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La création du fonds InfraMed, une avancée majeure pour le financement des infrastructures en UpM

Tous pays EUROMED-AFRIQUE | 27 mai 2010 | src.leJmed.fr
Paris - Doté d’un capital initial de 385 M€, et visant une dotation totale d’un milliard d’euros, le Fonds InfraMed, lancé mercredi 26 mai à Paris par cinq partenaires nord-sud méditerranéens, est le premier instrument financier spécifiquement dédié à l’UPM.

La Caisse des Dépôts (CDC, France), la Cassa Depositi e Prestiti (CDP,Italie), la Banque européenne d’investissement (BEI), la Caisse de Dépôt et de Gestion (CDG, Maroc) et EFG Hermes (Egypte) sont les cinq institutions fondatrices de ce fonds dont la vocation est, bien sûr, de s’ouvrir à d’autres partenaires, en EuroMéditerranée mais aussi au-delà, notamment aux pays du Golfe, investisseurs déjà très présents en Méditerranée.

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De gauche à droite sur la photo : Augustin de Romanet, Directeur général de la Caisse des Dépôts (France) ; Franco Bassanini, Président de Cassa Depositi e Prestiti (Italie) ; Philippe de Fontaine Vive, Vice-président de la Banque européenne d’investissement (BEI), « patron » de la Femip ; Anass Houir Alami, Directeur général de la Caisse de Dépôt et de Gestion (Maroc) ; Yasser El Mallawany, Directeur général d’EFG Hermes (Egypte) ; Rachid Mohamed Rachid, Minsistre égyptien du Commerce et de l’Industrie ; Henri Guaino, Président de la mission interministérielle de l’UPM (France).
© leJmed.fr - mai 2010

Cette volonté d’élargissement a maintes fois été soulignée par les différentes personnalités (1) représentant les cinq institutions, et qui ont également relevé le caractère « exemplaire » d’InfraMed, car « première série d’une famille d’outils financiers pour l’UPM », comme le relevait Franco Bassanini, Président de l’italienne Cassa Depositi e Prestiti, et Président du Conseil des investisseurs d’Inframed. Exemplaire, aussi, comme le soulignèrent divers intervenants, car faisant appel aux capitaux privés, sans obérer, donc, les ressources budgétaires actuellement mal en point des États européens, releva encore Franco Bassanini.

Le Fonds InfraMed sera le plus important fonds voué aux investissements dans les infrastructures des régions Sud et Est de la Méditerranée. Doté d’apports initiaux de 385 millions d’euros, ce nouveau fonds vise une dotation totale d’un milliard d’euros, et bénéficiera, pour ses emprunts sur le marché, de la note AAA, ont estimé ses promoteurs, car ses institutions fondatrices bénéficient d’une compétence et d’une réputation de sérieux largement reconnues.

Augustin de Romanet : « Un outil exemplaire »

« Le lancement aujourd’hui de ce fonds InfraMed est une preuve de plus que les réalisations concrètes de l’UPM avancent, et nous nous en félicitons », déclara d’emblée Augustin de Romanet, directeur général de la Caisse des Dépôts (France). « Nous nous en félicitons, car la Caisse des Dépôts a fait de la Méditerranée son axe prioritaire de développement à l’international, et depuis plusieurs années. Pour nous, le codéveloppement est une exigence. Et, il n’est nul besoins d’aller jusqu’en Asie, la rive sud de la Méditerranée représente un potentiel de croissance extraordinaire ».

Ce fonds Inframed, qui naît doté de quelque 400 millions d’euros, est l’aboutissement de deux années d’efforts, déclarait encore Augustin de Romanet, précisant que l’idée en avait surgi lors d’une conversation avec Franco Bassanini, son homologue italien, Président de Cassa Depositi e Prestiti. « Des jours et des nuits de négociations ont été nécessaires pour parvenir à la création de ce fonds Inframed. Mais, nous avons abouti avec cette conviction d’avoir construit un outil exemplaire, certains qu’il servira de modèle à d’autres institutions », déclara encore Augustin de Romanet avant de conclure son propos en lançant un appel à la venue de nouveaux investisseurs.

Franco Bassanini : « C’est un grand jour ! »

Intervenant à son tour, et dans un français parfait, Franco Bassanini, Président de l’italienne Cassa Depositi e Prestiti, et Président du Conseil des investisseurs d’Inframed, considéra que « c’est aujourd’hui un grand jour, qui marque une étape nouvelle de la politique européenne (…) Nous devons en effet tout faire pour arriver le plus vite possible à une convergence économique entre le Nord et le Sud de la Méditerranée (…) Pour nous, le fonds Inframed est le prototype d’une famille d’instruments financiers d’intervention (…) Et il est important aussi que nous procédions essentiellement par des capitaux privés, particulièrement dans le contexte actuel de nécessaire réduction de la dette des pays européens (…) La crise a montré que le court-termisme spéculatif est néfaste. Ce que nous apportons avec notre démarche de moyen long termes, ce sont des investissements sûrs et générateur de richesses durables ».

