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La « Semaine de l’Export » à Paris / La Direction générale du Trésor (DGT) et le Pôle financement de Medef Int. en quête d’une stratégie de souveraineté et de sécurité

10 février 2026
La « Semaine de l'Export » à Paris / La Direction générale du Trésor (DGT) et le Pôle financement de Medef Int. en quête d'une stratégie de souveraineté et de sécurité
Une vue des éminents panélistes : Denis Redonnet (DGA de la DG Trade de la Commissions européenne) ; Elvire Fabry (Directrice du programme « commerce et sécurité économique de l’Institut Jacques Delors) ; Benoît Trivulce, DG par interim de Business France ; Laurent Scheer (Vice-Président chargé des affaires publiques mondiales de Pernod Ricard) ; Modératrice : Sabine Lemoyne de Forges, sous-directrice de la politique commerciale et de l’investissement de la DGT. Photo © DD
Face à la guerre commerciale initiée par les États-Unis, en Afrique comme sur les autres continents, la France amorce une nouvelle stratégie globale, soit le passage d’une diplomatie économique à une diplomatie de souveraineté et de sécurité. La Direction générale du Trésor (DGT) et le Pôle financement de Medef international s’engagent dans cette voie…

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Par Denis DESCHAMPS, pour AFRICAPRESSE.Paris
@DjuliusD @africa_presse

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L’édition 2026 de la « Semaine de l’export » organisée du 3 au 6 février au Ministère de l’économie et des finances à Paris-Bercy a été marquée par le redressement du commerce extérieur français, qui avait atteint un déficit record en 2022 avec 161,7 milliards d’euros. Après 79 milliards en 2024, il a ainsi été réduit à 69,2 milliards en 2025.

En dehors d’une charge moins lourde du prix de l’énergie, cette amélioration se traduit par une hausse de 2,5 % des exportations, qui ont atteint 614,7 milliards d’euros, plus dynamiques que les importations, qui n’ont progressé que de 0,7 %, à 703,6 milliards d’euros. Cependant, ces résultats sont contrastés entre les différents secteurs : le solde de l’agro-alimentaire se dégrade (tout en restant positif avec 200 millions d’euros), tandis que le secteur des services enregistre un excédent de 55,6 milliards d’euros en 2025.

Issues de la direction des douanes, ces données ne traduisent pas les effets du contexte international insécure et ne donnent pas toute la visibilité nécessaire aux actions mises en œuvre par l’Europe et la France pour répondre à la guerre commerciale initiée par les États-Unis, en Afrique comme sur les autres continents.

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La diplomatie économique française transformée en une
diplomatie de la souveraineté et de sécurité économique

Intervenant en duplex de Kiev (Ukraine), le ministre français du commerce extérieur, Nicolas Forissier, a rappelé les tensions géopolitiques en cours et la montée des rapports de force internationaux qui nécessitent que les entreprises françaises prennent bien en compte tous les enjeux de la sécurité économique. En France, les acteurs publics qui accompagnent les entreprises exportatrices proposent ainsi des outils concrets pour leur résilience et leur compétitivité, tout en veillant à renforcer les partenariats internationaux (conclusion de nouveaux accords commerciaux) permettant de soutenir la diversification de leurs débouchés et la sécurisation de leurs approvisionnements.

La France a pris la présidence du G7 dans un environnement international à la fois incertain et fragmenté, qui pousse à agir dans le sens d’une complète réorganisation mondiale des chaînes de valeur, avec des entreprises françaises qui doivent s’adapter pour bien prendre en compte les exigences de sécurité économique. Comme l’a souligné Claire Cheremetinski, DGA de la DGT (Direction générale du Trésor), il s’agit de mettre en œuvre une stratégie d’ouverture commerciale équilibrée (1), à la fois réciproque et compatible avec les ODD, intégrant les exigences de prévisibilité et de fluidité des échanges commerciaux.

Aussi, par-delà du respect des règles et de la lutte contre les barrières non tarifaires (réglementaires et sanitaires), différents dispositifs français d’accompagnement à l’export des entreprises françaises sont aujourd’hui efficacement portés et promus par Business France, BPI France et la « Team France export ». Pour ce qui concerne la DGT, la volonté est ainsi clairement affichée de « vendre » à l’international des entreprises françaises mieux équipées et plus résilientes pour aller à l’export.

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Il est impératif de réduire nos dépendances grâce
à une meilleure intégration économique internationale

Denis Redonnet (DGA de la DG Trade de la Commissions européenne) a ainsi rappelé que les accords commerciaux passés par l’Union européenne venaient en appui de la compétitivité économique des entreprises françaises, la stratégie de la Commission étant passée d’une logique d’efficience (maximisation de l’intégration économique) à celle de la résilience et de la sécurité (traitement des poches de vulnérabilité et des risques pesant sur les chaînes de valeur, dans un contexte de développement de la coercition au plan international).

