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Thierry Fabre

– « La Méditerranée du XXIe siècle est née », estime le créateur des Rencontres Averroès

Tous pays EUROMED-AFRIQUE | 11 février 2011 | src.LeJMED.fr
Cordoue - Alors que la première édition de « Los Encuentros Averroes » s’achevait, samedi 5 février 2011 à Cordoue, l’équipe marseillaise qui a inventé les Rencontres d’Averroès, nous a livré son sentiment sur cet événement, qui témoigne de l’essaimage effectif de l’intuition originelle du fondateur, Thierry Fabre. Selon lui, « la Méditerranée du sud, le monde arabe, sort d’une grande léthargie politique et il y a donc plus que jamais besoin d’inventer de nouveaux modèles de pensée ». Et ce nouveau contexte démontre une fois de plus la pertinence du rôle qu’auront à jouer, plus que jamais, les Rencontres d’Averroès. Entretiens, avec Thierry Fabre et Bernard Jacquier, Président d’Espaceculture_Marseille, qui organise et produit les Rencontres d’Averroès à Marseille.


Entretiens réalisés par Nadia Bendjilali
Envoyée spéciale à Cordoue, pour LeJMED.fr


Notre entretien avec Thierry Fabre, créateur des Rencontres d’Averroès.

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Thierry Fabre avec l’équipe des Rencontres d’Averroès de Marseille, en visite au site archéologique de Madinat Al-Zahra, Cordoue, le 6 février 2011 © Nadia Bendjilali

LeJMED.fr – Marseille, Rabat, et à présent Cordoue : parlez-nous de ce que vous avez présenté lors de l’inauguration de cette édition comme une « Internationale de la pensée critique en Méditerranée, placée sous le signe d’Averroès » ?

Thierry Fabre – On en rêvait et cela a eu lieu. Quel bonheur de voir un rêve se réaliser ! Cordoue est une cité superbe, à la fois conservée dans son histoire et prête pour des aventures nouvelles, avec une candidature en cours pour être Capitale européenne de la Culture en 2016. Ainsi, neuf siècles après la mort d’Averroès, ces rencontres permettent de revenir à Cordoue pour faire circuler de la pensée, grâce au travail de Casa Árabe. Des centaines de personnes ont participé aux débats ces derniers jours à Cordoue, d’autres éditions succèderont à ce premier succès j’en suis sûr.

Quant au partage, il est déjà effectif entre Rabat, Cordoue et Marseille, et des perspectives se dessinent à Beyrouth et Montréal. C’est touchant de voir ainsi une intuition qui prend forme, une idée formulée en 1994 à Marseille, celle d’une internationale de la connaissance et de la pensée critique.

LeJMED.fr – Ces rencontres de Cordoue sont en phase avec ce que vous avez nommé « un printemps en hiver »...

Thierry Fabre – La Méditerranée du sud, le monde arabe, sort d’une grande léthargie politique et il y a donc plus que jamais besoin d’inventer de nouveaux modèles de pensée. La secousse historique actuelle est, à mon sens, un bouleversement culturel de l’ampleur de la chute du Mur de Berlin.

Les Tunisiens ont ouvert la voie vers une nouvelle ère. Au fond, ce qui était paradoxal, c’était l’immense stabilité de ce monde depuis 60 ans alors que le décalage entre la représentation politique de ces pays et la réalité sociétale – où les jeunes générations sont majoritaires – était patent. Cet ordre établi était profondément injuste, tout le monde le savait mais le silence de tous avait pour moteur la peur du péril islamiste. Il me semble que la peur est toujours mauvaise conseillère…

Ce que j’observe, c’est que les expressions qui dominent sont des expressions de liberté publique (« houria » est le terme que l’on entend le plus) et une demande qui répond à un paradigme démocratique fondé sur un exercice de la citoyenneté, d’une juste représentation, du bien public, du non-détournement de l’argent, etc.

LeJMED.fr – C’est donc pour vous un message d’espoir que nous adressent les peuples du sud de la Méditerranée ?

