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Bénédict de Saint-Laurent

- L’équipe d’Anima pour la création d’une plate-forme MED pour les TPE-PME

Tous pays EUROMED-AFRIQUE | 4 juin 2010 | src.leJmed.fr
Intervenant au IIIe Sommet des leaders économiques méditerranéens de Barcelone, Bénédict de Saint-Laurent, Directeur de Anima Investment Network (Marseille), s’est fait le porte-parole de la position unanime des cadres de son équipe et a préconisé la création d’une plate-forme MED pour les petites entreprises. En articulant son propos autour de « 10 vérités » qui sont autant de bonnes raisons…
Voici le texte intégral de son allocution.

Photo ci-dessus : Bénédict de Saint-Laurent, Directeur de Anima Investment Network (Marseille). © Alfred Mignot - juin 2010

Pour la création d’une plate-forme MED
pour les petites entreprises

par Bénédict de Saint-Laurent,
Directeur de Anima Investment Network (Marseille)

Bénédict de Saint-Laurent, Directeur de Anima Investment Network (Marseille), durant son intervention lors du Sommet des leaders économiques méditerranéens, à Barcelone le 3 juin 2010. © leJmed.fr - juin 2010

« Nous voulons contribuer efficacement au développement économique durable des pays de la rive sud de la Méditerranée et à la mise en place de vrais partenariats industriels avec des entreprises du nord, en particulier européennes. Voici les 10 vérités apprises par ANIMA au cours des 7 dernières années…

1re vérité - L’investissement n’est pas que financier, il doit être aussi humain, social, technologique (transferts de savoir-faire), environnemental. Les IDE, qui concernent surtout les multinationales et les grandes entreprises, doivent fortement intégrer ces 4 dimensions.

2e vérité - Pour un développement économique fort, susceptible de permettre la satisfaction des principaux besoins des pays MED, il n’y a pas d’autres voies que les réformes visant une meilleure attractivité, la conjonction des efforts privés et publics en matière de stratégie industrielle, de projets mobilisateurs, ou d’infrastructure matérielle et éducative, enfin la recherche d’une intégration régionale poussée.

3e vérité - La création d’emplois et de valeur ajoutée est cruciale pour les pays MED. Selon que l’on recherche un maintien des taux de chômage actuels ou un effort vers le plein emploi, il faut y créer entre 2 et 5 millions d’emplois par an jusqu’en 2030.

4e vérité - Une part très minoritaire (entre 100 et 400 000 emplois par an) viendra des grands investisseurs étrangers, Accor, British Gas, Renault-Nissan, Tata ou Airbus. Leur intérêt principal est autre : servir de référence (méthodes, formation, standards), tirer par le haut certaines filières lourdes (automobile, par exemple), pousser aux réformes. Il faut d’ailleurs également encourager des champions MED, encore trop peu nombreux (seulement une quinzaine sur l’Afrique du nord -OCP, ONA, Attijariwafa Bank, Cevital, Sonatrach, Poulina, Elloumi, Orascom, Ezz Group, CIB, Elsewedy Cables...). Ces groupes domestiques doivent jouer la carte des PME locales plutôt que rechercher une intégration verticale.

5e vérité - La grande majorité des emplois à créer viendra des PME, mais aussi et d’abord des TPE (très petites entreprises) et du secteur informel.

6e vérité - Pour libérer l’énergie de ces petites entreprises, il faut leur permettre d’accéder au financement en développant un marché des capitaux qui leur soit propre. Ceci implique des instruments sur lesquels il y a consensus : fonds propres, prêts longs, garanties, dette en monnaie locale, financement, en partie public, de l’amorçage etc.

7e vérité - Des milliards d’euros semblent disposés à s’investir sur ce segment des petites entreprises. Pour la plupart des petites entreprises MED, les besoins ne sont pas à cette échelle. Un "equity gap" existe par exemple entre la micro-finance et la fourchette basse du private equity (autour du million d’euros). La difficulté est la transformation des milliards disponibles en milliers ou dizaines de milliers d’euros effectifs. Ceci implique d’imaginer et mettre en place des solutions "low cost" d’étude des dossiers.

