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Issouf Ag MAHA / Mali : Quand l’addiction au pouvoir de la junte détruit le rêve républicain du peuple

6 juillet 2026
Issouf Ag MAHA / Mali : Quand l'addiction au pouvoir de la junte détruit le rêve républicain du peuple
Issouf Ag MAHA, Écrivain nigérien exilé en France. Photo © DR – CLIQUER SUR L’IMAGE POUR L’AGRANDIR.
Tandis qu’à l’aube du 4 juillet 2026, les combats ont repris autour d’Anefif, ville du nord-est du Mali, il apparaît un peu plus chaque jour que le pays est menacé d’implosion, dirigé qu’il est par une junte davantage préoccupée par sa propre survie politique que par la recherche d’une solution durable au conflit. Décryptage.

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Une contribution de Issouf Ag MAHA
Ancien maire de Tchirozérine (Niger)
et ancien Directeur de cabinet
Écrivain, Chevalier de l’ordre du Mérite
Exilé en France

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En août 2020, les militaires prenaient le pouvoir au Mali sous prétexte de mettre fin à l’insécurité et à la montée en puissance des groupes armés non étatiques. Cet épisode marque un tournant majeur dans les relations entre ce pays et ses partenaires stratégiques occidentaux qui se sont progressivement estompées.
La Russie, avec son approche fondée sur le principe de non-ingérence et qui conditionne rarement sa coopération au respect de critères démocratiques ou constitutionnels, s’est alors imposée comme partenaire privilégié.

Pour concrétiser cette nouvelle coopération, la Russie a mis à la disposition du Mali les mercenaires du groupe Wagner, remplacés plus tard par les éléments d’Africa Corps, qui se sont particulièrement illustrés dans leur capacité à mener des actions des plus macabres au sein des populations civiles du Nord. Depuis, les populations du Nord Mali vivent dans leur chair un calvaire qui s’apparente fortement à l’effacement systématique.

La reprise, ce 4 Juillet 2026, des affrontements dans le nord vient marquer une nouvelle étape d’un conflit qui, depuis plus de trois décennies, n’a jamais véritablement trouvé d’issue politique. Les combats qui se déroulent ces jours autour d’Anefif illustrent l’effondrement progressif des mécanismes de règlement pacifique et l’enlisement d’un État qui semble avoir définitivement rompu avec la logique des accords de paix.

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Une histoire jalonnée
d’accords jamais appliqués

Depuis les rébellions touarègues des années 1990, chaque cycle de confrontation armée s’est conclu par la signature d’accords censés répondre aux revendications politiques, sécuritaires et économiques des populations de l’Azawad*. Pourtant, des accords de Tamanrasset au Pacte national, en passant par les accords d’Alger de 2006 puis surtout l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger de 2015, un même constat s’impose : les engagements pris n’ont jamais été pleinement mis en œuvre.

Retards, interprétations divergentes, absence de volonté politique et crises successives ont progressivement vidé ces textes de leur substance. Pour une partie importante des acteurs azawadiens, cette accumulation de promesses non tenues a définitivement détruit la confiance envers les autorités de Bamako.

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La rupture provoquée
par l’abandon des accords d’Alger

La décision des autorités maliennes de mettre fin, le 25 Janvier 2024, au cadre des accords d’Alger a constitué un tournant majeur. Elle a consacré l’échec du dernier processus politique reconnu par l’ensemble des parties et de la communauté internationale.

En rompant unilatéralement ce cadre de négociation, Bamako a renforcé la conviction, au sein des mouvements armés de l’Azawad, qu’une solution politique n’était plus envisageable dans les conditions actuelles.

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Tinzawatène, Kidal et le changement
de dynamique militaire

Le revers subi par les Forces armées maliennes à Tinzawatène a profondément modifié le rapport de force sur le terrain. Quelques mois plus tard, la reprise de Kidal par le Front de libération de l’Azawad (FLA) est venue confirmer cette nouvelle dynamique militaire.

Au-delà de leur portée symbolique, ces événements ont démontré que les équilibres militaires demeurent extrêmement fragiles malgré les discours officiels présentant la situation comme maîtrisée et sous contrôle.

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Le geste politique du Front
de libération de l’Azawad

À la suite de ses succès militaires, le FLA a choisi d’autoriser le retrait des militaires maliens ainsi que de leurs alliés russes présents dans la zone. Ce choix a été présenté par le mouvement comme un geste politique destiné à éviter un bain de sang supplémentaire et à démontrer sa capacité à respecter certaines règles de conduite en période de conflit.

Le mouvement entend ainsi se distinguer des méthodes qu’il reproche aux forces gouvernementales.

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Les accusations d’exactions contre
les FAMa et leurs alliés russes

Depuis la reprise des hostilités, de nombreuses accusations d’exactions visant les Forces armées maliennes et leurs supplétifs russes se sont multipliées. Arrestations arbitraires, disparitions forcées, exécutions sommaires et violences contre des populations civiles sont régulièrement dénoncées par diverses sources.

Pour les responsables du FLA, ces pratiques traduisent une stratégie de terreur exercée contre les populations locales. Ils dénoncent également ce qu’ils considèrent comme l’indifférence, voire la complicité, des autorités maliennes face à ces abus.