Thierry Fabre – En effet, c’est le signe pour moi qu’une Méditerranée du XXIe siècle est possible. Il est temps que l’Europe soit aux côtés des pays qui vivent ces bouleversements pour les accompagner dans les phénomènes de transitions démocratiques et politiques, les processus électoraux et économiques.

Ces jeunes gens sont en prise avec « le Temps du Monde », comme disait Berque, et ils nous donnent une formidable leçon de vie, d’invention d’avenir dans laquelle je me retrouve pleinement. Cela ne fait que m’encourager dans l’idée que les Rencontres d’Averroès, comme lieux de réflexion collective et de pensée dans l’espace public, et non pas pour de petites cercles, ont un rôle à jouer plus important que jamais.


Notre entretien avec Bernard Jacquier, Président d’Espaceculture_Marseille, qui organise et produit les Rencontres d’Averroès à Marseille.

LeJMED.fr – L’internationalisation des Rencontres d’Averroès : une réalité et des projets ?

Bernard Jacquier – La dynamique d’échange, de dialogue et de partenariat avec d’autres équipes et d’autres villes du monde méditerranéen est pour nous, Marseillais, une source d’enrichissement sur la base de valeurs partagées.

En 2006, sur la rive Sud de la Méditerranée, une première algérienne avait eu lieu sous le nom des « Rencontres Ibn Rochd ». La présence d’une importante délégation d’Algériens à Cordoue nous permet d’espérer une possible édition à Alger dans le futur. Au Maroc, la troisièpe édition des rencontres « Sous le signe d’ Ibn Rochd » se déroulera en avril prochain à Rabat. Il est également question que des rencontres prennent leurs quartiers à Beyrouth à l’automne prochain et enfin, la perspective d’une édition à Montréal très prochainement est en cours de finalisation, mais je laisse à la représentante du Festival du Monde Arabe de Montréal le soin de vous présenter ce projet : l’idée étant bien de ne pas exporter les rencontres mais bien de collaborer avec des porteurs de projets, à l’intérieur de chacun de ces territoires d’essaimage.

Entretiens réalisés par Nadia Bendjilali
Envoyée spéciale à Cordoue, pour LeJMED.fr


À propos d’Espaceculture_Marseille
Créée en 1976, cette association déploie ses activités en direction des professionnels et du grand public à partir d’un immeuble situé à l’épicentre de la célèbre Canebière, grâce au soutien de la Ville de Marseille et de la Région PACA mais aussi du Conseil Général 13 et de la Communauté urbaine Marseille Provence Métropole.

Ses activités sont nombreuses et variées :

- Espace d’accueil et d’information comprenant un service billetterie, l’édition de l’agenda culturel mensuel gratuit de Marseille et un site internet de référence pour la vie culturelle du territoire,

- Espace d’accueil, d’organisation ou de coproduction de rencontres, conférences, lectures, expositions et événements culturels majeurs,

- Lieu ressource et d’appui ouvert aux acteurs culturels et aux associations afin de les guider dans leurs démarches [juridiques, logistiques…] auprès des institutions, ainsi qu’un soutien technique par une mise à disposition d’équipements scéniques et une aide à la gestion technique d’événements culturels.

Enfin, au plan international, Espaceculture_Marseille :

- organise et produit les Rencontres d’Averroès- Penser la Méditerranée des deux rives - à Marseille,

- siège au Conseil de Direction de l’Association Internationale pour la Biennale des Jeunes Créateurs d’Europe et de la Méditerranée dont il est membre actif et produit la participation des artistes marseillais et de la région PACA à cet événement. À ce titre, Espaceculture_Marseille est membre du réseau français de la Fondation Euro-méditerranéenne Anna Lindh pour le Dialogue entre les cultures.

Site de Espaceculture_Marseille


Sur le même événement :

- Les « Encuentros Averroès », à Cordoue, en quête du mieux vivre-ensemble la diversité méditerranéenne

- Naseer Shamma - « La musique est liberté ! Et vice versa ! », dit le maître irakien du oud, vivant au Caire

- Henda Ben Salah – « Les 1res Rencontres Averroès d’Amérique se tiendront à Montréal, en octobre 2011 »

- Gema Martín Muñoz - Le paradigme de Cordoue, clé millénaire revisitée du dialogue contre le fanatisme


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