Une vue de l’assistance durant l’intervention de Bénédict de Saint-Laurent. © Alfred Mignot - juin 2010

8e vérité - Cette transformation "low cost" ne passe pas par une nouvelle agence ou banque, même si elle peut être orchestrée par elle. Pour que les coûts baissent sans que les risques augmentent trop, il faut se baser sur l’expérience acquise et l’identification de partenaires de confiance (travail engagé par exemple par la FEMIP), la mobilisation des réseaux existants très capillaires (tous les néo-réseaux avec lesquels travaillent ANIMA et Invest in Med : CJD, Réseau Entreprendre, Plato, Kefalat, réseaux de diasporas etc.), enfin "l’empowerment" de gestionnaires de proximité (Algériens en Algérie). Elle implique beaucoup de formation de ces "accompagnateurs d’entreprise", des actions d’animation (success stories, concours comme MedVentures, travail sur l’amorçage comme FARO), et un très gros travail de recueil de données (benchmarking des performances, connaissance des risques par profil, secteur etc.).

9e vérité - Mais, attention, pour les petites entreprises, la question non plus n’est pas que financière. Elle est aussi et souvent, managériale et stratégique : besoin de coaching, de mentoring, nécessité fréquente d’inclusion dans un cluster ou une filière, enfin impératif fréquent d’une stratégie internationale, car ces TPE sont déconnectées et opèrent sur des marchés nationaux trop limités. Soit dit en passant, cette clustérisation et cette mise en relation sont nécessaires pour une montée en valeur ajoutée, à laquelle travaillent divers acteurs de l’innovation (gouvernements, technopoles, BEI, associations et entreprises privées...).

10e vérité - Enfin, nous sommes optimistes. Nous pensons qu’il existe des métiers mondiaux sur lesquels la Méditerranée possède une carte majeure à jouer, du fait de son positionnement géographique, de ses ressources, de ses capacités etc. A échelle modeste, un programme comme Invest in Med défriche un certain nombre de filières de ce type, autour de grands secteurs comme l’agro-alimentaire (MagTrace...), le textile (TechTexMed), le tourisme (BestMed...), la culture (MovieMed...), la logistique (MedTracking). Les résultats sont encourageants. La rive sud de la Méditerranée n’est pas condamnée à rester un réservoir de ressources peu transformées ou un sous-traitant de l’Europe ou de la Chine.


Notre proposition : créer une plate-forme pour les PME

Une proposition, une seule. Évitons le catalogue habituel des listes de cadeaux...

Nous proposons, ANIMA et nos partenaires d’Invest in Med, de mettre en place, à partir des outils que nous avons développés (observatoires, analyse des secteurs et opportunités, bases de contacts, matchmaking, formations etc.), une plate-forme complète de mise en relation des petits entrepreneurs avec le monde de la finance, mais aussi l’intelligence industrielle MED (cartographie des besoins des pays, grands projets, partenaires etc.).

Basée sur un portail web, peut-être un système expert (pour une pré-évaluation très rapide des projets), une puissante base de données sur les entreprises (en cours de constitution), la mise en place d’un réseau de partenaires qualifiés, enfin un programme d’événements (rencontres BtoB, awards etc.), cette plateforme permettra un "sourcing alternatif" de projets méditerranéens à fort potentiel.

Aujourd’hui la rencontre entre investisseurs et porteurs de projets ne peut se faire que très partiellement. Question de langage, il faut apprendre aux entrepreneurs de base le logiciel des financeurs. Il faut aussi souvent "bonifier" leurs projets, pour les rendre "bancables". Il faut développer une forme de rating, au moins d’entreprises type par secteur. Symétriquement, il est essentiel d’apprendre aux réseaux bancaires du sud comment évaluer des entreprises innovantes et non traditionnelles (hors BTP, tourisme etc.), qui les effraient souvent.

En associant les nouveaux réseaux (business angels, incubateurs, mentors etc.), ce suivi plus proche et plus expert des petites entreprises MED à fort potentiel permettra de diminuer les risques et d’augmenter le deal flow. Nous avons déjà un peu commencé...

Bénédict de Saint-Laurent
Directeur de Anima Investment Network
À Barcelone (Espagne), lors du Sommet des leaders économiques de la Méditerranée, le 3 juin 2010


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