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Au Forum économique africain de Tunis (24-25 avril)

Issad Rebrab, président du groupe algérien Cevital : « Il faut désenclaver l’Afrique et dessaler l’eau de mer ! »

28 avril 2018
Issad Rebrab, président du groupe algérien Cevital, durant son intervention à la table ronde dédiée à l’agro-industrie du premier Forum économique africain de Tunis, le 25 avril 2018. © B. Fanucchi
À la tête de Cevital, premier groupe privé algérien, Issad Rebrab fait partie de ces entrepreneurs – trop rares – qui ont une véritable vision des priorités nécessaires au développement de l’Afrique. S’exprimant lors d’une table ronde dédiée à l’agro-industrie – l’un des moments forts du premier Forum économique de Tunis qui vient de rassembler quelque 800 décideurs économiques du Continent –, Issad Rebrab a esquissé quelques pistes à suivre, comme le nécessaire désenclavement de l’Afrique par le rail et le dessalement de l’eau de mer.

De notre envoyé spécial à Tunis, Bruno Fanucchi

« La majorité des pays africains sont aujourd’hui malheureusement déficitaires au niveau de leur sécurité alimentaire et, pour régler le problème, il faut surtout un fort investissement dans les infrastructures. Il est nécessaire de désenclaver l’Afrique si l’on veut développer la production, qu’elle soit agricole, industrielle ou minière.
Il faut un plan Marshall pour l’Afrique. Sinon, avec la croissance démographique que connaît aujourd’hui le Continent, la situation va empirer dans les prochaines années. L’Afrique est aujourd’hui déficitaire de près de 35 milliards de dollars par an en denrées alimentaires. En 2030, selon les projections, ses importations de nourriture s’élèveront à 100 milliards de dollars par an ! »
Ce sera donc intenable. Le constat est sévère, mais juste. Comment y remédier ?

« Les Etats-Unis se sont développés
grâce aux lignes de chemin de fer »

Bien sûr, une multitude d’intiatives sont nécessaires au développement de l’Afrique, mais le grand patron algérien a choisi de centrer son intervention sur deux sujets qui lui tiennent particulièrement à cœur : les chemins de fer, plus nécessaires que jamais au développement du continent, et les nouvelles technologies de dessalement de l’eau de mer.

« C’est au travers des chemins de fer que les États-Unis se sont développés dans les années 1840-1860. Et d’ajouter : Comment voulez-vous que les pays africains, qui sont enclavés, sortent leur production agricole, industrielle ou minière sans infrastructures et sans chemin de fer ? »
Un exemple concret : en Algérie, le coût de production d’une tonne de ciment est de 50 dollars, et elle est vendue à moins de 100 dollars. Au Niger et au Mali, le coût d’une même tonne de ciment avoisine les 200 dollars : le surcoût, c’est la logistique. Un autre exemple parlant : le Mali produit quelque 500 000 tonnes de mangues par an et n’en vend que 50 000 tonnes parce qu’il ne réussit pas à écouler en temps utile le reste de sa production, cela à cause de l’insuffisance des infrastructures, de la logistique et des transports nécessaires à la bonne circulation des marchandises.

« Un grand problème de l’Afrique, c’est que beaucoup de pays sont enclavés et n’ont pratiquement aucun échange entre eux », souligne ainsi Issad Rebrab, rappelant sa grande idée de construire un véritable réseau ferroviaire avec plusieurs lignes allant du nord au sud et d’est en ouest.

« Quand nous exportons aujourd’hui d’Algérie nos produits à Abidjan, en Côte d’Ivoire, on met un mois et demi à faire le trajet. En revanche, s’il y avait une ligne de chemin de fer reliant Béchar [150 km au sud-ouest d’Alger, ndlr] Bamako et Abidjan, cela nous permettrait de le faire en 36 heures ».
On imagine aisément les économies ainsi réalisées ! Autant de ressources qui seront elles-mêmes génératrices d’importants revenus supplémentaires, grâce à l’intensification des échanges, par exemple pour l’exportation de matières périssables comme les mangues…

« Une nouvelle technologie
pour produire de l’eau ultra pure »

Faisant le point sur ce que l’on appelle le stress hydrique , « que connaîtra malheureusement 40 % de la population mondiale d’ici à 2030 », Issad Rebrab rappelle à tous que « 97 % de l’eau de la planète, c’est de l’eau salée. Le reste, c’est 0,1 % d’eau douce en surface, 0,4 % en sous-sol et 2,5 % dans les glaciers ». D’où l’importance de trouver de nouvelles technologies pour faire face à ce problème crucial de la pénurie d’eau douce, qui frappe particulièrement l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient.

Cevital, là encore, se veut à la pointe de l’innovation et a développé en Allemagne un centre de recherches pour améliorer le dessalement de l’eau de mer et « produire de l’eau ultra pure » nécessaire notamment à l’industrie pharmaceutique, dont c’est une matière première indispensable, mais également pour l’industrie des semi-conducteurs et bien sûr l’agro-industrie. « Même un grand groupe comme Siemens a adopté aujourd’hui notre technologie pour produire une eau d’une exceptionnelle qualité ! se félicite Issad Rebrab, soulignant aussi que cette même technologie permettra de filtrer l’eau de mer en grandes quantités, pour usage alimentaire. "À un coût d’exploitation de l’usine de dessalement bien inférieur à ceux d’aujourd’hui". conclut-il.

Investissement constant, recherche
et expertise : les bonnes pratiques de Cevital

« Désenclaver l’Afrique et dessaler l’eau de mer », tels furent donc les deux messages essentiels du grand patron algérien. Mais Issad Rebrab – qui en 2014 a racheté et sauvé la marque Brandt en France – a aussi voulu partager son expérience d’entrepreneur de haut niveau et évoquer les bonnes pratiques de fonctionnement de Cevital, entreprise qu’il a créée ex nihilo en 1971.

Devenue un groupe familial, Cevital compte aujourd’hui 18 000 collaborateurs, 26 filiales et réalise un chiffre d’affaires annuel de 4 milliards de dollars. C’est le premier groupe privé algérien, avec des activités très diversifiées : agro-industrie, électroménager, sidérurgie, logistique, grande distribution…
Une règle de conduite jamais transgressée a contribué à l’irrésitible ascension du groupe : les bénéfices sont toujours réinvestis dans l’entreprise ! Et la croissance de celle-ci donne parfois le vertige : 30 % par an entre 1999 et 2014 !

Aujourd’hui, l’objectif clairement affiché par Issad Rebrab : « être présent dans les cinq continents ». Une stratégie qu’il a engagée depuis 2014 en rachetant la marque française Brandt, et poursuivie depuis sans discontinuer.
« Actuellement, nous nous intéressons à l’Ethiopie, qui est le château d’eau de l’Afrique de l’Est, et au Soudan, qui disposent ensemble de 23 milliards de mètres cubes d’eau par an, enchaîne-t-il. Nous avons quatre centres de recherches en développement, car la politique du groupe Cevital, c’est d’investir dans des pays qui ont un grand marché, et dans des secteurs où nous avons une expertise, comme dans l’agro-industrie ».

Assurément, Cevital est un exemple à suivre pour toute entreprise ayant la volonté de devenir un champion économique à l’échelle de l’Afrique, voire au-delà.

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