Tounkara, fondatrice de Staturéa et VP du RISCE : « Nous devons positionner la diaspora comme acteur d’investissement et de développement socio-économique »

1er juillet 2026
Lalla Tounkara, fondatrice de Staturéa et VP du RISCE : « Nous devons positionner la diaspora comme acteur d'investissement et de développement socio-économique »
Lalla TOUNKARA, fondatrice de Staturéa et vice-présidente du RISCE. Photo © DR – CLIQUER SUR L’IMAGE POUR L’AGRANDIR.
Au récent Sommet « Africa Forward », qui s’est tenu en mai 2026 à Nairobi (Kenya), certaines initiatives ont été proposées par les représentants des diasporas africaines en France. Pour aller plus loin, voici, « hors Sommet », notre entretien sur la vision et les projets de Lalla Tounkara, fondatrice de Staturéa et vice-présidente du RISCE.

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Propos recueillis par Par Denis Deschamps, pour AFRICAPRESSE.Paris
@DjuliusD @africa_presse

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APP – Voulez-vous d’abord nous raconter votre parcours ?

Lalla Tounkara – Je suis sénégalaise, née à Dakar, où j’ai poursuivi mes études jusqu’au BTS avant de rejoindre l’Université de Créteil en 2014, où j’ai intégré un cursus en commerce international et en stratégie digitale appliquée à la mondialisation des PME.

Après mon Master, j’ai rejoint BNP Paribas CIB en tant que cheffe de projet digital, avec un périmètre centré sur les ressources humaines. Parallèlement, j’ai débuté une activité d’enseignement de 2021 à 2025 à l’Université de Créteil, où je dispensais une formation en communication et stratégie digitale.

Depuis 2025, j’exerce comme consultante spécialisée en marketing et communication. En parallèle, en 2026, j’ai lancé Staturéa, cabinet spécialisé en gouvernance d’image exécutive, centré sur les enjeux d’autorité, de lisibilité et de réputation des dirigeants et décideurs à fort mandat qui opèrent sur l’axe Europe -Afrique.

À ces engagements professionnels s’ajoute une dimension diasporique qui me tient profondément à cœur : j’ai ainsi rejoint Chacour Diène en tant que vice-présidente au sein du Réseau International des Sénégalais Cadres et Entrepreneurs de l’Extérieur (RISCE), qui a été l’un des partenaires du Forum PRICE (Promotion des Investissements et de la Compétitivité Économique), organisé par l’Ambassade du Sénégal en France et qui s’est tenu à Paris en avril dernier.

APP – Qu’est-ce que le RISCE, exactement ?
Lalla Tounkara –
Comme vous avez pu le constater lors du Forum PRICE organisé à la Mairie du XVe arrondissement de Paris, il existe un vivier considérable de compétences et de talents au sein de la diaspora sénégalaise, encore insuffisamment mobilisés au service du développement du pays.

RISCE a précisément pour objet de répondre à cet enjeu fondamental : créer un pont entre la diaspora sénégalaise et son pays d’origine, en les mobilisant autour de projets communs : nous comptons aujourd’hui environ 1 000 adhérents et visons entre 5 000 et 10 000 membres d’ici à la fin 2027, mobilisés autour de trois programmes phares.

Le premier, le Programme Plein Emploi Diaspora (PPED), est centré sur le renforcement de l’employabilité et de l’insertion professionnelle des cadres et entrepreneurs de la diaspora. Il s’appuie sur deux initiatives en cours de finalisation : une plateforme co-créée avec une start-up sénégalaise, qui permettra de diffuser des offres d’emploi ciblées et de constituer un véritable canal de mobilisation de ce vivier de talents, et la RISCE Académie, qui proposera des formations sur des thématiques telles que l’élaboration de business plans, l’usage de l’intelligence artificielle, la prise de parole publique ou encore l’éducation financière, y compris en format intra-entreprise pour accompagner la reconnaissance et la consolidation des acquis de compétences.

