L’IDC à Paris / Ulisses Correia e Silva, PM du Cap-Vert : « Il y a aujourd’hui un réel risque de marginalisation de l’Afrique »
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Propos recueillis par Bruno FANUCCHI pour AfricaPresse.Paris (APP)
@africa_presse
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APP – Président de l’IDC Afrique depuis sa création, quel message êtes-vous venu délivrer à Paris au Sénat, ce samedi 17 janvier 2026 ?
PM Ulisses Correia e Silva – Depuis notre dernière réunion internationale, qui s’est tenue en mai dernier ici même, au Sénat français, le contexte géopolitique mondial comme la situation internationale ont tellement empiré que les débats et panels furent passionnants, grâce notamment à la personnalité des intervenants réunis dans cette belle salle Médicis du Palais du Luxembourg.
En qualité de Président de l’IDC Afrique, j’ai rappelé dans mon allocution de bienvenue – pour bien cadrer nos débats, échanges et réflexions – que notre Continent avait connu pas moins de neuf coups d’État militaires ces dernières années et que cette situation n’était pas sans entraîner de lourdes conséquences, à la fois institutionnelles et économiques.
En raison de cette instabilité politique, il y a aujourd’hui un réel risque de marginalisation de l’Afrique sur la scène internationale et il nous sera par exemple très difficile d’atteindre les objectifs des ODD en 2030 ! C’est donc un énorme défi auquel nous sommes confrontés, car nos valeurs démocratiques ne sont pas négociables.
APP – Voulez-vous nous dire quelques mots, précisément sur les valeurs de l’IDC ?
PM Ulisses Correia e Silva – L’IDC, c’est une famille politique avec des valeurs à défendre qui nous sont chères comme la démocratie, la liberté, le respect des droits de l’homme. Et c’est une famille politique qui a un grand poids et une grande audience sur la scène internationale. J’ai l’honneur d’être le Vice-Président de l’IDC internationale et le Président de l’IDC Afrique depuis sa création.
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« La démocratie a échoué, l’autocratie
avance dans beaucoup de pays »
APP – Diriez-vous comme le chef de l’opposition burkinabé, Eddie Komboigo, l’a souligné dans son intervention, que « la démocratie a échoué en Afrique » alors qu’elle est pourtant indispensable au développement économique ?
PM Ulisses Correia e Silva – C’est parfaitement exact. Je dirai même qu’elle le conditionne... La démocratie a échoué non seulement en Afrique, mais aussi dans beaucoup de pays du monde. L’autocratie avance, est en marche avec ses conséquences souvent désastreuses. Je crois que l’Afrique pourrait être demain la championne de la démocratie si on voulait vraiment le faire. C’est une question de pouvoir. Or la démocratie est sans aucun doute indispensable au développement économique.
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APP – En plus des putschs militaires, n’y a t-il pas parfois aussi en Afrique des coups d’État que l’on pourrait qualifier de « constitutionnels », dans des pays où les présidents en poste modifient ou bidouillent la Constitution pour se représenter et se maintenir indéfiniment au pouvoir ?
PM Ulisses Correia e Silva – Ce risque là existe et il est d’autant plus important que le contexte géopolitique mondial et les guerres qui se poursuivent en Ukraine, à Gaza, au Moyen-Orient et les crises qui touchent désormais l’Iran et le Venezuela poussent les autocrates à s’accrocher au pouvoir et détournent de l’Afrique le regard de la communauté internationale, et bien sûr des bailleurs de fonds. Tout cela représente, je le répète, un réel risque pour l’Afrique.
Le multilatéralisme comme la gouvernance globale sont ainsi sérieusement fragilisés et ce n’est pas bon pour les pays africains. Et les coups d’État, quelles que soient leurs formes, ce n’est pas la règle normale d’accès au pouvoir. Ces coups d’État constitutionnels créent inévitablement des tensions et un terrain fertile pour l’emploi de la force et les putschs militaires.
Ce n’est bon ni pour la démocratie, ni pour le développement économique, ni pour la confiance des citoyens dans leurs institutions. La confiance est essentielle car tous les citoyens, en Afrique comme ailleurs, sont souvent plus intelligents qu’on ne le pense : ils voient très bien ce qui se passe.
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« Attention aux manipulations dues à l’IA ! »
APP – L’Intelligence artificielle qui s’impose dans nos sociétés et envahit tous les secteurs d’activité n’est elle pas sans risque, notamment en Afrique ?
Ulisses Correia e Silva – L’Intelligence artificielle, le digital, les réseaux sociaux ont pris une grande importance dans nos vies et nos sociétés et c’est souvent une bonne chose, mais leur utilisation dévoyée n’est pas sans danger, avec des risques notamment de manipulations.
Avec l’IA, qui a pourtant bien des aspects positifs, les gens sont aujourd’hui facilement manipulables et manipulés. Car l’IA est en effet bien souvent utilisée de façon détournée, pour manipuler parfois même des élections et leurs résultats et faire ainsi beaucoup de mal à nos sociétés.
Les bases de la démocratie – comme l’organisation d’élections libres et transparentes, la liberté d’expression et la liberté de la presse notamment – sont bien souvent contestées et bafouées dans de nombreux pays et pas que sur le Continent. C’est pourquoi je dis solennellement ici : attention aux manipulations dues à l’IA !
Si l’on élimine toute frontière entre la vérité et le mensonge, c’est toujours le mensonge qui va prévaloir, s’imposer et restera dans les esprits. De l’autre bout du monde, vous pouvez faire de très mauvais choix avec un simple clic !
Il convient donc de réguler le système de façon globale, mais sans limiter pour autant la liberté d’expression.
APP – Une dernière question s’impose sur le Cap-Vert puisque vous en êtes le Premier ministre depuis avril 2016 : c’est un îlot de stabilité en Afrique ?
PM Ulisses Correia e Silva – Je l’espère, car nous avons fait des choix très clairs. Notre principale ressource, c’est la confiance avec une stabilité institutionnelle et une bonne gouvernance économique et politique : respect de la démocratie et des droits de l’homme, primauté de la loi, tout ce qui donne confiance aux citoyens, aux investisseurs, aux bailleurs de fonds et au marché.
Le maître mot, c’est la confiance. C’est la base de tout processus de développement et de toute l’économie. Puis il nous faut faire une bonne gestion pour assurer la stabilité politique, sociale et économique et faire avancer notre pays qui a déjà une bonne croissance et ne manque pas d’atouts économiques, comme le tourisme. Nous avons réduit le taux de chômage et l’extrême pauvreté.
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