C’est pourquoi il convient de mieux articuler nos outils européens de défense commerciale avec ces impératifs de résilience et de sécurité économique (pour la protection et la promotion des capacités de production en Europe, en même temps qu’il faut assurer aux entreprises européennes la possibilité de se sourcer). Le renforcement de l’intégration économique internationale, grâce à de nouveaux accords préférentiels avec des économies émergentes (comme l’Inde, l’Indonésie) est par ailleurs un moyen fondamental de « derisking » du commerce international fondé sur la diversification du risque.

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En Europe, nous devons mieux agir ensemble,
parce que nous avons beaucoup en commun

Pour Elvire Fabry (Directrice du programme « commerce et sécurité économique de l’Institut Jacques Delors), notre continent européen doit veiller à rester attractif sur les moyen et long termes, et aussi sécuriser ses chaînes de valeur en développant des accords de partenariat (par exemple, sur les minerais critiques, avec les pays sources). Par ailleurs, l’Europe doit, selon elle, pouvoir « faire un usage décomplexé de ses outils anti-coercition vis-à-vis de la Chine et des Etats-Unis (2) », sachant toutefois que notre dépendance numérique (GAFAM) et par rapport à des produits stratégiques geo-concentrés et non substituables (terres rares) peut toujours faire hésiter.

C’est pourquoi elle a rappelé la nécessité de diversifier l’accès à la demande, comme l’a fait la Chine lorsqu’elle s’est détournée des États-Unis pour attaquer le reste du marché mondial, en même temps qu’il faut pouvoir bien identifier les dépendances futures (par exemple, les médicaments produits en Chine). Malheureusement, compte tenu de son mode de fonctionnement, l’Europe peut vite verser dans le blocage, comme avec l’accord sur le MERCOSUR, alors même que le monde entier est en demande de diversification.

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Aucune entreprise ne veut perdre son meilleur client

Benoît Trivulce, DG par interim de Business France, a alors exhorté « les entreprises à prendre des risques », sachant que la période en cours peut paraître très difficile, alors même que d’aucuns peuvent encore considérer l’actuel Président américain comme « le meilleur VRP de l’Europe ».

La TFE (Team France Export) s’emploie donc à accompagner plus de 60 000 entreprises en France, au travers de réunions et webinaires qui permettent de les informer sur la diversification, en prenant en considération l’expérience des CCE (Conseillers du commerce extérieur) et aussi de l’OSCI (Fédération des sociétés privées dédiées au développement international des entreprises), pour permettre aux entreprises de « vivre en meute » afin de pouvoir mieux « chasser en meute ».

Il a aussi rappelé que le français comme langue des affaires permet le succès d’opérations comme FRANCOTECH, même si par ailleurs des événements relevant de la stratégie présidentielle comme AFRICA FORWARD ou AMBITION AFICA ne sont pas exclusivement francophones : le monde est en effet vaste pour les entreprises françaises qui s’internationalisent à 70 % en Europe (avec le Canada, le Japon et la Corée), à 7 % aux Etats-Unis (27 000 exportateurs français font des USA « notre meilleur client, d’autant plus que le marché est en développement de +20% ) et 5 % en Chine, avant l’Asie (ASEAN), l’Amérique latine, le Proche et Moyen Orient, et enfin l’Afrique.

Laurent Scheer (Vice-Président chargé des affaires publiques mondiales de Pernod Ricard) a pour sa part évoqué la politique de diversification de marchés adoptée par son entreprise de vins et spiritueux, y compris avec le développement de nouvelles gammes de produit (développement de produits locaux, comme pour le Whisky aux États-Unis). Il n’en demeure pas moins que la vitesse de traitement des dossiers par les acteurs publics français peut être, selon lui, encore améliorée et que leur périmètre d’intervention doit être systématiquement élargi à d’autres problématiques que le respect des règles de l’OMC.

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Le rôle d’arrangeur public de l’Agence française
de développement (AFD) et le secteur privé

Avant cette réunion organisée par la DGT le mercredi 4 février, #BercyFranceExport avait réuni le 3 février, les entreprises et les acteurs publics et privés de l’accompagnement à l’international : dans le cadre de cette manifestation, l’AFD a ainsi rappelé que ses activités génèrent d’importantes retombées économiques pour les entreprises françaises (8 Mds€ sur 2020-2024) et également la synergie entre ses actions et celles de la Direction générale du Trésor (DGT), de BPI France et de Business France.

