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La leçon d’Alexandre le Grand, et après…

Grèce | 10 septembre 2009 | src.Novopress Québec
L’histoire extraordinaire d’Alexandre le Grand offre aux Européens d’aujourd’hui une moisson d’enseignements. Le prétexte nous en est offert par la réédition en poche de la biographie du conquérant écrite naguère par Jacques Benoist-Méchin (1). On connaît le talent de cet historien à la fibre épique. Sa biographie fervente d’Alexandre fut, en 1964, le premier titre de la série du « Rêve de plus long de l’histoire » (8 volumes), dédiée à sa propre fascination pour l’Orient.

Fascination qui n’avait pas cessé de s’exercer sur certains Européens au cours des siècles. Elle avait précisément pour origine les campagnes d’Alexandre, dont les retombées immenses et souvent malheureuses n’ont plus cessé. Benoist-Méchin n’a jamais masqué par ailleurs son attrait pour les personnages d’exception qui ont laissé leur empreinte sur l’histoire. Reconnaissons qu’avec le fils de Philippe de Macédoine, il ne pouvait mieux choisir.

Fulgurante trajectoire que celle d’Alexandre (356-323), élève très infidèle d’Aristote, lequel aurait sans nul doute condamné comme un exemple achevé de démesure son rêve nullement grec de royaume universel.

En dix ans, le génie politique et militaire du jeune roi fit de lui le conquérant de l’Egypte et de l’immense Empire achéménide, poussant même au-delà de la Bactriane jusqu’à l’Indus, avant de venir mourir à moins de 33 ans à Babylone, dont il voulait faire la capitale de son propre empire. Rêve fracassé dès sa mort, mais dont les suites seront pourtant incalculables si l’on songe à la « civilisation hellénistique », qui contribuera, entre autres, à l’émergence du christianisme quatre siècles plus tard.

L’opinion très admirative de Benoist-Méchin a été fortement relativisée par René Grousset. Dans son essai Figures de proue (1949), ce grand historien se montre en effet sensible à la permanence des peuples, des cultures et des civilisations :
« Alexandre est sans doute le premier homme d’Etat à avoir pensé planétairement… Il n’aura pas pour autant réussi à helléniser la vallée du Nil, qui restera copte, la Syrie et la Mésopotamie, qui resteront araméennes, l’Iran qui restera iranien. Ne nous laissons pas prendre à la parade hellénisante que joueront sur leurs monnaies les dynastes anatoliennes ou parthes. De siècle en siècle, nous verrons ce vernis d’hellénisme s’effriter et le fond indigène reparaître à nu. […]

Loin de nous de méconnaître les résultats de la conquête macédonienne. Elle a changé la face du monde. […] Mais parce qu’elle correspond à la première colonisation tentée par un grand empire, elle nous rappelle que tout colonisation, à la longue, épuise son potentiel et que, tôt ou tard (les siècles pour le philosophe importent peu), le pays colonisé, après avoir bénéficié largement de l’effort du colonisateur, se trouve lui-même avec son âme inchangée ».

Même Alexandrie, longtemps phare de l’hellénisme, retournera à l’Orient avec le premier christianisme et le martyre de la jeune philosophe grecque Hypatie (415), puis avec l’islam.

Intéressante leçon pour les Européens de notre temps. L’œil sur une actualité qui nous renvoie souvent à notre statut d’assujettis, nous pourrions imaginer notre existence terminée. Mais, comme l’écrit fortement René Grousset, les siècles importent peu. Le moment venu, nous nous réveillerons aussi, notre âme inchangée.

Dominique Venner

1. Jacques Benoist-Méchin, Alexandre le Grand, Tempus, 350 p., 9 €.

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