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Cortes de Pallás-La Muela (Valencia, Espagne) :

Iberdrola construit la plus grande centrale hydroélectrique de pompage d’Europe

Espagne | 18 mai 2010 | src.leJmed.fr
Valencia - La centrale hydroélectrique de la compagnie Iberdrola à Cortes de Pallás-La Muela, au sud-ouest de Valencia (Espagne) fait actuellement l’objet d’importants travaux, visant à installer sur le site quatre nouveaux groupes réversibles de pompage.
Visite guidée, avec l’un des responsables techniques de la centrale, José Navarro.

Photo ci-dessus : Vue du site de Cortes-La Muela I. En arrière-plan, le pont qui conduit au site de la Muela II. © BEI - Femip
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Le site de Cortes - La Muela I (premier plan), de la Muela II (en arrière-plan, au fond du bassin) et le réservoir sur le plateau de la Meseta. © BEI

« Le site est idéal pour une centrale de pompage », déclare d’emblée José Navarro au groupe de journalistes exceptionnellement autorisés à visiter le site, le mardi 11 mai 2010, au lendemain de la VIIIe conférence Femip de Valencia, dédiée au défi énergétique en Méditerranée.

« Idéal, reprend José Navarro, car nous avons ici un dénivelé de 500 mètres entre le plateau supérieur, à 800 mètres d’altitude, où est situé le bassin artificiel de La Muela, et le niveau du réservoir-barrage de Cortes de Pallás. 500 mètres, c’est le dénivelé optimum pour l’exploitation de la technique du pompage… »

Vue de détail du barrage de La Muela I. © leJmed.fr - mai 2010

Autres points remarquables : le rio Júcar, qui alimente le bassin de la centrale, prend sa source au centre de l’Espagne, échappant ainsi aux aléas de la faible pluviométrie de la région de Valence ; le barrage inférieur a été construit au niveau d’un resserrement de la montagne – ce qui a permis d’économiser d’importantes quantités de béton – et, à vol d’oiseau, il ne se situe qu’à quelque 30 Kms de la capitale régionale Valencia. « C’est très important, car cela nous permet d’acheminer rapidement l’électricité produite vers son lieu de consommation », relève encore José Navarro.

Cinq minutes suffisent pour produire et diffuser l’électricité

Réguler la livraison d’électricité en fonction de la demande, et particulièrement aux heures de pointe, c’est l’un des avantages essentiels de l’énergie hydroélectrique : « Il nous suffit de cinq minutes pour déclencher la production d’électricité et la mettre à disposition sur le réseau », souligne José Navarro. Une performance très remarquable, comparée aux plusieurs heurs nécessaires à une centrale thermique, et aux 24 heures indispensables à une centrale nucléaire pour parvenir au même niveau opérationnel de production.

L’entrée du site de La Muela II, dont l’essentiel des travaux est réalisé dans les profondeurs de la montagne. Sur la paroi, on aperçoit la canalisation qui permet l’acheminement de l’eau vers et depuis le réservoir supérieur du plateau de La Meseta. © leJmed.fr - mai 2010

Ce n’est encore pas tout : d’une part l’énergie hydraulique est propre et renouvelable, d’autre part elle est peu onéreuse à produire, et particulièrement dans le cas de la centrale de pompage de La Muela II. « C’est très simple, explique José Navarro. Nous pompons l’eau avec l’énergie produite en surplus par les trois parcs éoliens de la proche province d’Albacete.

Perchés au-dessus du bassin de La Muela I, les « intrépides » journalistes écoutent les explications de José Navarro, l’un des trois responsables techniques du site. © leJmed.fr - mai 2010

L’ordinateur central, situé à Madrid, déclenche le pompage automatiquement au moment le plus propice, c’est-à-dire aux moments de moindre consommation – la nuit et les fins de semaine – lorsque l’énergie produite en surplus par les éoliennes proches de nous ne sert à rien. C’est cette énergie, qui ne peut être stockée, que nous utilisons pour remonter l’eau jusqu’au bassin supérieur. Une énergie qui est alors très bon marché, puisque ne pouvant pas être stockée, et qui serait perdue si nous ne l’utilisions pas… ».

Dans les entrailles de la montagne : le car des journalistes semble bien petit sous l’impressionnante hauteur de plafond des tunnels…
© leJmed.fr - mai 2010

Et José Navarro d’ajouter que, comme le cours de certaines matières premières précieuses, le prix de l’électricité mise sur le marché varie quasiment de seconde en seconde… Mais, le modèle économique de la centrale de Cortes-La Muela dispose de toute manière d’une belle marge de rentabilité, puisque, ainsi que nous l’apprend notre guide, l’énergie non stockable produite par les éoliennes est achetée en moyenne autour de 3 euros le MW et revendue en heure de pointe autour de 60 euros/MW, soit vingt fois plus cher ! Et « l’énergie restituée », soit la différence entre celle utilisée pour le pompage et celle produite ultérieurement par la centrale, s’élève à 75 %.

