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L’UE, l’UPM et les risques de perdre la Turquie

Tous pays EUROMED-AFRIQUE | 28 septembre 2010 | src.IPEMED News
Paris -

La Turquie affiche une croissance florissante, mais les négociations pour son adhésion à l’Union européenne piétinent et le chef de la diplomatie turque, Ahmet Davutoglu, a fait connaître son mécontentement. Décryptage, par Akram Belkaïd, journaliste et conseiller éditorial de l’IPEMED.

Photo ci-dessus : Ahmet Davutoglu, ministre turc des Affaires étrangères. © DR


Les chiffres ont de quoi faire rêver nombre de dirigeants européens… Au deuxième trimestre 2010, le produit intérieur brut (PIB) turc a enregistré une croissance de 10,3 % en rythme annuel contre 11,7 % pour les trois premiers mois. Au final, le taux de croissance pour cette année devrait être de 6 % voire de 7 %.

Pour nombre d’experts, ces performances placent la Turquie parmi les économies les plus dynamiques de la planète. Elles confirment aussi le choix des analystes de la banque HSBC qui, depuis avril dernier, incluent la Turquie – et l’Égypte – parmi les CIVETS, c’est-à-dire les pays émergents les plus prometteurs pour la décennie à venir (1).

Cette bonne santé économique constitue évidemment un argument de poids pour tous les partisans de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. En effet,
quoi de mieux pour une Europe à la croissance atone qu’un nouveau membre aussi fringant et capable d’afficher des taux de croissance proches de ceux des
fameux BRIC (2) ?

Mieux, l’essor turc à l’Est et au Sud de ses frontières démontre que l’Europe aurait tout à gagner de cette adhésion. Cela lui permettrait de conforter son influence économique mais aussi politique dans une zone qui s’étend des rives de l’Atlantique à celles de l’Euphrate. Pour s’en convaincre, il suffit de se rendre au Nord de la Syrie et de voir à quel point la suppression récente des visas par la Turquie a dopé l’activité commerciale et industrielle de cette sous-région
méditerranéenne.

Tergiversations

Pourtant, l’UE continue de tergiverser. Ouvertes le 3 octobre 2005, les négociations entre Ankara et la Commission européenne traînent en longueur à tel point que de nombreux dossiers n’ont même pas encore été ouverts.

Le 11 septembre dernier, la Turquie a fait connaître son mécontentement auprès de Bruxelles en dénonçant, par la voix du chef de sa diplomatie Ahmet Davutoglu, le rythme trop lent de ces négociations.

Dans le même temps, Ankara voit d’un mauvais œil certaines initiatives européennes qu’elle assimile à des manœuvres dilatoires pour faire capoter sa candidature. C’est le cas du « dialogue stratégique » que propose l’UE à la Turquie ainsi que du « partenariat privilégié » que défendent la France et l’Allemagne en lieu et place de l’adhésion.

Quant à l’Union pour la Méditerranée (UPM), elle n’est certes pas, du moins officiellement, une alternative à l’adhésion de la Turquie à l’Europe. Néanmoins, elle court le risque d’être une victime collatérale de l’immobilisme européen. Rejetée par l’Europe, la Turquie n’aura que faire de l’UPM et se tournera alors vers ses zones traditionnelles d’influence que sont le Proche- Orient et l’Asie mineure.

Une perspective dont la Méditerranée pourrait faire les frais car l’UPM a besoin
de la Turquie. En juin 2010, Les États-Unis ont reproché à l’Europe d’avoir éloigné la Turquie de l’Occident. On peut aussi se demander si les pays de la rive sud de la Méditerranée ne vont pas accuser un jour l’Europe d’avoir torpillé la construction
euro-méditerranéenne en boudant la Turquie.

Akram Belkaïd
Journaliste et conseiller éditorial IPEMED

(1) L’acronyme CIVETS désigne la Colombie, l’Indonésie, le Vietnam, l’Égypte,
la Turquie et l’Afrique du Sud.

(2) L’acronyme BRIC désigne le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine.

Cet article est extrait de la Lettre mensuelle IPEMED News n° 13, datée septembre 2010.

TELECHARGER IPEMED NEWS N° 13

Au sommaire de ce numéro, vous trouverez notamment :

• Trois bonnes nouvelles. L’éditorial de Jean-Louis Guigou, Délégué Général IPEMED.

• Des risques de perdre la Turquie, par Akram Belkaïd. Alors que Ankara affiche une croissance florissante, les négociations pour son adhésion à l’Union européenne piétinent…

• Gros Plan sur l’Égypte - IPEMED fait un point sur ce pays, considéré par le FMI, comme l’un des pays émergents les plus dynamiques du bassin méditerranéen.

• Un focus sur l’UPM : des pistes pour la Banque de la Méditerranée. Par Erik Kaplan

• Les projets d’IPEMED pour construire l’Union pour la Méditerranée.

• Les Echos d’IPEMED et notamment l’élection de Radhi Meddeb, en qualité de Président du Conseil d’administration et l’arrivée de Gontran Lejeune, au poste de Directeur général.


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