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Au VIe Forum EuroMed Capital de Barcelone (17 et 18 janvier)

Karim Trad (AfricInvest, Tunis) : « Nous souhaitons mettre l’accent sur le partage des retours d’expérience »

17 janvier 2018
Karim TRAD, cofondateur du Groupe AfricInvest (Tunis) ©OnsAbid
Avec plus de 1 milliard d’euros d’actifs sous gestion, AfricInvest a réalisé à ce jour près de 150 investissements dans près de 30 pays en Afrique. Notamment cofondateur de l’association EuroMed Capital (www.euromed-capital.com), c’est à ce titre que AfricInvest participe au VIe EuroMed Capital Forum dédié à la numérisation des entreprises, à Barcelone, les 17 et 18 janvier.

Pionnier et leader du Private Equity en Afrique, AfricInvest (www.africinvest.com ) est un gestionnaire de fonds de capital investissement panafricain fondé en 1994 en Tunisie, qui cible la PME en croissance, opérant dans des secteurs structurants, et pour lesquels la demande anticipée des marchés ciblés est en croissance.

Soutenu par des investisseurs privés et institutionnels, ainsi que des agences de développement internationales de premier ordre, AfricInvest est un investisseur généraliste de long terme intervenant dans le segment du mid-market et qui accompagne, pour ses activités en Afrique, le développement des PME africaines dans la mise en œuvre de leurs projets de développement en vue de créer des « champions » de stature régionale voire continentale au terme de l’horizon d’investissement.

Avec plus de 1 milliard d’euros d’actifs sous gestion, AfricInvest a réalisé à ce jour près de 150 investissements dans près de 30 pays en Afrique et s’appuie sur une équipe d’une soixantaine de collaborateurs de 12 nationalités différentes présentant un spectre de compétences complémentaires, et opérant à partir de 8 bureaux établis à Abidjan, Alger, Casablanca, Lagos, Le Caire, Nairobi, Paris et Tunis.

AfricInvest est membre de l’AFIC et cofondateur de son Club Afrique, ainsi que de l’African Venture Capital Association (www.avcanet.com), de l’Emerging Markets Private Equity Association (www.empea.org).
Également cofondateur de l’association EuroMed Capital (www.euromed-capital.com), c’est à ce titre que AfricInvest participe au VIe EuroMed Capital Forum dédié à la numérisation des entreprises, à Barcelone, les 17 et 18 janvier.

Interview exclusive de Karim TRAD
Cofondateur du Groupe AfricInvest (Tunis)

Quel est l’objectif du Fonds d’investissement Franco-Africain (FFA)
– 77 M€ sur dix ans –, premier fonds transfrontalier entre le continent africain et la France, que vous gérez depuis sa création avec Bpifrance, il y a un an ?

Karim Trad - L’objectif du FFA est d’investir pour moitié au capital de PME françaises ayant un fort tropisme africain, cela au travers de prises de participation en co-investissement, principalement minoritaires. Pour l’autre moitié, le FFA investira, au travers du fonds Africinvest III, dans des PME africaines à fort potentiel de croissance en vue de créer des « champions » de stature régionale, voire continentale. Au-delà des performances financières, une attention particulière sera portée à l’impact positif des investissements en termes de gouvernance, de transparence, de création d’emplois stables et de respect des valeurs sociales et environnementales.

Qui a souscrit au FFA ?

Karim Trad - Le FFA a été impulsé notamment par Bpifrance et souscrit par des investisseurs français publics tels Bpifrance et Proparco (Groupe AFD), par deux groupes privés français de premier plan, Société Générale et Orange, par, et pour plus de 25 % par des investisseurs africains : la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale de Côte d’Ivoire, l’assureur marocain Saham, le groupe industriel et financier marocain Financecom, le Fonds de pension de la Banque Centrale du Kenya, des investisseurs privés kenyans et nigérians, et bien sûr AfricInvest.

Des exemples de sociétés dans lesquelles vous avez déjà investi en cette première année de fonctionnement du FFA ?

Karim Trad - Je citerai deux exemples. Le premier investissement, de 6 millions d’euros, a été réalisé dans la société française PIEX. Avec un CA de 90 M€, elle est un acteur clé du marché de la distribution de produits pharmaceutiques et parapharmaceutiques en Afrique subsaharienne francophone.

Le second exemple est celui d’AFITEX, autre société française implantée à Chartres, et qui dispose de deux filiales, l’une en Algérie et l’autre au Maroc. Spécialiste du géotextile, l’entreprise réalise environ 20 M€ de CA dans ses activités de traitement des sols, depuis le bâtiment et l’environnement jusqu’au génie minier. Nous y avons investi autour de 4 M€, en minoritaire.
Dans les deux cas, l’objectif est d’accélérer la croissance de ces entreprises et de leur faciliter l’accès à de nouveaux marchés.

