Journée internationale des Droits des femmes / Kenneth BOURRIENNE, SG : « Le Haut Conseil à l’Égalité constitue un modèle pour l’Afrique »
La secrétaire générale du HCE, Kenneth BOURIENNE, revient sur le rôle de cette instance, son parcours et les enjeux actuels liés aux droits des femmes.
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Entretien par Denis DESCHAMPS,
pour AFRICAPRESSE.Paris (APP)
@DjuliusD @africa_presse
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APP - Voulez-vous avant toute chose nous rappeler votre parcours ?
Kenneth BOURIENNE – Je suis née à Brazzaville, en République du Congo, mais je suis arrivée en France très jeune. J’y ai effectué l’ensemble de ma scolarité, avant de poursuivre mes études supérieures à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, puis à HEC.
J’ai ensuite commencé ma vie professionnelle comme salariée, puis cheffe d’entreprise à Orléans, où j’ai dirigé plusieurs agences immobilières avant de créer un centre de beauté multiethnique, inspiré de concepts développés aux États-Unis.
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« Mon parcours est celui
d’une femme
entre deux continents »
En 2016, j’ai répondu à l’appel lancé par Emmanuel Macron et j’ai rejoint le comité En Marche de Pessac, en Gironde. J’y ai rapidement pris des responsabilités. C’est dans ce cadre que j’ai rencontré Bérangère Couillard, qui était alors candidate aux élections législatives de 2017.
J’ai accompagné sa campagne en tant que directrice. À l’issue de son élection comme députée, elle m’a proposé de devenir son attachée parlementaire.
Lorsque Bérangère Couillard est entrée au Gouvernement, j’ai poursuivi ce travail à ses côtés. J’ai exercé successivement les fonctions de cheffe de cabinet, puis directrice adjointe de cabinet, avant de devenir directrice de cabinet lorsqu’elle a été nommée ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes.
Après les élections législatives de 2024, Bérangère Couillard a été nommée présidente du Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes, et j’ai alors pris les fonctions de secrétaire générale du HCE, que j’exerce aujourd’hui.
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« Le HCE éclaire
et interpelle
les pouvoirs publics »
APP - Voulez-vous nous expliquer ce que fait le HCE ?
Kenneth BOURIENNE – Le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes est une instance consultative indépendante placée auprès du Premier ministre. Il a pour mission d’assurer la concertation avec la société civile et d’animer le débat public sur les grandes orientations de la politique des droits des femmes et de l’égalité.
Concrètement, le HCE contribue à l’évaluation des politiques publiques en matière d’égalité, recueille et diffuse des analyses et des données, et formule des avis et recommandations destinés aux pouvoirs publics.
Il publie également chaque année un rapport sur l’état du sexisme en France, qui constitue aujourd’hui une référence dans le débat public.
Le HCE rassemble 146 membres bénévoles issus de la société civile, du monde académique, des organisations syndicales et patronales ou encore du monde associatif.
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« Les sujets que nous traitons au HCE
sont profondément universels »
Ses travaux sont structurés autour de deux grandes formations :
• La formation Droits des femmes, qui couvre notamment les commissions violences faites aux femmes, la santé des femmes, la diplomatie féministe ou encore la lutte contre les stéréotypes et la parité ;
• La formation Égalité professionnelle, qui réunit à parts égales des représentants du patronat, des organisations syndicales et des personnalités qualifiées.
L’objectif est de formuler des propositions concrètes aux pouvoirs publics, susceptibles d’inspirer les politiques publiques ou le travail législatif.
APP - Peut-on considérer le HCE comme une source d’inspiration pour d’autres pays, particulièrement en Afrique ?
Kenneth BOURIENNE – Les sujets que nous traitons au HCE sont profondément universels : la lutte contre les violences faites aux femmes, l’égalité économique, l’accès aux responsabilités ou encore la santé.
C’est pourquoi plusieurs pays s’intéressent à notre expérience et à nos travaux. Des échanges existent notamment avec le Canada, l’Espagne, le Brésil, mais aussi avec plusieurs pays africains comme la République démocratique du Congo (RDC), la Côte d’Ivoire ou la République du Congo, sur des questions comme la féminisation de l’administration ou la parité dans les institutions politiques.
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« La santé des femmes
est un enjeu majeur,
notamment en Afrique »
Mais au-delà des institutions, il existe un enjeu qui me semble particulièrement important : la santé des femmes.
Selon l’Organisation mondiale de la santé, la progression des cancers féminin sur le continent africain est aujourd’hui préoccupante. Les chiffres montrent surtout une inégalité frappante : en Afrique, une femme atteinte d’un cancer a un risque de décès extrêmement élevé, faute de dépistage précoce et d’accès aux traitements.
Dans de nombreux cas, les femmes se trouvent contraintes de quitter leur pays pour se faire soigner ailleurs. On parle alors d’exil médical. Cette situation pose une question fondamentale de dignité et de justice sanitaire.
Face à cette réalité, j’ai également souhaité m’engager, à titre personnel et dans un cadre associatif, en créant l’initiative « Pour Elles », qui vise notamment à sensibiliser aux enjeux de prévention et de dépistage.
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« Le lieu de naissance
ne doit pas être
une assignation »
APP - Votre mot de la fin ?
Kenneth BOURIENNE – Le lieu de naissance ne doit pas être une assignation. Partout dans le monde, les femmes doivent pouvoir accéder à des soins de qualité, vivre à l’abri des violences et participer pleinement à la vie économique et politique.
C’est aussi le sens du travail mené au Haut Conseil à l’Égalité, qui vise à faire progresser concrètement les droits des femmes et l’égalité entre les femmes et les hommes.
Ce combat est collectif, et il doit continuer à avancer avec détermination.
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* À New York, les Nations Unies réuniront, du 9 au 19 mars, leur grand forum annuel consacré à l’égalité de genre et aux droits des femmes. Au Tchad, la ministre de la Femme et de la Petite Enfance, Kitoko Gata, a ainsi choisi de consacrer la période du 1er au 8 mars à la célébration de la femme tchadienne.
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PRENEZ DATE :
La XXIe Conférence des Ambassadeurs de Paris
(CAP 21)
se tiendra le MERCREDI 25 MARS
à HEIP, Campus Paris-Eiffel, de 18 h à 20 h.
Le thème :
« Le rôle des États, des assureurs et des médiateurs
pour dérisquer les investisseurs en Afrique »
(Plus de détails dans quelques jours)
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