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La ministre Elisabeth MORENO, à la veille de sa nomination : « L’Afrique n’a plus besoin de concours de bonté ! Il est temps qu’elle cesse de mendier sa place dans l’Histoire »

11 juillet 2020
La ministre Elisabeth MORENO, à la veille de sa nomination : « L'Afrique n'a plus besoin de concours de bonté ! Il est temps qu'elle cesse de mendier sa place dans l'Histoire »
Elisabeth Moreno, ministre déléguée auprès de Premier ministre, chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances. Nommée le 6 juillet 2020. © Capture vidéo Club Efficience, 2019.
Personnalité du monde de l’entreprise et de la diaspora franco-africaine, la nouvelle ministre Elisabeth MORENO* participait le 5 juillet à une conférence des Rencontres parisiennes d’Aix-en-Seine, dédiée aux relations Europe-Afrique. L’occasion de formuler quelques vérités bonnes à entendre. En Europe… et en Afrique aussi !

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par Alfred MIGNOT, AfricaPresse.Paris (AP.P)
@alfredmignot | @PresseAfrica

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Intervenant dans le panel prestigieux qui rassemblait notamment Christian de Boissieu (vice-Président du Cercle des Économistes, organisateur), Carlos Lopes (Haut-Représentant,de l’Union africaine), Ibrahim Assane Mayaki (CEO du NEPAD) et de Vincent Rouaix (PDG de GFI), Elisabeth Moreno, alors encore « seulement » vice-PDG de HP Africa, a immédiatement mis en exergue la question-clé, celle de la confiance :

« En y réfléchissant bien, la relation Europe-Afrique est vieille de plus de sept siècles et les caractéristiques majeures de cette longue histoire sont l’asymétrie et la violence (…) On ne peut pas négliger le fait qu’entre la traite négrière et la colonisation, quatre siècles et demi se sont écoulés.
Ce contexte historique est important pour comprendre la méfiance des Africains à l’égard des vœux louables de Mme von der Leyen, la Présidente de la Commission européenne, qui appelle à bâtir un partenariat entre égaux. Ou encore, quand M. Charles Michel [Président du Conseil européen, ndlr] dit qu’il souhaite écrire de nouvelles pages d’un avenir commun et optimiste.

Et je ne puis m’empêcher de faire un parallèle ici, puisque la vie est faite de relations humaines… Imaginez un couple dans lequel l’un a totalement dominé et parfois violenté l’autre pendant des années, et voyant qu’un tiers cherche à la séduire, lui fait des promesses d’une nouvelle relation très différente de tout ce qui a existé par le passé. Avouez que le doute et la méfiance seraient de mise.
Surtout que le tiers, lui, tout nouveau, tout beau, la couvre de soi-disant cadeaux et lui dit combien il prendra soin d’elle. Et je pense qu’au regard de cette relation dominant, dominé, qui aura duré si longtemps, on peut se demander “réalistement” si elle peut laisser place à une nouvelle relation et si c’est le cas, comment ? »

Ce préalable étant clairement énoncé, Elisabeth Moreno concède que, bien sûr, « le lien colonial s’est progressivement transformé en lien contractuel. Toutefois, comme le dit notre fameux proverbe africain, la main qui donne est au-dessus de la main qui reçoit, et ces rapports ont toujours été déséquilibrés. »

Mais la donne a commencé à changer en 1989, avec la chute du mur de Berlin. Tandis que jusque là, l’Afrique ne dialoguait encore qu’avec les anciennes puissances coloniales, elle s’est depuis lors ouverte au reste du monde, relève Élisabeth Moreno.

Aujourd’hui, considère-t-elle, « les Africains refusent une relation centrée sur l’aide et souhaitent miser sur des intérêts communs équilibrés (…) L’Afrique est arrivée à un tournant de son histoire : comme l’a déclaré le chef de la diplomatie européenne, elle n’a plus besoin de concours de bonté ! On sait tous que les sols et les sous sols africains regorgent de minerais qui servent à la fabrication de la plupart des produits que nous utilisons au quotidien – tels que le pétrole, le gaz, les minéraux, l’or, le diamant, le café, le cacao, le coton – et les relations commerciales entre ces deux continents sont extrêmement importantes. Mais le problème, regrette la nouvelle ministre, c’est que cette richesse n’a jamais véritablement profité qu’à une poignée d’Africains et les autres n’ont jamais su l’exploiter. »

L’autre changement majeur de ces vingt dernières années, c’est bien sûr l’irruption de l’activisme chinois sur le Continent. Il s’est révélé un catalyseur d’intérêt : aujourd’hui, on voit le continent courtisé par les Chinois, mais aussi par les Indiens, les Turcs, des gens du Golfe, les Américains, les Russes qui sont de retour… On voit s’organiser des sommets Afrique-France, Chine-Afrique, Inde-Afrique, Russie-Afrique ou encore Japon-Afrique, qui se développent simultanément ou presque, tandis que l’Afrique est désormais est aussi invitée au G20.