Outre le financement, nous leur apportons l’expérience et l’expertise de nos équipes en France et en Afrique pour en accélérer la croissance, et leur faciliter l’accès à de nouveaux marchés en favorisant les partenariats commerciaux, industriels, technologiques et/ou financiers pertinents. Nous intervenons donc dans le cadre d’une démarche entrepreneuriale, comme un investisseur engagé, dans une perspective de création de valeur, sur un horizon classique de quatre à six ans.

Qu’attendez-vous de ce VIe Forum EuroMed Capital de Barcelone, dédié au thème de la révolution digitale ?

Karim Trad - Nous considérons que l’avenir sera digital ou ne sera pas. Nos économies connaissent des bouleversements profonds, provoqués par l’essor du numérique et notre objectif, au travers de ce forum, est de sensibiliser les participants sur les enjeux et défis du digital sur l’industrie du Private Equity ; le rôle assigner au capital-investissement dans cette transformation numérique des entreprises ; la manière avec laquelle réinventer son business model et élargir son écosystème ; l’open innovation comme vecteur d’une croissance disruptive ; les fintech et l’industrie 4.0 ainsi que le « capital investissement d’entreprise » [corporate venture] comme une nouvelle impulsion au financement des startups… la liste des sujets d’intérêt est longue !
Et l’idée du Forum, c’est d’en faire un tour d’horizon aussi complet que possible, grâce à des panels de haut niveau et à de nombreux ateliers.
En fait, chacun sait aujourd’hui que la révolution numérique est incontournable. L’enjeu est de savoir quand, comment et avec quelle intensité on bascule. Et c’est pour cette raison que nous avons préféré mettre surtout l’accent sur le partage des retours d’expérience plutôt que d’aborder le sujet sur le volet théorique.

Certes, il n’y a plus de débat sur la nécessaire mutation numérique des entreprises. Reste que l’on est très surpris par cette récente étude de Bpifrance Le Lab, présentée en détail lors de votre VIe Forum, et par laquelle on découvre que 87 % des 1 800 dirigeants français de PME et ETI interrogés ne considèrent pas la numérisation comme une priorité… Qu’en pensez-vous ?

Karim Trad - C’est assez surprenant en effet. Ne pas considérer aujourd’hui l’importance de la transformation digitale, c’est ne pas anticiper les effets des changements technologiques, des usages et des business model et par ricochet mettre en péril son entreprise. Aujourd’hui, nous sommes en train de vivre une vraie révolution digitale qui va transformer des pans entiers de notre économie et changer beaucoup de business model. Des secteurs d’activité entiers vont devoir s’adapter ou mourir.

Chez AfricInvest, nous sommes conscients de ces enjeux auxquels nous nous efforçons de sensibiliser notre portefeuille d’entreprises, et surtout de les préparer et les accompagner dans cette transformation. Cela fait partie intégrante de notre mission.

C’est dans la gouvernance, facteur clé de réussite de ces projets de transformation, que nous intervenons. Cela va de la désignation d’un administrateur indépendant affuté dans le digital, à la création d’un poste de responsable numérique [chief digital officer] au recours à des cabinets de consultants spécialisés pour accompagner la mutation jusqu’à la mise en place de process de monitoring des projets à leurs différents stade de vie … Nous considérons que c’est un élément essentiel et déterminant dans notre démarche de création de valeur que nous cherchons à optimiser, tant pour l’entreprise que pour ses actionnaires.

Une dernière question, à propos de l’actualité, AfricInvest étant basé à Tunis… Sept ans après la révolution du 14 janvier 2011, la Tunisie connaît depuis plusieurs jours d’importantes manifestations de protestation contre la situation économique dégradée, le chômage, la vie plus chère à la suite de l’augmentation de la TVA et de la suppression des subventions d’État à certains produits de base, décisions issues de la loi de finances 2018 et entrées en vigueur au 1er janvier. Quelle est votre analyse de la situation ?

Karim Trad - Effectivement, la situation est un peu compliquée en ce moment avec un pays qui vit au-dessus de ses moyens… En fait, il faudrait que l’on en finisse avec une transition qui dure depuis 2011. Le manque de stabilité, la succession des gouvernements et l’important retard pris dans l’engagement des réformes ont empêché que la transition économique s’accomplisse en phase avec la transition démocratique.

Aujourd’hui, l’enjeu est essentiellement économique et la relance économique nécessite un retour de l’investissement à même de générer de la croissance et de créer des emplois mais elle demeurera insuffisante si le gouvernement ne s’astreint pas à réduire son train de vie et à dégraisser dans la fonction publique. Les mains ne doivent plus trembler : il faut de l’autorité pour remettre tout le pays au travail, et réaliser les réformes structurelles indispensables. C’est ce qui fait défaut aujourd’hui à la Tunisie. Les fondamentaux du pays ont été trop altérés et nous n’avons plus le choix.

Propos recueillis par Alfred Mignot

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