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Jean-Paul MUSHENVULA, PR de l’ONG ALIMA : « Il faut nécessairement considérer la santé comme un levier du développement local de l’Afrique »

29 novembre 2025
Jean-Paul MUSHENVULA, PR de l'ONG ALIMA : « Il faut nécessairement considérer la santé comme un levier du développement local de l'Afrique »
De gauche à droite sur la photo : Jean-Paul MUSHENVULA, Président de l’ONG ALINA ; Serge MORELLI et Sandra SANCIER-SULTAN, co-présidents du Comité de campagne Europe. Photo © DD/APP – CLIQUER SUR L’IMAGE POUR L’AGRANDIR.
L’ONG ALIMA, dédiée à l’action médicale en Afrique (13 pays, avec également Haïti), où se trouve son siège opérationnel (Dakar) est dirigée par Jean-Paul MUSHENVULA, son Président, qui vient d’organiser à Paris le lancement de sa campagne de dons individuels, en présence de nombreuses personnalités. Entretien exclusif.

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Par Denis Deschamps, pour AFRICAPRESSE.Paris (APP)
@DjuliusD @africa_presse

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Créée en 2009, ALIMA - The Alliance for International Medical Action – apporte des soins de santé aux personnes les plus vulnérables, en lien avec les acteurs locaux et internationaux : les équipes opérationnelles d’ALIMA sont ainsi essentiellement (95 %) issues des pays où elle intervient, le plus souvent en partenariat étroit avec des ONG locales.

APP – Pouvez-vous nous rappeler votre parcours ?

Jean-Paul MUSHENVULA – Je suis médecin de formation, spécialisé en santé publique. À ma sortie de l’université de Kinshasa, j’ai travaillé cinq ans pour le ministère de la santé de RDC (République démocratique du Congo), puis pour MSF (Médecins sans frontières, pour des missions à l’est de la RDC et en Ouganda) pendant quatre ans. Je suis depuis 2014 à ALIMA, où j’ai exercé des fonctions de terrain (Mali, Nigeria et RCA – République centrafricaine), puis des fonctions de représentation et de coordination pays, avant de devenir responsable de programme à notre siège à Dakar (Sénégal).

Depuis octobre 2024, je suis le président du conseil d’administration d’ALIMA qui agit, ensemble avec les ministères des pays africains de notre champ et les ONG locales, pour à la fois soigner et innover : ALIMA est en effet une ONG humanitaire, qui répond, d’une part, aux crises sanitaires (organisation de l’urgence) et qui œuvre, d’autre part, pour développer la recherche dans le domaine de la médecine humanitaire.

APP – Pouvez-vous nous faire part, en tant que professionnel de santé, de votre opinion sur la situation du continent africain ?

Jean-Paul MUSHENVULA – En tant que professionnel de santé en Afrique depuis 20 ans, je peux faire trois constats :
Le continent africain est confronté à des défis sanitaires persistants et structurels, qu’il s’agisse des maladies infectieuses comme le paludisme ou le VIH, ou de l’émergence plus grande de maladies chroniques (Diabète, problèmes Cardio-vasculaires), alors même que les systèmes de santé locaux, souvent mal répartis, subissent eux aussi les conséquences du changement climatique –avec les déplacements de populations que cela entraîne.
Par rapport à cela, les professionnels de santé en Afrique font preuve de résilience et d’innovation, qu’il s’agisse de nouvelles pratiques fondées sur de nouvelles approches communautaires, ou de nouveaux schémas thérapeutiques, comme le développement d’échographies mobiles pour les grossesses.

Pour autant, il paraît encore nécessaire de changer de paradigme par rapport à une aide internationale qui reste centralisée, alors qu’il faudrait mettre en place des systèmes de gouvernance partagée qui associent les communautés locales à la prise de décision. En lien avec ces acteurs de terrain, les partenaires internationaux doivent en effet pouvoir investir sur le renforcement des systèmes de santé locaux, favoriser l’accès aux médicaments et développer une innovation en santé portée par des chercheurs et professionnels africains

APP – En tant que Président d’ALIMA, quel est votre plaidoyer sur l’aide au développement et quelles sont vos grandes priorités ?

Jean-Paul MUSHENVULA – Depuis sa création en 2009, ALIMA milite pour le renforcement des systèmes de santé locaux, à partir de la formation des professionnels de santé et le développement de mécanismes de financement durables.

