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Identités et cultures en Méditerranée :
une affaire de cœur et de raison…

Tous pays EUROMED-AFRIQUE | 24 janvier 2010
Paris - Le colloque dédié à la thématique des « Cultures et Identités en Méditerranée », organisé mardi 19 janvier au Palais du Luxembourg (siège du Sénat français, Paris) par « l’Association pour une Fondation France-Égypte », fut l’occasion de mettre en lumière la nécessaire alliance du cœur et de la raison pour promouvoir une reconnaissance apaisée de l’identité à la fois plurielle et partagée entre les deux rives de la Méditerranée.

Photo ci-dessus - Parmi les personnalités, de gauche à droite sur la photo : SE Mezri Haddad, Ambassadeur de Tunisie à l’Unesco ; Alfi Malek, Sécrétaire général de l’Association pour une Fondation France-Egypte ; André Touati, Conseiller du Grand Maître du GODF ; Mme Toy Bruck, Trésorière de l’Association pour une Fondation France-Egypte ; SAR la Princesse Fadila Farouk ; Stelio Farandjis, ancien Secrétaire général du Haut Conseil de la Francophonie © leJMED.fr


Le ton de cette réunion fut donné d’emblée par Mme le Sénateur Françoise Kammermann, qui donna lecture d’un message de bienvenue de Mme le Sénateur Catherine Morin-Desailly, Présidente du groupe d’amitié France-Egypte du Sénat : « Nous sommes tous des enfants du Mare Nostrum ». Et l’Union pour la Méditerranée porte l’espérance d’une nouvelle manière d’agir, plus fraternelle, seule capable de surmonter les blessures profondes, dit-elle en substance.

Ce thème de la fraternité entre peuples méditerranéens fut au cœur de l’essentiel des interventions des différentes personnalités.
Ainsi le Dr Albert Tanios, Président de « l’Association pour une Fondation France-Egypte », organisatrice du colloque, affirma-t-il que « la fraternité, l’égalité et la liberté sont les piliers d’un projet d’avenir pour les pays de la Méditerranée. (…) La relation entre les pays de la Méditerranée fait partie de l’histoire, du présent et certainement de l’avenir. (…) Nous devons tous travailler pour la défense d’un modèle exemplaire d’identité et d’amitié destinées aux générations à venir. »


« Nourrir le nécessaire dialogue des cultures »

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A la tribune de gauche à droite : le Pr Maurice Ruben Hayon, écrivain ; Mme le Sénateur Christiane Kammermann ; le Dr Albert Tanion, Président de l’Association pour une Fonadation France-Egypte, organisatrice du colloque ; le Sous-Préfet Alain Boyer, chargé de mission "Débat sur l’identité nationale auprès du ministre Eric Besson ; Patrice Billaud, Premier Grand Maître Adjoint du Grand Orient de France. © leJMED.fr

Modestement, quelles sont les solutions, les clés ? Ne pas tomber dans le piège de fortes affirmations identitaires, refuser le repli sur soi, le rejet de l’autre, considéré comme menaçant.
Ne pas tomber dans le piège du « choc des civilisations » qui ne peut être qu’un appauvrissement et qu’un avenir de mort.
Nourrir le nécessaire dialogue des cultures en construisant les conditions du dialogue, en évacuant les peurs, en retirant les armes, en refusant les menaces, les agressions, en dénonçant avec force les assassinats. (…) Il faut éduquer à la tolérance, insister sur la haute valeur du dialogue… ».

Intervenant à son tour, Alain Boyer, historien et sous-Préfet en charge du débat « Identité nationale » auprès du ministre Éric Besson, rappela que si à l’évidence « l’identité française s’est élaborée sur le temps long de l’Histoire », le débat actuel n’a pas pour objet la confrontation, mais bien plutôt la quête de l’émergence d’un consensus renouvelé : « Reconnaître notre diversité permet de refonder la cohésion », considéra-t-il.


Le Grand Orient, un acteur engagé en Méditerranée

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Patrice Billaud, Premier Grand Maître Adjoint du Grand Orient de France © leJMED.fr

Cette diversité qui nous enrichit les uns des autres, thématique classique de l’humanisme franc-maçon, fut évidemment l’un des fils conducteurs de l’allocution, ici en version intégrale, de Patrice Billaud, Premier Grand Maître Adjoint du Grand Orient de France. Ainsi, les participants apprirent-ils pour la plupart l’engagement largement méconnu – le GODF serait-il une association trop discrète ? – des Francs-maçons en faveur du projet euro-méditerranéen :

« Le Grand Orient de France a salué et appuyé le projet d’Union pour la Méditerranée depuis son origine en se félicitant des efforts de l’Egypte et de la France, au plus haut niveau, pour en faire une réalité.