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Anefif : une nouvelle
phase du conflit

À l’aube du 4 juillet 2026, les combats ont repris autour d’Anefif. Selon les informations disponibles, les affrontements se concentrent autour du camp militaire où les Forces armées maliennes et leurs alliés demeurent retranchés. Le convoi parti en renfort depuis Gao, a été pris en embuscade et a dû rebrousser chemin après d’importantes pertes matérielles et humaines.

Pendant ce temps, à Bamako, la communication officielle reste inchangée. Les autorités continuent d’affirmer que la situation est sous contrôle, malgré l’intensité des combats rapportés sur le terrain.

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Vers le point
de non-retour ?

Au regard des développements récents, le conflit semble entrer dans une phase décisive. Pour le Front de libération de l’Azawad, la succession d’accords non appliqués, puis l’abandon du processus d’Alger, auraient définitivement fermé la voie des négociations. Dans cette logique, le mouvement estime n’avoir d’autre choix que de poursuivre son offensive jusqu’à obtenir un rapport de force susceptible d’imposer une nouvelle réalité politique.

De son côté, l’État malien paraît enfermé dans une stratégie essentiellement militaire. En privilégiant une communication affirmant un contrôle de la situation et en refusant toute remise en question de sa politique dans le Nord, Bamako risque de s’enfoncer davantage dans une impasse dont les premières victimes demeurent les populations civiles.

Au-delà du seul
cas malien…

Au-delà du seul cas malien, cette crise met en évidence la fragilité de nombreux États sahéliens, qui peinent encore à faire prévaloir un véritable esprit républicain dans la gestion de leur diversité. La mosaïque des peuples qui les composent demeure trop souvent marquée par des logiques d’appartenance ethnique, communautaire ou régionale, au détriment de la construction d’une nation unie autour des principes de solidarité, de droit, d’égalité, de justice, de démocratie et d’intérêt commun.

Lorsque ces principes cessent d’être perçus comme une valeur partagée, c’est la légitimité même de l’État qui se trouve progressivement remise en cause. La patrie devient plus un slogan qu’une réalité.

Le Mali illustre aujourd’hui cette crise avec une acuité particulière. Pays menacé d’implosion un peu plus chaque jour, il apparaît dirigé par une junte davantage préoccupée par sa propre survie politique que par la recherche d’une solution durable au conflit. Dans cette perspective, la restriction des libertés publiques, le musellement de la presse et la répression de toute voix discordante alimentent un climat de fermeture politique. Pendant que le pouvoir concentre son autorité à Bamako, il assiste impuissant à la dégradation continue de la situation sécuritaire et à la perte progressive de son contrôle sur plusieurs localités du nord.

Pendant ce temps, la communauté internationale, les organisations internationales et une grande partie de la presse observent un silence des plus assourdissants. Attendent-elles un dénouement militaire avant d’intervenir, ne serait-ce que sur le plan politique ? Ou bien le Mali, dans sa configuration actuelle, ne suscite-t-il tout simplement plus l’intérêt qu’il mobilisait autrefois ? L’avenir nous le dira.

Une chose est cependant certaine : aujourd’hui, plus que jamais, le Mali semble approcher d’un point de non-retour. Le rétablissement d’un dialogue crédible et les perspectives d’une paix durable apparaissent de plus en plus lointaines, tandis que les combats continuent de faire planer le risque d’une escalade dont nul ne peut aujourd’hui mesurer les conséquences.

Paris, le 6 juillet 2026

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* À PROPOS DE L’AZAWAD (NDLR)

L’Azawad est le nom donné à une vaste région du nord du Mali, majoritairement désertique et saharienne, peuplée notamment de Touaregs, d’Arabes et de Peuls. C’est un territoire revendiqué depuis des décennies par des mouvements indépendantistes touaregs, qui y voient une entité politique et culturelle distincte du reste du Mali.

Historique : l’Azawad est une région autonome autoproclamée dans le nord du Mali, proclamée lors de la guerre civile malienne de 2012, mais les racines du mouvement indépendantiste remontent bien plus loin, les Touaregs combattant pour un État indépendant depuis le début du XXe siècle. L’indépendance avait été déclarée en avril 2012 par le MNLA, avant que la situation ne dégénère avec l’intervention de groupes islamistes, puis l’intervention militaire française.

Situation actuelle (juillet 2026) : la question de l’Azawad est redevenue extrêmement brûlante. Depuis le 25 avril 2026, le Front de libération de l’Azawad (FLA) et le groupe jihadiste JNIM ont mené une série d’attaques coordonnées contre plusieurs villes maliennes, dont Bourem, Bamako, Kati, Sévaré et Mopti, le FLA revendiquant le contrôle de Kidal et d’une partie de la région de Gao. C’est l’offensive la plus importante depuis la rébellion de 2012. Le ministre malien de la Défense a été tué dans ces attaques.

Point important : le FLA et le JNIM ont des objectifs très différents – le premier cherche l’indépendance ou l’autonomie de l’Azawad, le second veut imposer une application stricte de la loi islamique – et leur alliance reste une alliance de circonstance plutôt qu’une fusion de projet politique.
En ce début juillet 2026, la situation reste instable et évolutive, avec des combats qui ont repris le 4 juillet, notamment autour de Anefif.

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