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Henri Guaino au Forum de Paris :
« L’UPM est une transgression »…

Tous pays EUROMED-AFRIQUE | 11 avril 2010 | src.leJmed
Paris -

Invité vedette du second jour du Forum de Paris, Henri Guaino, Conseiller spécial du Président de la République, et Président de la mission interministérielle de l’UPM, a quelque peu surpris son auditoire en déclarant que « l’Union de la Méditerranée est une transgression ». Explication de texte…
Photo ci-dessus : Henri Guaino répondant aux questions du journaliste Vincent Hervouët (TF1-LCI), en séance plénière du Forum de Paris, au Palais Brongniart, samedi 10 avril 2010. © leJmed.fr 2010


Bien sûr Henri Guaino reste fidèle à lui-même – toujours un peu bourru – mais pour la circonstance il s’est aussi montré très souriant, voire un zeste séducteur, en un paradoxal « coquetèle » qui nous rappelle la manière d’être unique de feu son mentor, et désormais officiellement unanimement regretté Philippe Séguin.

La comparaison ne s’arrête pas là : comme Philippe Séguin, Henri Guaino se veut un esprit indépendant, et donc… imprévisible. Sa déclaration devant le Forum de Paris, samedi, en est le plus récent exemple. Ainsi, pour Henri Guaino, « l’Union de la Méditerranée est une transgression ». Mais, pour surprenante qu’elle puisse paraître, cette irruption du vocabulaire psychanalytique dans le champ géopolitique constitue assurément une nouvelle pépite sémantique mise à jour par l’auteur de presque tous les discours du Président Sarkozy…

Henri Guaino répondant aux questions du journaliste Vincent Hervouët (TF1-LCI) sur la scène du Forum de Paris, au Palais Brongniart, samedi 10 avril 2010. © leJmed.fr 2010

Pour Henri Guaino, cette transgression doit être comprise dans le sens où seuls les chefs d’État ou de gouvernement disposent de la capacité politique, s’ils le veulent, de s’affranchir des règles ordinairement en vigueur.
Dans les négociations internationales, explique-t-il, hauts fonc-
tionnaires, ambassadeurs et même ministres sont contraints de respecter les lignes fixées par leurs chefs d’Etat ou de gouvernement. De ce fait, si « la solution » se trouve de l’autre côté de cette ligne jaune ou rouge qu’ils ne sauraient franchir, ils resteront de ce côté du Rubicon, impuissants. Seuls les chefs d’État ou de gouvernement, estime Henri Guaino, disposent de la légitimité politique pour franchir les limites habituelles du système, qu’il soit politique, économique, ou qu’il relève d’un(e) mode de pensée unique.

Et Henri Guaino d’expliquer que si « l’Union pour la Méditerranée est une transgression », c’est précisément parce qu’elle rompt avec les habitudes d’être et de penser. Au nombre de ces habitudes, on retrouve les critiques justifiées qui ont pu être maintes et maintes fois adressées par les partenaires du sud à l’encontre du Processus de Barcelone, la plus criante étant la posture néocoloniale : c’est le Nord qui pensait pour le Sud et essayait de lui imposer unilatéralement sa vision d’avenir.

Avec l’Union pour la Méditerranée, les postulats fondateurs sont tout autres : co-responsabilité, co-présidence, co-développement en non plus aide au développement, initiatives multisourcées, action multilatérale mais à géométrie variable – seuls les pays qui le souhaitent s’engagent librement dans des projets communs –, partenariat public-privé, vision et projets de long terme rompant avec la culture encore dominante du court-termisme – tant en politique qu’en économie…

De la transgression à la géopolitique 2.0

Après son échange en séance plénière avec Vincent Hervouët (TF1-LCI), Henri Guaino a accordé une conférence de presse aux journalistes présents au Forum de Paris, au Palais Brongniart, samedi 10 avril 2010. © leJmed.fr 2010

C’est tout cela qui, selon Henri Guaino constitue l’essence transgressive du projet UPM. Et dans la pratique quotidienne, la posture intellectuelle d’Henri Guaino se maintient en adéquation à ses postulats. Ainsi, quand un journaliste croit pouvoir relever un relatif pessimisme lorsque Henri Guaino admet qu’il est à ce jour incapable d’affirmer si le second Sommet UPM prévu le 7 juin à Barcelone se tiendra bien – et par « bien », il faut entendre avec la présence des 43 chefs d’État ou de gouvernement de l’UPM – il ne fait que prendre acte des incertitudes multiples qui conditionnent la réussite ou l’échec de toute organisation internationale. Pour autant, relève Henri Guaino, cette incertitude n’est pas une spécificité de l’UPM : on la retrouve tout pareillement dans les autres organisations internationales, que ce soit au G20, à l’ONU ou au sein de l’Union européenne.

Reste que malgré les aléas intrinsèques au multilatéralisme, deux ans après sa fondation l’Union pour la Méditerranée affiche un bilan d’étape plutôt positif, estime Henri Guaino : outre les nombreux projets mis en chantier, évoqués plus en détail la veille par son ajointe Caroline Cornu, non seulement l’UPM a survécu au conflit de Gaza – c’est « presque un miracle », souligne Henri Guaino – mais aussi, on a pu observer que malgré cet épisode tragique et quelques autres difficultés, jamais la coopération technique entre les pays concernés n’a cessé, et aucun de ces pays n’a manifesté ni le désir de quitter l’UPM, ni des velléités de chercher à la briser.

Bien sûr la question obsédante de la paix au Proche-Orient a été soulevée. Quel pourrait être le rôle de l’UPM ? Prudent, Henri Guaino répond sobrement que « l’UPM peut contribuer à la solution du conflit » israélo-palestinien, tout en soulignant qu’il n’y a pas « de solution miracle », bien sûr.

Mais, il y a des transgressions… acceptables, et assumées par les États. Ainsi, malgré toutes les difficultés que chacun connaît, Israéliens et Palestiniens travaillent désormais ensemble au sein de l’UPM. Et parmi les six secrétaires généraux adjoints de l’UPM, qui épauleront le Secrétaire général jordanien Ahmed Massadeh, on trouve un Israélien – en charge des questions de Recherche – et un Palestinien, en charge du portefeuille de l’eau et de l’environnement

Au-delà de cet exemple symbolique d’une transgression positive, Henri Guaino souligne encore, paraphrasant cette fois André Malraux, que « le monde de demain sera coopératif ou ne sera pas ». Et, pour y parvenir, nous devons tous, au Nord comme au Sud, nous déprendre des vieilles habitudes égocentrées – les diplomates du Nord raisonnant comme des gens du Nord, et réciproquement au Sud – pour s’ouvrir à l’écoute réelle des partenaires, en totale coresponsabilité.

En fait, outre la nécessaire ouverture d’esprit pour que chacun échappe à la prison de son mode de pensée unique, ce que propose Henri Guaino pour l’UPM, c’est une géopolitique du réseau, où chacun est acteur au bénéfice de tous, une sorte de géopolitique 2.0.
Encore une idée neuve, transgressive, mais tellement enthousiasmante ! Si les Méditerranéens veulent bien, tous, relever ce formidable défi. Réponse le 7 juin prochain, au Sommet des chefs d’État de Barcelone… en espérant qu’ils sauront poser des actes déterminés et, s’il le faut, transgressifs !


© Alfred Mignot


À lire sur le même sujet :

- Caroline Cornu, Adjointe d’Henri Guaino, au Forum de Paris :
« L’UPM ? Elle vit ! Elle avance ! »

- Forum de Paris - VIe Colloque international :
« L’Europe, les États-Unis et la Méditerranée » (Programme)


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