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L’UPM a relancé « Horizon 2020 », initiative globale pour lutter contre la pollution de la Méditerranée

Tous pays EUROMED-AFRIQUE | 20 février 2010 | src.Europa Jaratouna
Beyrouth - L’environnement du pourtour méditerranéen est reconnu comme l’un des plus riches mais aussi l’un des plus vulnérables au monde. Lancée en 2006, l’initiative Horizon 2020 vise à promouvoir une véritable stratégie globale pour la dépollution de la Méditerranée, en catalysant la coordination entre les différents acteurs du pourtour méditerranéen. - Photo © Europa Jaratouna

« La biodiversité très spécifique de la zone compte 10 % des espèces connues de végétaux pour un territoire qui ne représente que 1,6 % de la surface terrestre. De plus, elle compte 7 % des espèces marines sur moins de 0,8 % de la superficie totale des océans », peut-on lire dans le rapport « La Méditerranée à l’horizon 2020 » publié en 2006 par Eurostat, l’office statistique de l’Union européenne.

« Sur les 25000 espèces connues de plantes méditerranéennes, la moitié sont particulièrement bien adaptées notamment aux périodes sèches et ne se trouvent nulle part ailleurs dans le monde (espèces endémiques) », peut-on également lire dans le rapport Eurostat publié deux ans plus tard et intitulé « La région méditerranéenne : un haut lieu de biodiversité ».

" Les pollutions par les hydrocarbures sont très importantes "

Or, selon ces deux rapports, cette richesse est gravement menacée. « La région méditerranéenne est l’un des 25 “points chauds” de la planète, possédant des zones biogéographiques parmi les plus rares au monde et une biodiversité de première importance. Les « points chauds » pour la biodiversité se caractérisent à la fois par des niveaux exceptionnels d’endémisme végétal et des niveaux critiques de pertes d’habitats (d’au moins 70 %) », lit-on dans le rapport 2008.

À l’origine de cette menace, le trafic maritime et les activités humaines. La Méditerranée accueille plus de 30 % du trafic du fret maritime international.

« Accidentelles ou non, les pollutions par les hydrocarbures sont très importantes. La flotte méditerranéenne est peu contrôlée alors qu’elle transporte des matières dangereuses (20 à 25 % du transport maritime d’hydrocarbures) », selon le rapport 2006. En ce qui concerne les activités humaines, sont en cause le développement urbain, l’industrialisation mais aussi le tourisme. Ce dernier est considéré comme l’une des plus importantes sources de pression sur les écosystèmes et donc sur la biodiversité au niveau du bassin méditerranéen.

La pollution de la Méditerranée est non seulement une menace de très grande ampleur, mais également un problème qui ne connaît pas de frontières et concerne tous les pays du pourtour.

« Horizon 2020 », une initiative-parapluie

Pour s’attaquer sérieusement à la pollution de la Méditerranée, il fallait donc voir grand. Ce qui fut fait en 2005. Au mois de novembre de cette année-là, alors que l’on célébrait, dans le cadre du sommet de Barcelone, le dixième anniversaire du partenariat euro-méditerranéen, les partenaires se sont engagés à « adopter un calendrier réaliste pour la dépollution de la mer Méditerranée d’ici à 2020, assorti des moyens financiers et techniques nécessaires à sa mise en œuvre ».

Cet engagement a été baptisé « Horizon 2020 ». Le but de cette initiative étant de réduire le degré de pollution de la région en identifiant et en s’attaquant à ses sources les plus significatives d’ici à 2020.

Pour ce faire, « Horizon 2020 » a été conçu comme une initiative-parapluie visant à accroître et à catalyser la coordination entre les différents acteurs du pourtour méditerranéen. Sous le parapluie d’Horizon 2020 (H2020) se retrouvent toute une série d’organismes et de programmes bilatéraux et régionaux, qui ont une expertise à apporter à la lutte contre la pollution de la Méditerranée. En particulier, le Plan d’action pour la Méditerranée (PAM) du programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) et tous les travaux développés depuis son lancement en 1975, comme la Stratégie méditerranéenne pour le développement durable (SMDD).

