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Jean-Louis Guigou (Ipemed-La Verticale) : « Le traité asiatique de libre-échange est un exemple inspirant pour une “Alliance” économique forte Europe-Afrique »

6 décembre 2020
Jean-Louis Guigou (Ipemed-La Verticale) : « Le traité asiatique de libre-échange est un exemple inspirant pour une “Alliance” économique forte Europe-Afrique »
Jean-Louis GUIGOU, Fondateur de l’IPEMED, avec la maquette symbolisant La Verticale AME (Africa-Med-Europa). © AM/APP
Depuis plusieurs années, l’Ipemed* a initié la fondation La Verticale**, qui promeut une « Alliance » économique forte entre l’Europe et l’Afrique, notamment par la redistribution des chaînes de valeur entre les deux continents, une régionalisation de la mondialisation en « quartiers d’orange » de proximité. Une vision confortée par la signature récente du traité asiatique RCEP.

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Une contribution de Jean-Louis GUIGOU
Fondateur de l’IPEMED,
Institut de Prospective économique du monde méditerranéen
(Paris)

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En marge du 37e congrès de l’ASEAN, la Chine a entraîné les pays du Sud-Est asiatique (ASEAN), mais aussi le Japon, la Corée du Sud, la Nouvelle Zélande, et l’Australie, à signer un accord de Partenariat Économique Régional Global (RCEP, le 15 novembre 2020). Cet accord régional rassemble des États qui représentent 30 % du PIB mondial et 30 % de la population mondiale.

Cet accord dépasse le cadre du strict libre-échange. Il comprend vingt chapitres traitant du commerce physique et digital, mais aussi de la formation, de l’investissement, des normes, de la propriété intellectuelle. C’est un accord global qui va considérablement renforcer l’intégration régionale – qui atteignait déjà, en 2011, 53 % dans la destination des exportations, 45 % dans la destination des investissements directs à l’étranger – mais aussi la redistribution régionale de l’appareil de production et l’attractivité régionale.

Ce que font les Chinois prépare le monde post-Covid en valorisant la proximité, la recherche de la souveraineté, la complémentarité, et la solidarité entre pays voisins – 68 % des résidents étrangers dans les différents pays sont originaires de la région – ayant des niveaux de développement différents.

Proximité et complémentarité, les atouts
de la régionalisation de l’économie

De plus en plus, les inconvénients de l’éloignement de la production dépassent les avantages des bas coûts salariaux. Les atouts de la proximité apparaissent : adaptation fine et rapide de la production à la demande, réduction des coûts écologiques, densité des relations interhumaines dans l’économie de la connaissance, réduction des risques monétaires.
Les atouts de la complémentarité également : des pays, suffisamment proches, de niveau de développement différents peuvent définir ensemble des stratégies gagnantes. C’est pourquoi le dogme des chaînes de valeur globales est ébranlé par des logiques plus locales ou régionales, mieux à même de développer les biens communs (innovation, sécurité, biens environnementaux…), de créer de la valeur d’une manière plus inclusive et plus durable.

La régionalisation de l’économie a le vent en poupe. Telle est l’opinion de Kevin Sneader, General Managing Partneer chez Mckinsey exprimée au forum de Paris pour la paix. Parlant de relocalisation, il précise

« plutôt qu’une logique de rapatriement (au niveau national), on devrait voir s’amplifier une tendance à la régionalisation, déjà à l’œuvre en Asie, en Europe et qui s’accentuera aussi en Amérique ».

Les études du CEPII** montrent, à l’évidence, la construction progressive – avec le compactage des chaînes de valeur – de trois grands « quartiers d’orange » : des régions hémisphériques associant, des pays du nord, (Chine, Amérique, Europe) matures et vieillissantes, à des pays du Sud (Sud asiatique, Amérique du Sud, Afrique) jeunes et en croissance.

Dans ce contexte, la grande région Afrique-Méditerranée-Europe a pris du retard. La confiance n’est pas encore là, tant que le passé colonial ne sera pas neutralisé dans les consciences. Comme le suggère le Président de la République, deux siècles de traites des « Noirs » et un siècle de colonisation, cela marque profondément les mémoires.

Construire les outils
de la « Nouvelle Alliance » Europe-Afrique

Ce moment de l’inventaire colonial va bientôt arriver, il faut l’espérer. Mais, il faudra aussi accélérer la régionalisation des économies des pays européens, des pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée, et de l’Afrique. Il faut s’y préparer au plus vite. Comme le disent les jeunes algériens du mouvement Hirak : « On ne rattrape pas le temps perdu, mais il faut arrêter de perdre du temps ».

Cette reconstruction en profondeur des relations Europe-Afrique, Jean-Claude Junker avec sa proposition de « Nouvelle alliance » en a eu l’idée. Mais aussi le Président de la République :

« Nous devons arrimer ensemble, enfin, les deux continents, européen et africain, à travers la Méditerranée (…) La stratégie que je veux mettre en œuvre consiste à créer un axe intégré entre l’Afrique, la Méditerranée et l’Europe. »

Le passage à l’acte exige que les Européens proposent et élaborent avec les Africains un nouveau narratif, une histoire crédible. Ce nouveau narratif devrait se construire ensemble autour de la volonté de reconquête de la souveraineté économique et politique de l’Europe et de l’Afrique et le refus de la colonisation par des puissances étatiques ou économiques extérieures.

Cela passe par la création de quatre outils que les pays asiatiques et les deux Amériques ont mis en place, avec succès pour encore davantage se rapprocher et régionaliser leurs intérêts : un instrument intellectuel, sous forme d’une fondation, pour recréer de la confiance, des consensus et objectiver les débats en mobilisant les milieux scientifiques ; un outil financier pour assurer la mobilité des capitaux et la sécurité des investissements ; un traité économique de coproduction avec redéploiement de l’appareil de production ; un outil léger de concertation politique.

Le moment est venu de penser autrement, d’échanger autrement et d’agir autrement « avec » les pays africains.
La Chine nous donne l’exemple d’une régionalisation réussie au sein de son « quartier d’orange ». À nous de l’imiter et faire mieux au sein de notre grande Région Afrique-Méditerranée-Europe.

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NB - Reproduite avec l’aimable autorisation de l’auteur, cette tribune a été publiée une première fois sur le site lesechos.fr, le 27 novembre 2020.

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* IPEMED : Institut de prospective économique du monde méditerranéen.

** LA VERTICALE AME (Africa-Med-Europa)

PDF - 1.5 Mo

– Élisabeth Guigou à JEUNE AFRIQUE : « On peut, par l’économie, surmonter les blocages diplomatiques entre Afrique et Europe » - 3 décembre 2020

- La Verticale AME relance le projet d’intégration régionale Europe-Méditerranée-Afrique (Entretien d’Élisabeth Guigou avec La TRIBUNE AFRIQUE) - 3 décembre 2020

*** CEPII : Centre d’études prospectives et d’informations internationales.

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