Le deuxième programme, Give Back to the Community (GBTC), traduit l’engagement socio-éducatif concret de notre diaspora. Les 8 et 9 août prochains par exemple, nous organisons des journées de consultations médicales gratuites au Sénégal, accompagnées d’un don de médicaments et de matériel médical. Ce programme inclut également le projet Pro Bono porté par notre directeur juridique : des juristes de la diaspora qui accompagnent bénévolement des entrepreneurs sur des enjeux de droit des affaires et de création d’entreprise, ainsi que des membres de la communauté confrontés à des problématiques administratives en France.

Notre dernier programme, Diaspora Connect, est dédié à l’organisation d’événements thématiques et de réseautage : masterclasses, Connect and Learn, panels de fond comme celui du 4 avril dernier sur le thème du “Sénégal nouveau pays pétrolier : quels enjeux pour le pays ?” Chaque format a pour objet de créer des espaces de réflexion et d’action collective.

En novembre 2026, nous organiserons le SACED, Sommet Africain des Cadres et Entrepreneurs de la Diaspora, un événement unique en son genre, en marge du BIG de BPI France. L’ambition est alors de créer un cadre où émergent de véritables champions nationaux capables de bâtir des ponts opérationnels entre le Sénégal et la France, d’attirer des investisseurs et bailleurs internationaux et de valoriser des projets à fort rendement socio-économique et créateurs d’emplois pour le Sénégal. Nous invitons des partenaires comme BPI France, l’AFD et Business France à nous rejoindre dans cette initiative, aux côtés des agences étatiques sénégalaises, des investisseurs et membres du gouvernement sénégalais.

APP – L’Afrique et ses diasporas en France, c’est un sujet majeur pour vous ?

Lalla Tounkara – Mon constat est le suivant : les dynamiques sont en train de changer en Afrique, sous l’impulsion notamment d’une réappropriation socio-économique que les diasporas contribuent activement à porter.

Ce que la diaspora représente, c’est bien plus qu’une source de financements. C’est un vivier d’expertises, de compétences et de profils qui comprennent les deux écosystèmes, qui parlent les deux langues, au sens propre comme au sens institutionnel. Cette double lecture est précisément ce qui permet de créer un climat de confiance et des conditions favorables à un partenariat durable entre les deux espaces. Je suis convaincue que nous pouvons construire des ponts fondés sur une relation d’égal à égal, à condition de reconnaître la diaspora pour ce qu’elle est réellement : un acteur de développement à part entière, c’est-à-dire pas uniquement un canal de transferts de fonds.

Dans cet esprit, à travers RISCE, nous nous attachons à faire le lien avec les agences étatiques sénégalaises, en intégrant la vision « Sénégal 2050 » qui doit impérativement prendre en compte ce rôle.

Bien évidemment, le contexte politique actuel au Sénégal peut pousser certains à l’attentisme d’ici aux élections présidentielles qui sont prévues en 2029. Notre rôle est alors de redoubler d’efforts pour positionner la diaspora comme ce qu’elle peut être : une communauté d’experts, d’investisseurs et de créateurs d’emploi, engagée dans une démarche pratique et résolument apolitique.

Lalla TOUNKARA, fondatrice de Staturéa et vice-présidente du RISCE. Photo © DR – CLIQUER SUR L’IMAGE POUR L’AGRANDIR.

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APP – Quel rôle peut jouer la diaspora sénégalaise dans le développement du pays ?

Lalla Tounkara – Le Sénégal, comme nombre de pays africains, fait face à des défis structurels profonds : un système éducatif encore insuffisamment dimensionné par rapport aux besoins du marché, un tissu entrepreneurial sous-financé et un écosystème institutionnel dont la lisibilité reste faible pour les investisseurs étrangers et plus particulièrement diasporiques.

Dans ce contexte, cantonner le rôle de la diaspora aux transferts de fonds uniquement serait une erreur de lecture. Ce qu’elle peut apporter, c’est une capacité d’investissement et d’expertise structurée, à condition de lui offrir un accès clair aux opportunités, une sécurisation juridique des projets et un accompagnement de terrain. Et pour cela, il est impératif de disposer d’un interlocuteur dédié.

C’est précisément ce que RISCE entend construire. Et je tiens à préciser que notre ambition ne se limite pas à la France. Nous sommes en contact avec d’autres ambassades et consulats pour identifier, centraliser et mobiliser les cadres et entrepreneurs de la diaspora sénégalaise à travers le monde, afin de constituer un réseau de compétences et de projets réellement opérationnels et au service d’une vision partagée du développement.

