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#IFFParis - S. Benimadhu, directeur de la Bourse de Maurice : « Nous voulons devenir la principale plateforme financière pour l’Afrique »

24 juillet 2018
Sunil Benimadhu, directeur exécutif de la Bourse de Maurice (SEM), lors de sa participation au Forum financier international de Paris Europlace (#IFFParis, 11-12 juillet 2018). © AM/APP
Si la République de Maurice, paradis sur mer de l’Océan indien, a tout pour faire rêver de tourisme au grand large, elle a aussi réussi à s’imposer comme la seconde place financière d’Afrique. Venu à Paris pour participer au récent Forum financier international de Paris Europlace (#IFFParis), le directeur exécutif de la Bourse de Maurice (SEM), Sunil Benimadhu, nous a accordé un entretien exclusif. Au menu : le renforcement de l’internationalisation de la plateforme financière, les défis économiques à relever, le Brexit…

AfricaPressse.Paris (APP) - Quelles sont les grandes tendances actuelles de l’économie de Maurice ?


Sunil Benimadhu - Ces dix dernières années, dans le contexte de la crise économique mondiale qui a contracté la croissance partout, y compris en Afrique, Maurice a réussi à maintenir un taux de croissance moyen autour de 3,7-3,8 %. C’est relativement satisfaisant, mais notre objectif est de passer à un taux de croissance atteignant 4 %, voire 5 %.

Maurice s’est positionnée depuis vingt ans comme une plateforme de services financiers pour les différents pays émergents du monde. Cela a été une bonne stratégie, qui nous a, par exemple, permis de devenir la principale destination d’investissement de l’Inde.

À présent, nous voulons relever un autre défi : transformer l’orientation de notre économie à mesure que l’île se développe, et réussir à faire de Maurice la principale plateforme financière pour l’Afrique. Nous aspirons aussi à devenir un leader en matière de croissance économique à l’échelle continentale durant les prochaines années, afin atteindre notre objectif de devenir un pays à hauts revenus.

Pour cela, nous avons besoin de réformer notre économie en développant de nouveaux domaines d’activité, comme ceux de la technologie ou des services externalisés pour les entreprises. Mais, vous savez, l’économie mauricienne est déjà relativement diversifiée, avec des secteurs industriels, manufacturiers et touristiques importants, qui constituent la colonne vertébrale de notre activité. À présent, nous essayons d’augmenter la contribution du secteur des services financiers en l’adressant à l’ensemble du continent africain.



APP - Quels sont les principaux défis auxquels Maurice doit faire face pour amplifier son développement économique ?


Sunil Benimadhu - Nous avons un problème démographique à gérer car Maurice compte 1,3 million d’habitants dont la partie vieillissante risque de faire chuter le nombre d’habitants a 900 000 personnes d’ici à 2050, si rien n’est fait pour inverser cette tendance.
Le danger d’un rétrécissement de notre population est réel à moins que nous puissions ouvrir notre frontière à la main-d’œuvre étrangère et cibler ceux que nous souhaitons attirer à Maurice – un défi qui n’est pas facile a gérer, je le concède. 

Nous nous efforçons également d’attirer des talents de l’étranger afin de faire de Maurice un pays à hauts revenus, et cela nous pousse à ouvrir toujours davantage notre économie. Un autre défi structurel à relever est celui de l’accroissement de l’investissement privé, qui reste faible depuis une dizaine d’années au regard de notre objectif d’œuvrer pour un taux de croissance de 5 %. Il y a aussi le défi de réduire le fossé social entre les riches et les pauvres, afin d’assurer la pérennité de l’harmonie sociale.

Il est important de trouver des réponses à toutes ces questions dans les meilleurs délais. Nous sommes confiants ! Et le succès continu que nous connaissons depuis plusieurs décennies nous incite à l’optimisme.

APP - Qu’en est-il de l’activité boursière de Maurice,
souvent citée en exemple ?


Sunil Benimadhu - La Bourse est une composante importante du nouveau paysage financier mauricien. C’est le résultat du changement stratégique réussi de ces dernières années de nous écarter de notre positionnement historique pour internationaliser notre plateforme. Aujourd’hui, nos services s’adressent non seulement aux entreprises nationales, mais aussi aux sociétés internationales qui utilisent Maurice comme plateforme de départ pour investir dans différentes parties du monde, et en Afrique particulièrement. En fait, sur les quelque 143 nouveaux produits financiers que nous avons listés, environ 80 sont des produits internationaux.

Notre positionnement en Afrique en tant que plateforme multidevises – dollars, euros, livres et rands –, attractive pour la levée de capitaux et la cotation, est désormais une réalité reconnue. Nous sommes aussi la deuxième Bourse d’Afrique en termes de ratio de capitalisation rapporté au PIB, avec un score d’environ 90 %. Nous pensons d’ailleurs que ce ratio dépassera les 100 % car nous attirons de plus en plus d’entreprises internationales sur notre plateforme.

Ces sociétés internationales ont également utilisé la Bourse de Maurice pour lever environ 4,5 milliards de dollars US au cours des sept ou huit dernières années, afin de financer leur croissance. Il est donc clair que nous devons continuer à développer l’offre de services internationaux pour assurer la croissance de la Bourse de Maurice et sa contribution as positionnement de Maurice comme un centre financier international.

APP - L’internationalisation accrue de votre économie et de votre activité boursière, est-ce le message que vous êtes venu apporter au Forum financier international de Paris Europlace ?


Sunil Benimadhu - Oui ! Nous sommes heureux de figurer parmi les orateurs de cette conférence de Paris Europlace, car c’est une occasion idéale pour décrire ce que Maurice fait en sa qualité de plateforme de financement pour l’Afrique, mais aussi pour d’autres régions émergentes du monde, comme l’Inde.
C’est aussi l’occasion d’expliquer comment nous avons mené de nombreuses réformes à la Bourse de Maurice au niveau de notre cadre réglementaire et opérationnel et mis en place de nouveaux outils, comme l’établissement d’une plateforme multidevises d’échange et de négociation ayant pour but d’aider les entreprises internationales à lever des capitaux longs pour financer leurs investissements, en Afrique et dans d’autres marches émergents.

Faire découvrir comment Maurice se positionne en tant que centre financier international et comment la Bourse de Maurice apporte sa contribution a cet exercice constitue l’objectif de ma participation ici, tout comme d’assister à ce forum et prendre ainsi la mesure des changements majeurs qui se produisent en Europe et à Paris.

APP - Votre regard sur Paris Europlace a-t-il changé
depuis l’annonce du Brexit ?


Sunil Benimadhu - Paris est une place financière très intéressante et qui jouit définitivement d’un fort potentiel, avec Francfort, pour devenir le centre financier international de référence en Europe. Il apparaît clairement que le moment est venu pour que Paris profite de cette opportunité et pousse son agenda afin de réaliser son ambition.

Bien sûr, cela demande beaucoup de travail, y compris de communication et de marketing, pour faire connaître les belles opportunités qu’offre la place de Paris. Mais je pense que globalement les ingrédients sont là pour que Paris réussisse sur ce front. D’ailleurs, l’image de la France a changé rapidement, la communauté internationale a bien perçu que la France et son président affirment désormais une vision très ouverte et avenante à l’international.

Propos recueillis par Alfred Mignot, AfricaPresse.Paris (APP)

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