La plus grande centrale de pompage d’Europe

Ainsi, la centrale de Cortes de Pallás-La Muela met-elle à profit les moments où l’énergie éolienne est disponible en surplus sur le marché espagnol, le plus important d’Europe, pour stocker l’eau qui servira ensuite à produire de l’énergie hydroélectrique au moment où la consommation atteindra ses pics rituels – le matin à l’heure du lever, vers 13 h au moment du déjeuner, les après-midi de forte chaleur où les climatiseurs sont poussés à fond, le soir…

L’une des impressionnantes turbines qui permettent de remonter l’eau de la centrale sur un dénivelé de 500 mètres, depuis le bassin de Cortes jusqu’au réservoir supérieur de La Meseta. © leJmed.fr - mai 2010

« Les travaux en cours de La Muela II, nous dit encore José Navarro, ont pour objectif de permettre à la centrale de produire 850 MW supplémentaires – soit de quoi satisfaire les besoins annuels de quelque 200 000 logements – qui s’ajouteront aux 630 MW de La Muela I et aux 280 MW du bassin de Cortes. Les travaux ont commencé durant l’été 2006 et seront achevés en décembre 2012. Nous disposerons alors de quelque 1 600 MW. A titre de comparaison, il faut savoir que la capacité standard d’une centrale nucléaire ou thermique est de 1 000 MW. Avec nos 1 600 MW, nous serons la plus grande centrale de pompage d’Europe ».

Pour arriver à ce résultat, des travaux pharaoniques d’excavation pour accueillir les futures canalisations (6 mètres de diamètre, 800 mètres de longueur cumulée) et turbines de quatre nouveaux groupes réversibles, sont actuellement en cours au cœur de la montagne, « tellement grands que l’on pourrait y loger aisément la cathédrale de Valence et sa tour - clocher El Miguelete », précise notre guide.

Le soutien financier de la BEI

Déjà en 1985, lors des premiers travaux de création du site, la BEI avait apporté son soutien, avec 110,76 millions d’euros pour Cortes-La Muela I, versés en trois tranches entre 1985 et 1987. Aujourd’hui, pour le financement de ce grand projet d’extension, soit 400 millions d’euros, Iberdrola a obtenu un concours conséquent de la BEI, à hauteur de 200 M €.

Rien d’étonnant à cela, si l’on se réfère à l’engagement de la Banque européenne d’investissement en faveur des énergies renouvelables – les autres projets-phare financés par la BEI-Femip (Facilité euro-méditerranéenne d’investissement et de partenariat) étant l’usine hydro-électrique de Tillouguit et le parc éolien de Tanger au Maroc, le parc de Gabal el-Zait en Égypte, le « Gazoduc jordanien » en Jordanie, la centrale de Ghannouch en Tunisie, ainsi que le projet Deir Ali I et II en Syrie, ou encore le méga-projet solaire pilote de Ouarzazate, au Maroc.

En fait, la BEI - Femip a mobilisé pour l’énergie 3,7 Mds € entre 2002 et 2009, soit près d’un tiers de ses fonds mis à disposition en Méditerranée sur la période, ainsi que le rappelait le vice-Président de la BEI, Philippe de Fontaine-Vive, lors de la VIIIe Conférence de la Femip, le 10 mai.

Un vice-Président par ailleurs convaincu que le Plan Solaire Méditerranéen (PSM) est à portée de main, à condition de redoubler d’efforts. Étant entendu que l’appellation PSM inclut en fait toutes les énergies renouvelables, un créneau sur lequel l’Espagne a d’ailleurs pris plusieurs longueurs d’avance, puisqu’elle s’affirme comme le n°1 en Europe, avec déjà 37 % de son énergie d’origine renouvelable, tandis que Iberdrola est le premier producteur mondial d’énergie éolienne et… sponsor de l’équipe espagnole paralympique… de voile, bien sûr !


© Alfred Mignot

Photo-souvenir pour les « intrépides » journalistes, fiers d’avoir visité les entrailles de la montagne et… contents de retrouver bientôt l’air libre ! © leJmed.fr - mai 2010


À lire sur le même thème :
Philippe de Fontaine-Vive : « Le Plan Solaire méditerranéen est à portée de main ! »

À propos d’Iberdrola : site www.iberdrolarenovables.com

À propos de la BEI - Femip : site www.bei.org


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