L’Ambassade du Sénégal en France déploie des efforts remarquables, comme en témoigne l’organisation du Forum PRICE. Mais un accompagnement supplémentaire reste indispensable pour rendre lisibles les dispositifs existants et permettre à chaque membre de la diaspora, cadre ou entrepreneur, d’identifier concrètement les opportunités de marché qui s’offrent à lui. En lien étroit avec les ambassades, les consulats et les institutions étatiques, RISCE peut jouer ce rôle de point d’entrée unique pour ceux qui souhaitent non seulement investir, mais contribuer activement au développement socio-économique du pays.

APP – France-Sénégal, comment cela peut-il se passer ?
Lalla Tounkara –
La relation France-Sénégal traverse une reconfiguration profonde. La dynamique de réappropriation socio-économique et politique que le Sénégal a enclenchée a nécessairement redéfini les termes de cette relation, et c’est une bonne chose. Elle oblige les deux parties à se repositionner sur des bases plus équilibrées.

Dans ce nouveau contexte, des projets menés en France peuvent tout à fait être transposés au Sénégal, avec le soutien de partenaires institutionnels comme BPI France, via son programme Accélération Afrique, l’AFD ou encore Business France. Ces leviers sont là et mobilisables, à condition que la relation évolue vers un véritable partenariat d’égal à égal, débarrassé des postures descendantes et des agendas à court terme. Le Sommet « Africa Forward a » de Nairobi a ainsi montré que les intentions ne suffisent pas sans une transformation réelle et fondamentale des rapports.

La diaspora a un rôle central à jouer dans cette reconfiguration, précisément parce qu’elle incarne ce pont entre les deux espaces. Mais pour que cela fonctionne, elle doit se structurer pour parler d’une voix cohérente, portée par des entrepreneurs et des cadres avec des projets concrets. C’est à cette condition qu’elle devient un interlocuteur crédible pour les institutions des deux côtés. C’est l’une des convictions profondes que je porte, et l’un des fondements sur lesquels RISCE est construit.

APP – En marge de vos engagements, quel est votre projet professionnel actuel ?

Lalla Tounkara – Sur le plan professionnel, je porte depuis 2026 Staturéa, cabinet spécialisé en gouvernance d’image exécutive. Notre approche s’adresse aux dirigeants et décideurs qui opèrent sur l’axe Europe-Afrique, et qui font face à un écart structurel entre la légitimité opérationnelle qu’ils détiennent et la lisibilité de leur autorité dans les référentiels où ils évoluent.
Je parlais de recomposition du paysage africain, et c’est précisément là que Staturéa prend aussi tout son sens. Cette dynamique reconfigure les codes d’autorité et de légitimité pour tout le monde : pour le dirigeant africain qui se positionne à l’international et dont l’autorité ne voyage pas aussi facilement que son mandat, mais aussi pour le dirigeant européen qui s’installe en Afrique et découvre que ses codes habituels ne produisent pas les effets attendus. Ce n’est pas qu’une question de communication. C’est un actif stratégique, qui se pilote comme tel. Selon les axes identifiés lors du diagnostic initial, nous mobilisons des experts partenaires spécialisés, entre autres, en réputation juridique, e-réputation, leadership interculturel, communication exécutive, relations institutionnelles...

En parallèle, je travaille au lancement de Leaders & Influence : Brand Stories, un podcast dédié aux enjeux de gouvernance d’image et de réputation sur l’axe Europe-Afrique. L’objectif est de donner la parole à des dirigeants, des décideurs et des experts qui vivent ces dynamiques de l’intérieur. Un espace de fond, à la hauteur de ces sujets.

APP – Quelques mots pour conclure ?
Lalla Tounkara –
L’Afrique n’attend plus. Elle se réapproprie, elle se repositionne, elle construit ses propres référentiels.

Ce mouvement appelle la diaspora à autre chose qu’une contribution à distance. Il l’appelle à co-construire, à co-investir, à être pleinement actrice de ce qui se joue, avec des projets concrets, des compétences mobilisées et une capacité d’engagement réelle. C’est ce à quoi je m’engage, à travers Stauréa, RISCE et chacune des initiatives que je porte.

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