Tout cet empressement est compréhensible : « Évidemment, en Afrique, tout est à construire. La population est en plein boom démographique. Les classes moyennes sont en train de se développer et les potentialités d’investissements sont immenses. Donc, on comprend pourquoi tout le monde s’intéresse tout d’un coup au continent. Je crois qu’il est temps que l’Afrique cesse de mendier sa place dans l’Histoire », affirme encore Élisabeth Moreno, taclant ainsi par allusion le fameux et désolant discours de Dakar, de Nicolas Sarkozy.

« Si j’avais une baguette magique,
c’est sur la jeunesse que j’investirais »

Mais si l’Afrique dispose désormais d’une capacité plus large à choisir ses partenaires, l’Europe reste aujourd’hui encore le premier d’entre eux, et notamment le premier investisseur sur le Continent, le premier pourvoyeur d’aide publique et le premier partenaire commercial.

Europe et Afrique partagent ainsi d’importants intérêts et défis communs : « les migrations, le problème de terrorisme, les changements climatiques, la sécurité alimentaire, pour ne citer que cela. Qu’on le veuille ou non, nos destins sont donc encore naturellement liés, comme par le passé »
Mais cette fois-ci, « les choses sont différentes », estime Élisabeth Moreno, considérant que les premiers déplacements officiels et successifs d’Ursula von der Leyen et de Charles Michel au siège de l’Union africaine, à Addis Abéba, accompagnés par la plupart des commissaires européens, attestent l’importance qu’attache l’Union européenne à sa relation avec l’Afrique.

Pour autant, « la diversité des intérêts des pays de l’UE et la multitude des structures de dialogue ou de programmes bilatéraux d’opérations rend encore difficile l’harmonisation des actions, qui s’enchevêtrent et se concurrencent parfois, avec une efficacité assez limitée » a déploré Elisabeth Moreno.

En face, les représentants de l’Afrique doivent quant à eux faire montre d’une « grande responsabilisation…), établir une meilleure gouvernance et garantir juridiquement le bon développement du système des affaires sur le Continent. »

Ainsi, dans un environnement qui en vingt ans a basculé de l’afro-pessimisme à l’afro-optimisme parfois naïf, elle opte pour l’afro-réalisme.
Selon elle, si le renouvellement des accords de Cotonou – qui régissent jusqu’à la fin de 2020 la relation globale Europe-Afrique – peine à se finaliser, c’est que désormais s’affirment de « nouvelles exigences, de part et d’autre », et que l’on constate encore « une certaine confusion au sein même de l’Union africaine. Parce que la plupart des chefs d’État s’accrochent à leur souveraineté et parfois on se demande si cette souveraineté est plus importante que la survie des citoyens africains ».

Évoquant enfin la jeunesse africaine, y compris celle de la diaspora – « cette jeunesse [qui] ne trouve pas sa place en Europe (…) et [parfois] ne trouve pas sa place en Afrique parce qu’il y a aussi cette concurrence avec les jeunes du Continent – Elisabeth Moreno a déclaré : « Si j’avais une baguette magique, c’est sur la jeunesse que j’investirais. »

Ainsi, selon la la ministre, il convient d’accorder tout d’abord « une priorité absolue à l’éducation (…) et à la formation de la jeunesse (…) et stimuler l’entrepreneuriat » car si l’on ne donne pas aux jeunes génération africaines la possibilité de prendre leur destin en main, on ira vers « une véritable catastrophe ». Et l’expérience de la pandémie de la Covid-19 a confirmé la nécessité de « garantir également la la santé des Africains sur le Continent ».

Ainsi s’exprimait donc la nouvelle ministre l’Égalité des chances, à la veille d’une nomination dont on ne peut que la féliciter, et qui fait honneur tant à la diaspora franco-africaine qu’à la République.

Dommage toutefois que le Président Emmanuel Macron n’ait pas saisi l’occasion de ce remaniement du gouvernement pour créer – enfin – un ministère dédié à l’Afrique, ou tout au moins un ministère délégué, rattaché au Quai d’Orsay.
Dans les deux cas, Élisabeth Moreno aurait très bien pu assumer la mission. Alors… encore un effort, Monsieur le Président !

* Elisabeth Moreno, ministre déléguée auprès de Premier ministre, chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances.

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ARTICLE LIÉ :
#ATDA2019 - Élisabeth MORENO, vice-PDG HP Afrique : « L’Afrique ne doit pas passer à côté de la 4e Révolution industrielle » 2 décembre 2019

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