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Jean-Louis Guigou -

Jean-Louis Guigou, DG de l’Ipemed : « 10 Mds € par an pour la Méditerranée... »

18 juillet 2008 | src.IPEMed -
Paris, le mardi 1er juillet 2008 - © Alfred Mignot, pour L’Economiste (Maroc) et Voxlatina.com (Paris) -Délégué général de l’Institut de prospective économique du monde méditerranéen (IPEMed, Paris), Jean-Louis GUIGOU est un acteur très impliqué dans la gestation de l’UPM. Il nous livre ici une analyse experte sur le court terme et une vision d’avenir, à l’échéance 2013.

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Jean-Louis Guigou dans son bureau, devant un tableau rassemblant les cartes géopolitiques de la Méditerranée, de l’Antiquité à nos jours.

Alfred Mignot - Que faut-il attendre du Sommet fondateur du 13 juillet ?

Jean-Louis Guigou - Ce Sommet n’est qu’un début, il faudra continuer le combat, car l’UPM mettra trente ou quarante ans à se faire, comme l’Union européenne.

De ce Sommet, j’en attends pour ma part des déclarations solennelles d’engagement. Mais déjà, le fait de réunir 40 à 44 chefs d’Etat ou de gouvernement pour le projet méditerranéen est un événement considérable, unique. Rappelez-vous : en 1995 à Barcelone, il n’y avait que les ministres des Affaires étrangères…

J’en attends aussi l’établissement d’un minimum d’instruments institutionnels comme la co-présidence nord-sud et le secrétariat paritaire. D’ailleurs, au risque de froisser certains de nos amis, je plaide pour que dans un premier temps le Secrétariat soit provisoirement installé à Bruxelles et pas dans un pays arabe. S’il est à Bruxelles, il sera proche des mécanismes du processus de Barcelone, du MEDA, de la politique de voisinage (PEV) et pourra ainsi influencer positivement la Commission. S’il était à Tunis, comme il en est question, il risquerait d’être marginalisé. Dans un premier temps, pour deux ans jusqu’au prochain sommet de juillet 2010, à Madrid, je plaide donc pour un Secrétariat à Bruxelles, cela me semble important pour dynamiser le projet.

Enfin, j’attends l’annonce de quelques projets emblématiques sur l’eau, l’energie, l’Agence pour les PME, la sécurité alimentaire, etc.

Alfred Mignot - Et après le Sommet ? Vous dites qu’il faut déjà penser aux échéances de 2010 et de 2013 ?

Jean-Louis Guigou - En juillet 2010, la prise de présidence de l’UE sera assurée par l’Espagne. Ce sera un moment important, nous aurons eu alors deux ans pour préparer des projets à lui proposer.

Parallèlement, la réforme de la PAC et des fonds structurels sera engagée, et 2013 sera le début d’une nouvelle grande période budgétaire pour l’UE. Pour peser sur les choix qui seront mis en œuvre à ce moment-là, il n’est pas trop tôt de commencer dès après le 13 juillet.

Alfred Mignot - Justement, avez-vous une idée de ce que pourrait être un grand « plan Marshall » pour la Méditerranée ?

Jean-Louis Guigou - L’IPEMed a développé deux types d’analyses qui aboutissent à la même conclusion : pour les PSEM – Pays du sud et de l’est méditerranéen – il faudrait 10 Mds € par an et pendant sept ans. Nous sommes arrivés à ce résultat en mettant en regard la capacité d’absorption du sud, et la capacité de financement européen.

Concernant la capacité d’absorption, l’expérience menée dans les PECO entre 1992 et 2002-2004, et mon expérience de Délégué à la DATAR, montrent qu’il n’est pas opportun de franchir le seuil de 4 % du PIB en aide publique. Au-delà, l’argent est gaspillé, mal utilisé, perdu.

D’autre part, avec le Pr Perre Beckouche, directeur scientifique à IPEMed, nous avons fait la somme des douze PIB des PSEM, imputé 4 %, enlevé Israël du nombre des PSEM concernés, et obtenu ainsi le chiffre de 10 Mds euros de financement annuel souhaitable pour les 11 autres pays. C’est un premier point.

Deuxième calcul, la capacité de financement de l’Europe. Son budget sur 7 ans est de 1 000 milliards d’euros, ce qui correspond à un prélèvement de 1,1 % sur les PIB des 27 européens. Ce budget est actuellement dépensé à 80 % pour la politique agricole commune et pour la politique régionale. Tout le monde sait qu’elles seront révisées à la baisse. A taux de prélèvement constant, donc sans dépenses supplémentaires, il pourrait être dégagé une disponibilité de 140 Mds € sur 7 ans. A partir du 1er janvier 2013, ces 140 Mds pourraient être répartis ainsi : 70 Mds pour la Méditerranée – soit 10 Mds pendant 7 ans, on retrouve ici notre chiffre équivalent aux 4 % du PIB en capacité d’absorption et 70 Mds pour la Recheche – conformément au Protocole de Lisbonne.

Ainsi, sans dépense supplémentaire, l’Europe pourrait créer un troisième volet de sa politique commune, celui de la Méditerranée. On passerait ainsi d’une logique d’aide exogène à une politique de convergence endogène, car conçue et déployée en commun avec les PSEM de l’UPM

La réussite d’une telle ambition impose toutefois le respect d’une condition : que les pays du sud s’approprient le projet d’UPM. Il ne faut donc pas qu’ils restent dans une posture de défiance post-coloniale, car l’Europe serait alors moins encline à se serrer la ceinture..

Entretien réalisé par
Alfred MIGNOT
Editeur de jMed.fr
et VoxLatina.com

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Entrepreneurs et personnalités :
le double Appel du 7 juillet

Initiés par l’IPEMed, deux événements importants sont programmés à Paris le 7 juillet, pour porter témoignage de l’engagement de grandes entreprises et de personnalités de haut niveau en faveur de l’UPM.
Le matin, quinze patrons français du CAC 40, sous la présidence de Charles Milhaud (Caisses d’Epargne) et de Gérard Mestrallet (Suez), et quinze grands patrons venus d’autres pays (Espagne, Italie, Maroc, Algérie, Tunisie, Grèce, Egypte…) lanceront un Appel solennel en faveur de l’UPM, à l’adresse des chefs d’Etat, et en présence d’une quinzaine d’Ambassadeurs.
L’après-midi sera lancé l’Appel des Comités de parrainage politique de l’IPEMed. Cet Appel sera suivi d’une conférence de presse animée par Hubert Védrine, Romano Prodi, Elisabeth Guigou et Erik Orsenna. Pour le Sud seront notamment présents Abderrahmane Hadj Nacer et Issad Rerab pour l’Algérie, Tariq Sijlmassi pour le Maroc, Ismaël Marbrouk pour la Tunisie, etc.,

A.M.
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