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Jawad KERDOUDI (IMRI) : « Quel impact sur le Maroc du ralentissement mondial de l’économie ? »

4 février 2019
Jawad KERDOUDI, Président de l’IMRI (Institut Marocain des Relations Internationales). ©DR/AP.P
L’économie mondiale s’est relevée progressivement de la grave crise économique 2008-2009 pour atteindre une croissance de 3,7 % en 2018. Tous les experts, dont le FMI, prévoient désormais un ralentissement, avec une croissance limitée à 3,5 % en 2019 et 3,6 % en 2020. Même si les conséquences immédiates, y compris pour le Maroc, paraissent minimes, le sort de l’année 2019 paraît suspendu, in fine, à l’issue de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine. Décryptage.

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Une contribution de Jawad KERDOUDI
Président de l’IMRI

(Institut Marocain des Relations Internationales)

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Les causes de ce ralentissement sont multiples. On peut citer en premier lieu la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine. Le Président américain Donald Trump, qui avait basé sa campagne électorale sur deux slogans – « America First » et « Let’s make America great again » – s’est engagé pendant toute l’année 2018 dans une véritable guerre commerciale contre la Chine. Il veut à tout prix réduire le déficit commercial des États-Unis vis-à-vis de l’Empire du milieu, soit 375 milliards de dollars en 2017.

L’échéance fatidique du 1er mars 2019

Outre le déficit commercial, Donald Trump reproche à la Chine le transfert forcé des technologies, le non-respect de la propriété intellectuelle, la subvention gouvernementale aux entreprises chinoises exportatrices, enfin la manipulation de la monnaie chinoise, le Yen. Il n’a cessé pendant toute l’année 2018 d’imposer des taxes douanières additionnelles aux importations chinoises, entraînant des représailles de la part de la Chine. Il s’est attaqué également aux entreprises chinoises, leur interdisant l’acquisition de sociétés américaines ou l’achat de produits américains de haute technologie.

La dernière mesure douanière de Donald Trump, en août 2018, a consisté à menacer d’augmenter les droits de douane de 10 % à 25 % sur un volume de 200 milliards de dollars d’importations de produits chinois, si un accord commercial n’est pas conclu avant le 1er mars 2019. D’ici là, une pause dans la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine a été conclue en décembre 2018, pour une période de trois mois. Les négociations entre Américains et Chinois sont actuellement en cours.

Raidissement de la FED et de la BCE,
Brexit, « Shutdown »… mais pétrole à 60 dollars

Les autres causes de ralentissement de la croissance mondiale en 2019 sont le resserrement des facilités financières. En effet, la Réserve fédérale américaine a augmenté son taux directeur de 2,25 % à 2,50 % à partir de décembre 2018. De même, la Banque centrale européenne a arrêté l’achat d’actifs nets, également à partir de décembre 2018, mais a indiqué qu’il n’y aurait pas de hausse de son taux directeur d’ici à l’été 2019.

Une autre incertitude concernant la croissance en 2019 provient du Brexit, dont les modalités ne sont pas fixées à ce jour, et qui risque de se produire sans accord entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. Enfin, le « Shutdown » qui a duré deux mois aux États-Unis (décembre 2018 et janvier 2019) risque également d’avoir des conséquences négatives sur l’économie américaine et au-delà sur l’économie mondiale.

Il faut cependant noter un élément positif : le maintien, selon plusieurs experts, du prix du baril de pétrole à moins de 60 dollars durant toute l’année 2019.

Les prévisions plus détaillées de croissance du FMI pendant l’année 2019 s’établissent comme suit :

Et le Maroc ?

La loi de finances 2019 pour le Maroc prévoit un taux de croissance de 3,2 %, une inflation à moins de 2 % et un déficit budgétaire de 3,3 %.

La réalisation de ces objectifs dépendra principalement des éléments internes, notamment la consommation intérieure qui sera plus ou moins impactée par la campagne agricole.
Quant à la demande extérieure, on peut craindre une légère baisse en provenance de la Zone euro et des États-Unis, une hausse en provenance de l’Afrique Subsaharienne et de l’Inde (phosphates et dérivés) et une stagnation en provenance du Moyen-Orient et de la région Mena.

En conclusion, la croissance de l’économie mondiale en 2019 dépendra essentiellement de la fin de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine. Si les deux partenaires parviennent à un accord, l’économie mondiale peut retrouver sa croissance de 2018, soit 3,7 % ou même au-delà.
En cas de désaccord profond entre les États-Unis et la Chine, la croissance mondiale pourrait baisser au dessus de 3,5 %. Ce n’est qu’au mois de Mars 2019 à la fin des négociations entre les États-Unis et la Chine que les prévisions de croissance de l’économie mondiale pourraient être mieux précisées.

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