La fin de l’US Aid – qui a été en quelque sorte le révélateur d’une tendance engagée par les fonds et donateurs institutionnels depuis plusieurs années- nous a aussi poussé à une résilience renforcée, fondée sur notre personnel local qui intervient en toute capacité pour répondre notamment à l’inégalité d’accès aux soins de populations et communautés lors des crises humanitaires / sanitaires qui se font aujourd’hui de plus en plus aigües.

Grâce à ces acteurs locaux, ALIMA a ainsi mis en place des stratégies innovantes par rapport à la prise en charge de la malnutrition infantile aigüe en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, avec en particulier l’utilisation optimisée et simple de sachets qui permettent de soigner plus d’enfants.

Les chambres d’urgence bio-sécurisées pour les épidémies d’ALINA, appelées CUBE, sont à la fois transparentes et transportables. Photo © DD/APP – CLIQUER SUR L’IMAGE POUR L’AGRANDIR.

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APP – Quelles sont vos attentes par rapport à la campagne de dons que vous avez lancée ?

Jean-Paul MUSHENVULA – Tout d’abord, je tiens à évoquer le plaidoyer que nous menons avec Médecins sans frontières et Action sans frontières par rapport à la mise en place d’une solution innovante de financement devant permettre d’acheter des aliments thérapeutiques pour les enfants malnutris. Cette solution fondée sur l’instauration d’une taxe sur la vente de sodas (1 centime en France, 5 FCFA en Afrique) devrait en effet générer 80 millions de recettes (en France) pour 2 millions d’enfants traités.

Ensuite, je rappelle que pour compenser la baisse des dons institutionnels, nous lançons un campagne de dons individuels, dont l’effet doit être catalytique pour ALIMA : développement de la capacité de notre ONG à donner une réponse plus rapide et agile aux besoins, et captation de fonds institutionnels venant en complément des dons individuels (sans oublier la fidélisation de la base des donateurs, l’accroissement de la notoriété d’ALIMA auprès du grand public…)

Rappelons que « chaque vie compte » et que les dons comptent pour beaucoup pour renforcer les systèmes de santé en Afrique, dont l’efficacité peut être encore améliorée, en lien avec les communautés locales d’acteurs et la solidarité internationale. Avec plus de dons, ALIMA pourra aussi développer la recherche et l’innovation, et également l’inclusion par un meilleur accès des populations locales aux soins et à l’expertise médicale.

APP – Le développement de l’Afrique passe par la santé ?

Jean-Paul MUSHENVULA – Le développement de l’Afrique doit se faire avec les africains, compte tenu des besoins du continent et de ses potentialités qui sont énormes. Aussi, il faut nécessairement considérer la santé comme un levier du développement local, avec une amélioration de la condition sanitaire de la population qui permettra qu’elle contribue de manière plus active à l’économie.

L’Africain doit être, selon moi, au centre d’un transfert de pouvoir qui doit être opéré au bénéfice des acteurs locaux. C’est d’ailleurs de cette manière qu’ALIMA voit les choses avec ses partenaires comme l’OMS (pour les épidémies d’Ebola, de méningite en Guinée et au Nigeria) et l’UNICEF (pour la nutrition des enfants).

Je rappelle que par rapport à Ebola, qui est une maladie hémorragique ayant une taux de mortalité très élevé, nous avons mis en place des chambres d’urgence bio-sécurisées pour les épidémies (CUBE, à la fois transparentes et transportables) avec le soutien de la Fondation Melinda et Bill Gates. Aussi, nous avons pu développer des médicaments et traitements (grâce à des anticorps monoclonaux) qui augmentent les taux de guérison dans des cas d’épidémies (Ebola, Fièvre de Lhassa) en Guinée et en RDC.

En tout état de cause, nous devons encore impérativement renforcer l’information et la sensibilisation des populations, y compris sur les sujets environnementaux (par exemple, sur la gestion de déchets plastiques), et développer une approche collective permettant d’être plus efficace, grâce notamment à l’implication des communautés locales dans la recherche et la réinvention de la médecine humanitaire.

(1) - Anne-Marie IDRAC, ancienne ministre, est pour sa part présidente de la Fondation ALIMA.

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