L’AFD se présente en particulier comme un « arrangeur financier public » dont le rôle est de renforcer le secteur privé français et d’œuvrer collectivement en faveur d’investissements solidaires et durables.

Le secteur privé n’est en effet pas en reste : le pôle financements internationaux de MEDEF International a, de fait, organisé le lundi 2 février à la Fédération nationale des travaux publics (FNTP) une rencontre entre les organisations financières internationales, en particulier le groupe Banque mondiale, et les entreprises françaises.

Dans le cadre de cette rencontre placée sous l’autorité de Philippe Gautier, Directeur général de MEDEF International, les participants ont ainsi pu prendre acte du « passage des partenariats internationaux d’une logique de guichet à une démarche de projets ».

Tout d’abord, Elisabeth Tchoungui, responsable RSE du groupe ORANGE, a évoqué la veille opérée par le pôle partenariats internationaux de MEDEF International sur les priorités des grandes institutions et agences (Banque mondiale, Banque européenne d’investissement, AFD…) par exemple, sur le Global Gateway de l’Union européenne et la Mission 300 (développement de l’énergie en Afrique) de la Banque mondiale, pour favoriser l’origination des projets permettant la mise en valeur de l’expertise française, en même temps que de la durabilité.

Ensuite, Diego Diaz, président de SNCF International, a détaillé les évolutions en cours dans le monde des financements internationaux :

L’Aide publique au développement (APD) a basculé d’une logique traditionnelle de guichet à un nouveau paradigme fondé sur la mobilisation du secteur privé et des entreprises pour le développement ;
- Le secteur privé souhaite alors avoir plus de prévisibilité et de proportionnalité par rapport au coût complet (plutôt que « le plus bas coût ») assumé par les entreprises pour préparer des offres de qualité, responsables et éthiques, avec aussi plus de contenu local ;
 Également, parce que les entreprises veulent des garanties supplémentaires et plus de flexibilité dans les paiements, il est, selon lui, important d’installer un dialogue constructif, en amont des partenariats avec les institutions, fondé les retours d’expériences et le respect des procédures de respect de la concurrence.

Il a ainsi rappelé qu’en Afrique les partenaires ont des attentes particulièrement fortes par rapport à la lisibilité des mécanismes et au « derisking » passant par des solutions qu’un dialogue local franc entre le secteur public et le secteur privé (avec un objectif « emploi » qui est réaffirmé), entre les entreprises et les bailleurs, peut permettre d’établir.

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Rendez-vous à Nairobi pour « Africa Forward »

À ce titre, Shanti Bobin de la Direction générale du Trésor a cité les enjeux de la passation de marchés publics avec le groupe Banque mondiale (3 ) et aussi les différentes banques de développement comme la Banque africaine de développement, et fait état de la nouvelle approche des partenariats internationaux fondés sur une logique de projet plutôt que celle de guichet qui caractérisait jusqu’alors l’Aide publique au développement (APD).

Elle a également rapidement détaillé les différents outils proposés par la DGT, dont le FASEP (4) et les prêts du Trésor, complémentaires aux dispositifs de l’AFD, qui permettent de mieux affirmer les offres françaises (accompagnement des PME et ETI françaises dans des géographies où ces entreprises peuvent avoir une expérience unique et une capacité véritable d’intervenir dans des contextes exigeants).

Enfin, concernant l’Afrique, la DGT contribue comme d’autres acteurs à la préparation du Sommet Afrique-France « Africa Forward » de Nairobi (Kenya), en mai 2026. Tous les acteurs cités seront indéniablement à ce rendez-vous important pour l’Afrique.

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1 - Avec l’accord sur le Mercosur, puis celui de l’Union européenne avec l’Inde ; soit des accords de commerce fondés sur une utilisation améliorée des préférences commerciales pour favoriser l’export des entreprises.

2 - L’UE est aujourd’hui dans une situation de dépendance économique par rapport à la Chine, pour tout ce qui concerne le raffinement de minerais critiques, et vis-à-vis des États-Unis pour le numérique, le « cloud » américain étant ainsi un levier de risque majeur pour l’Europe…

3 - Une réforme du code de passation des marchés de la Banque mondiale est en cours pour améliorer le dialogue et la synergie entre le secteur privé et les bailleurs institutionnels.

4 - A noter, à cet égard, la création récente d’un outil européen qui semble s’inspirer du dispositif FASE de la DGTP : https://www.tresor.economie.gouv.fr/Articles/2026/01/15/global-gateway-early-stage-investment-mechanism-un-nouvel-outil-pour-accompagner-les-entreprises-europeennes-dans-les-infrastructures-durables

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