D’abord parce que depuis une douzaine d’années, les Obédiences maçonniques libérales des pays de la Méditerranée tiennent une conférence annuelle qui les réunit chaque fois sur un thème spécifique destiné à échanger et à comprendre l’autre dans le cadre d’un dialogue inter-culturel.

Participent à cet échange annuel des Francs Maçonnes et des Francs Maçons d’Espagne, de France, de Grèce, d’Israël, d’Italie, du Liban, du Maroc, du Portugal et de Turquie. Nous sommes donc convaincus depuis longtemps que le dialogue inter-culturel peut contribuer positivement à la compréhension de nos différentes histoires et de nos valeurs respectives dans un esprit d’écoute et de tolérance mutuelle.

Ensuite, nous soutenons le projet d’Union pour la Méditerranée parce que nous espérons le voir déboucher sur des projets concrets ».

En fait, commenta Patrice Billaud, « le thème de ce colloque nous est cher en effet parce qu’il nous semble représenter le seul avenir possible pour cette région du monde qui, à la fois, nous renvoie à nos origines culturelles et nous porte aussi vers notre destin collectif pour bâtir ensemble une humanité meilleure et plus éclairée (…) Sur les bords de cette Mare Nostrum, la jeunesse nous dit justement sa soif. De liberté, d’égalité dans la dignité, de fraternité ».

Et le Grand maître de rappeler cet autre fondement essentiel de la pensé maçonnique, la laïcité. Pour autant, insista-t-il, « je veux rappeler fortement que la laïcité n’a rien d’antireligieux. Au contraire, elle permet à chaque citoyen, croyant ou non croyant, de vivre sa foi ou sa non foi dans l’intimité de sa conscience, sans interférence du pouvoir politique. Par contre, dans la société, dans l’espace public commun à tous les citoyens, dont la neutralité religieuse est garantie par l’Etat, les Eglises doivent s’abstenir d’interférer.

C’est pourquoi, et vous le savez, nous sommes très attachés à la Loi du 9 décembre 1905 de Séparation des Eglises et de l’Etat qui constitue un véritable pilier de la laïcité en France.
Léon Bourgeois, membre du GODF et Prix Nobel de la Paix, disait à son sujet que cette loi consacrait un principe : « Les églises libres dans l’Etat libre souverain.

La laïcité est donc une voie de progrès et du « vivre ensemble » qui est porteuse de paix religieuse, sociale et politique dans l’intérêt du citoyen ».


Culture, religion et Lumières

« C’est la culture qui est fondatrice des identités », affirma d’emblée le philosophe et écrivain Maurice-Ruben Hayoun, auteur notamment d’un récent ouvrage intitulé « Abraham, un patriarche dans l’Histoire ». « Abraham, qui n’était pas juif, est le fondateur de la culture du monothéisme… ».

Ainsi, comme Dieu, « l’Humanité est Une », exposa en substance le Professeur, illustrant savamment le dicton usuel selon lequel « nous sommes tous les enfants d’Abraham ». Une assertion qui prend un sens très particulier en Méditerranée, dont les rivages ont e effet donné naissance à trois religions monothéistes : juive, chrétienne, et musulmane. Et le Professeur d’affirmer encore que « sans le monothéisme éthique, il n’y aurait pas de fraternité »…

Pour autant, comme le releva une intervenante, « l’interculturalité ne saurait se réduire à la seule dimension inter-religieuse (…) Ce qui fonde la spécificité de 1789, releva-t-elle, c’est la philosophie des Lumières, la reconnaissance de la pluralité des Livres ».

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Une intervenante, lors du débat qui suivit les allocutions des conférenciers. © leJMED.fr

Une manière de dire, nous semble-t-il, que l’avancée d’une meilleure compréhension entre les deux rives de la Méditerranée sera autant une affaire de cœur que de raison.

Le cœur, selon les religions révélées : « la première des valeurs, c’est celle de la paix, qui reconnaît Dieu dans l’Autre, et un autre soi-même », ainsi que l’exprima le Pr Maurice Ruben-Hayoun.

La raison humaniste : par « l’éducation du plus grand nombre (…), le dialogue des cultures et la compréhension de l’autre dans sa dimension d’être humain », selon les paroles de Patrice Billaud, Premier Grand Maître Adjoint du Grand Orient de France.

© Alfred Mignot pour leJMED.fr

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