« H2020 ne vise pas à financer des projets. À partir des structures existant déjà, nous aidons à développer une approche régionale, à mettre en contact tous les acteurs qui peuvent être impliqués dans un projet », note Andrew Murphy expert de la direction générale de l’environnement à la Commission européenne.
« Il existe effectivement déjà une multitude de projets ciblés. Mais ce sont souvent des projets limités géographiquement et dans le temps. Avec Horizon 2020, nous élaborons une véritable stratégie pour la dépollution de la Méditerranée, nous établissons une véritable politique pour une action globale », ajoute-t-il.

H2020 se caractérise, en outre, par la mise en place d’une feuille de route qui définit des actions, donne un calendrier pour la réalisation de ces actions et précise qui est responsable de l’aboutissement de ces actions. « Dans le cadre d’Horizon 2020, la question de la responsabilité (des bailleurs de fonds et des parties prenantes) est essentielle », insiste Andrew Murphy. Cette feuille de route a été formée et approuvée en novembre 2006 par les ministres de l’Environnement euro-méditerranéens réunis au Caire.

Premier bilan

En 2009, alors que prenait fin la première phase d’Horizon 2020, un premier bilan de l’initiative a été dressé. L’une des plus grandes réussites est le programme d’investissement « zones sensibles » pour la Méditerranée (MeHSIP), estime M. Murphy. Dans le cadre d’Horizon 2020, était prévue une collaboration entre la Banque européenne d’investissement (BEI) ou la Banque mondiale et des pays donateurs en vue de sélectionner les projets susceptibles d’avoir la plus grande incidence sur les niveaux de pollution en Méditerranée.

Le travail d’identification des investissements prioritaires a été mené par la BEI en coopération avec le plan d’action pour la Méditerranée (PAM). Les activités du MeHSIP visent principalement à fournir un soutien à Horizon 2020 et aux pays partenaires dans le domaine de la mise en œuvre des projets d’investissement prioritaires en matière de dépollution. Les premiers résultats du MeHSIP ont été présentés en 2008. Des résultats qui ont incité un groupe de donateurs à accroître leurs contacts et leur coordination sur les projets mentionnés par le MeHSIP.

Horizon 2020 s’attache également à promouvoir des opérations de renforcement des capacités. Un certain nombre d’activités, conférences ou études ont été organisées en ce sens. Plus d’activités sont également prévues pour les prochaines années sur la base d’une approche structurée d’évaluation des besoins pour le renforcement des capacités au niveau régional, subrégional et national. De manière générale, les structures d’Horizon 2020 sont, trois ans après son lancement, totalement opérationnelles. Par ailleurs, la totalité des 27 actions inscrites sur la feuille de route en novembre 2006 ont été lancées. Dix d’entre elles ont été menées à leur terme. Des progrès rapides ont notamment été enregistrés au niveau de la réduction de la pollution grâce au travail réalisé par le PAM.

Reste que la route est encore longue. Et les défis à relever importants, notamment en ce qui concerne la coordination entre tous les acteurs du programme. Les défis sont également d’ordre politique.

La dépollution de la Méditerranée faisait en effet partie des six priorités soutenues par les chefs d’État méditerranéens réunis à Paris en juillet 2008 pour le lancement de l’Union pour la Méditerranée (UPM).

« Le lancement de l’UPM a donné un nouvel élan à Horizon 2020 », explique Andrew Murphy. L’UPM a notamment permis l’expansion géographique du processus euro-méditerranéen aux États du Sud-Est de l’Europe et à la Turquie. Depuis son lancement, l’UPM se heurte toutefois régulièrement à des obstacles d’ordre politique. Horizon 2020 en est-il ralenti ? « Le ralentissement de l’UPM n’entrave pas directement Horizon 2020. Mais nous perdons le bénéfice d’un impact positif. Et ceci est fort dommage », conclut M. Murphy.

Émilie Sueur - Beyrouth, L’Orient-Le Jour
pour Europa Jaratouna


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