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Elisabeth Guigou –

L’Europe face aux révolutions arabes : une chance historique à saisir !

France | 28 juillet 2012 | src.IPEMED
Paris -

Pour la députée française et ancien Ministre Élisabeth Guigou, « les printemps arabes offrent à l’Europe une nouvelle carte à jouer au Sud et à l’Est de la Méditerranée. Seule l’Europe, pourvu qu’elle ait suffisamment d’audace, d’imagination et de volonté politiques, peut offrir un véritable partenariat de long terme aux pays du Sud. »

Photo ci-dessus : Élisabeth Guigou © DR

- Première édition de ce texte : 19 novembre 2011

- Rediffusion : 28 juillet 2012


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Tribune Libre

L’Europe face aux révolutions arabes :
une chance historique à saisir vite !


par Élisabeth Guigou
Députée, ancien ministre


Les révolutions démocratiques en Afrique du Nord et au Moyen Orient offrent à l’Europe une chance historique : refonder sur de nouvelles bases ses relations avec son Sud.

Certes les printemps arabes seront longs et traverseront probablement des orages, avant que la démocratie ne s’installe durablement. Mais le courage des peuples – notamment en Tunisie, en Égypte, en Syrie – témoigne d’une aspiration profonde au changement. Celui-ci se fera-t-il au bénéfice des partis islamistes au risque de voir ceux-ci dominer les nouveaux pouvoirs ? Le risque existe sans doute, plus fort en Egypte qu’en Tunisie. Mais, constatons que les révolutions n’ont pas été initiées par les islamistes et que les slogans religieux étaient quasi absents des manifestations.

L’Europe n’a plus le monopole des relations avec les pays d’Afrique. Les pays émergents (Russie, Chine, Inde, Brésil) mais également la Turquie, sont de plus en plus présents, attirés par les marchés de consommation, les matières premières, les métaux précieux, les terres arables (achetées massivement par la Chine). De plus en plus nombreux sont les étudiants africains qui vont en Asie, ou en Amérique Latine, dès lors que l’Europe leur rationne l’accès à ses universités. Des liaisons aériennes se mettent en place entre les capitales africaines et l’Asie, qui passent par Dubaï, Abou Dhabi et Qatar, délaissent les routes traditionnelles qui transitaient par Paris et Londres.


"Cette chance ne sera pas éternelle"

Les printemps arabes offrent à l’Europe une nouvelle carte à jouer au Sud et à l’Est de la Méditerranée. Seule l’Europe, pourvu qu’elle ait suffisamment d’audace, d’imagination et de volonté politiques, peut offrir un véritable partenariat de long terme aux pays du Sud. Les États-Unis sont loin et s’impliquent moins que par le passé, comme l’a montrée la guerre en Libye. Les puissances émergentes cherchent à renforcer et diversifier leur présence, surtout économique en Afrique. Elles disposent de moyens financiers considérables. Mais en Afrique, le partenaire qui est le plus recherché reste l’Europe, dont la proximité géographique, historique et culturelle reste forte. Cette chance ne sera pas éternelle. Il faut donc la saisir au plus vite.

Mais aux révolutions arabes doit correspondre une transformation, voire une refondation, de l’offre européenne.

L’Europe, comme les pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée, ont un intérêt commun à construire un développement partagé fondé sur leur proximité géographique, leurs complémentarités qui recèlent un potentiel de croissance et d’emplois considérable. Ils ont à affronter des menaces communes : le terrorisme, la criminalité organisée, les extrémismes, les populismes ; des défis à relever : le réchauffement climatique, la pollution de la Méditerranée, la sécurité alimentaire ; la maîtrise des migrations de population.


"Les complémentarités sont flagrantes"

Sur le plan économique et social les complémentarités sont flagrantes : ce qui manque au Nord, on le trouve au Sud et à l’Est de la Méditerranée, et réciproquement :

- L’Europe, dont la population vieillit, va perdre 20 millions d’habitants d’ici à 2030 et aura de ce fait de plus en plus de mal à financer son modèle social. Elle aura besoin du dynamisme démographique du Sud et de l’Est de la Méditerranée, où la population est jeune, et a besoin de débouchés professionnels et de mobilité.

- L’Union Européenne importe aujourd’hui 50 % de son énergie, 70 % dans vingt ans. Le tiers du gaz et le quart du pétrole consommés en Europe viennent d’Afrique du Nord. Au Sud, les ressources énergétiques et les matières premières sont abondantes. L’Europe a intérêt à ne pas laisser le pétrole, le gaz, les métaux précieux, les marchés du Sud méditerranéen, lui échapper au profit des Américains, des Chinois ou des Indiens, de plus en plus présents et qui attirent chez eux les meilleurs étudiants africains alors que l’Europe ne les accueille qu’avec réticence et parcimonie.

- L’Europe est en avance pour les technologies, les brevets, et offre un cadre sécurisé pour les investissements. Mais la crise et l’addition irréfléchie de plans d’austérité, sans soutien de l’activité, compromet gravement les perspectives de croissance. Au contraire, le Sud de la Méditerranée est moins atteint par la crise que son Nord, et retrouvera bien plus vite une croissance forte. Nombreux sont, en Afrique et au Moyen Orient, les pays où la croissance est deux fois plus élevée que dans l’Union Européenne.


Si les complémentarités sont exploitées, si les défis communs sont affrontés en coopération étroite et non en rivalités stériles, un processus gagnant-gagnant au Nord comme au Sud de la Méditerranée peut s’engager : plus de croissance partagée, plus d’emplois qualifiés, moins de migrations massives et plus de mobilité circulaire.

Un nouveau modèle organisé de développement et d’échange plus social et écologique, entre l’Europe et les pays du Sud de la Méditerranée peut se construire, qui permettrait au Nord comme au Sud d’optimiser la croissance et l’emploi, de maîtriser les flux migratoires, de construire un espace de développement partagé, de paix et de sécurité collective et, last but not least, de faire entendre, dans le monde global, la voix de la grande région « Europe-Méditerranée-Afrique ».


Élisabeth Guigou

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