Les cinq fondateurs : deux du Nord, deux du Sud, et la BEI

La Caisse des Dépôts française et l’italienne Cassa Depositi e Prestiti apportent chacune 150 millions d’euros, ce qui en fait de très loin les deux principaux contributeurs, tandis que la Banque européenne d’investissement (BEI), institution de financement de l’Union européenne, contribue à hauteur de 50 millions d’euros. Cette contribution européenne relativement modeste peut cependant être interprétée de deux manières : d’une part, elle fait évidemment songer à l’hostilité, marquée dès la création de l’UPM en 2008, de certains pays européens – et particulièrement l’Allemagne de la chancelière Angela Merkel – à l’idée d’accorder la moindre ligne de crédit spécifique à la nouvelle entité UPM ; mais, d’autre part, vu le tsunami du resserrement budgétaires qui déferle actuellement sur l’Europe, ces 50 millions représentent tout de même un « geste important » des décisionnaires de Bruxelles, dixit Henri Guaino, et d’autant plus qu’il s’inscrit à contre-courant de la doxa du moment.

Le mérite de cette contribution européenne, estima encore Henri Guaino, en revient assurément à Philippe de Fontaine-Vive, vice-Président de la BEI, « patron « de la Femip (Facilité euro-méditerranéenne d’investissement et de partenariat), et méditerranéen de conviction et… d’action. Et justement, le VP de la BEI souligna, comme il en est coutumier, que le retour de « la croissance pour l’Europe passe par la Méditerranée ! ». Il se félicita également de la paternité multiple – et d’abord franco-italienne – du fonds, « dont la bonne gouvernance est assurée dès le premier d’un jour », et cela par la nomination immédiate d’un Directeur général (Frédéric Ottavy) pilotant une structure de gestion ad hoc (InfraMed Management), ainsi que d’un Comité des investissements composé majoritairement de membres indépendants.

Côté Sud, on notera que la contribution marocaine – 20 millions euros, abondés par la Caisse de Dépôt et de Gestion – et égyptienne (15 M€, par EFG Hermès) représentent un engagement de ces deux entités très supérieur à la valeur nominale des sommes engagés. En effet, si l’on considère le différentiel de niveau de vie entre par exemple le Maroc et la France, estimé de 1 à 5, les 20 millions marocains, vus du Maroc, « valent » donc cinq fois plus, soit 100 millions d’euros. Et pour l’Égypte, les 15 millions équivalent à 150, puisqu’il est communément admis que le différentiel du niveau de vie est de 1 à 10 !

Enfin, il n’est pas neutre de remarquer que les deux pays européens fondateurs – La France et l’Italie – sont les deux pays les plus économiquement importants du groupe des « sœurs latines », qui comprend aussi l’Espagne et le Portugal, pour l’instant absents du fonds. Côté sud, ce sont les deux pays situés aux limes du Bassin méditerranéen, le Maroc à l’Ouest et l’Égypte à l’Est, qui se trouvent être les premiers à s’engager.

Henri Guaino : « C’est formidable ! »

Répondant aux questions des journalistes, les fondateurs d’Inframed se sont bien sûr déclarés convaincus que ce fonds servira de matrice exemplaire et ne manquera donc pas d’attirer d’autres pays, notamment les pays « riches » du Sud, ou en tout cas qui disposent d’importantes liquidités, comme l’Algérie ou la Libye, mais aussi les pays du Golfe, à propos desquels Augustin de Romanet s’est montré particulièrement optimiste.

Interrogé sur le report à novembre du second Sommet de l’UPM – qui devait se tenir le 7 juin à Barcelone –, Henri Guaino, conseiller du Président Nicolas Sarkozy et Président de la mission interministérielle de l’UPM, a déclaré que ce report, demandé par l’Espagne, lui semblait une « sage décision », car « l’UPM est une œuvre de longue haleine, il vaut mieux prendre quelques mois de plus et réussir ».

Surtout, insista Henri Gaino, « l’UPM a survécu à ce jour aux prédictions de tous les Cassandre ! Il faut bien distinguer les difficultés politiques et l’avancement des projets », donnant pour exemple de cet avancée les travaux de la Commission Millaud sur la création d’une Banque de développement méditerranéenne, et dont le rapport sera présenté très prochainement au Président de la République. « Les projets avancent, c’est formidable ! » s’exclama Henri Guaino, donnant cette fois pour exemple la mise en place, en cours, du Secrétariat général de l’UPM, illustrée notamment par l’entrée en fonction du Secrétaire général Ahmed Massadeh, ainsi que par la nomination récente de cinq des six secrétaires généraux adjoints.

Contagieux ou pas, l’optimisme raisonné d’Henri Guaino allait en tout cas trouver une illustration concrète le lendemain à Marseille, par la belle réussite du For’UM, organisé par ses collaborateurs – et particulièrement Julien Aubert – de la mission interministérielle UPM que préside Henri Guaino.


© Alfred Mignot

(1) Augustin de Romanet, Directeur général de la Caisse des Dépôts (France) ; Franco Bassanini, Président de Cassa Depositi e Prestiti (Italie) ; Philippe de Fontaine Vive, Vice-président de la Banque européenne d’investissement (BEI), « patron » de la Femip ; Anass Houir Alami, Directeur général de la Caisse de Dépôt et de Gestion (Maroc) ; Yasser El Mallawany, Directeur général d’EFG Hermes (Egypte).