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Hassanein HIRIDJEE, PDG de AXIAN, devant les entrepreneurs du CIAN : « Un des sujets que je porte, c’est la souveraineté digitale »

6 avril 2026
Hassanein HIRIDJEE, PDG de AXIAN, devant les entrepreneurs du CIAN : « Un des sujets que je porte, c'est la souveraineté digitale »
Hassanein HIRIDJEE, président du groupe Axian, lors de son intervention comme invité d’honneur au déjeuner-débat de l’AG du CIAN, le 27 mars 2026 à l’Autombile Club, place de La Concorde, à Paris. Photo © AM/APP
Le déjeuner-débat qui a suivi l’Assemblée générale du CIAN, le 27 mars à l’Automobile Club à Paris, a été le théâtre d’un dialogue dense entre Hassanein HIRIDJEE, président du groupe Axian – l’invité d’honneur – et plusieurs membres du conseil qui ont avancé des questions touchant au cœur même du monde des affaires franco-africaines d’aujourd’hui.

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par Alfred MIGNOT, Directeur de AfricaPresse.Paris (APP)
@africa_presse
@alfredmignot

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Les entrepreneurs français
d’Afrique, « complètement ignorés »

C’est Alain TAÏEB qui ouvre le tempo des questions/réponses, et le ton est direct. Président du Conseil de surveillance groupe Mobilitas – présent dans les 54 pays du continent – il interroge Hassanein Hiridjee sur un angle mort de la relation économique Afrique-France : les entrepreneurs français établis sur le continent, que Bercy, dit-il sans détour, a « complètement ignorés ». « Les 130 000 entrepreneurs français de l’étranger représentent une puissance qui est là pour l’économie française et qui a été complètement oubliée. »

Alain Taïeb n’ignore pas qu’Hassanein Hiridjee est l’un des leurs : franco-malgache, formé à l’ESCP Paris, il a développé Axian depuis Madagascar jusqu’à en faire un groupe présent dans 18 pays d’Afrique et de l’océan Indien, dans des secteurs allant des télécoms à l’énergie en passant par les paiements mobiles. « Tu es l’un des plus gros entrepreneurs français de l’étranger, tu es l’un des architectes de très belles stories », lui dit-il.

La réponse du Président d’Axian est sans équivoque : ces réseaux d’entrepreneurs français en Afrique constituent, selon lui, une « grille » indispensable pour aller vite et être agile – au même titre que les partenaires locaux africains. « C’est extrêmement important d’avoir ces entrées », dit-il. Et d’ajouter que cette force est désormais mieux reconnue : « Les acteurs qui ont travaillé sur la DEI (“Diversité, équité et inclusion”) ont pris conscience depuis quelques années de cette force et s’appuient de plus en plus sur l’accès au financement. »

Alain TAÏEB, Président du Conseil de surveillance groupe Mobilitas, posant ses questions à Hassanein HIRIDJEE, PDG du Groupe AXIAN. À sa gauche, SEM Émile NGOY KASONGO, Ambassadeur de la Rd CONGO ; à sa droite, SEM Ayed Mousseid YAHYA, Ambassadeur de DJIBOUTI. Photo © AM/APP - CLIQUER SUR L’IMAGE POUR L’AGRANDIR.

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« Hard » et « soft » : le défi
des infrastructures numériques

La deuxième question d’Alain Taïeb porte sur un enjeu stratégique que son groupe vit de l’intérieur. Mobilitas, explique-t-il, est notamment un acteur du « soft » – numérisation, duplication, mise en valeur du contenu – mais ne dispose pas de serveurs. Or, « proposer à des pays africains des serveurs, un peu comme les Américains le font à l’extérieur, ce n’est pas la bonne tendance. Il faut des gens comme toi qui investissent dans le hard. » Il appelle ainsi Hassanein Hiridjee à se prononcer sur cette complémentarité entre opérateurs d’infrastructure et acteurs du logiciel.

La réponse du patron d’Axian est précise, chiffrée, et visiblement passionnée. « Le ratio du nombre de datacenters sur le continent est de 1 à 100 par rapport aux besoins. En Afrique, c’est encore très insuffisant. » Il démonte l’idée que les câbles sous-marins suffiraient à résoudre l’équation : « Ils peuvent être fragiles. Surtout, aujourd’hui, la donnée doit être accessible le plus rapidement possible. Dès que l’accès à la donnée est plus rapide grâce aux datacentres présents localement, ça va beaucoup plus vite. Et là, il y a une opportunité monstrueuse. »

Il décrit l’évolution en cours : les premiers partenariats entre opérateurs d’infrastructure locaux et grandes plateformes mondiales — « les GAFA, AWS, Google Cloud, Oracle » — se nouent déjà, ces derniers ayant besoin de s’appuyer sur des acteurs locaux dont « les produits sont déjà éprouvés ».

Jean-Michel HUET, Président de la Commission Digital du CIAN, interrogeant Hassanein Hiradjee. Photo © AM/APP - CLIQUER SUR L’IMAGE POUR L’AGRANDIR.

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Souveraineté digitale : « La donnée
africaine ne doit pas être piquée »

Mais c’est sur la question de la souveraineté numérique qu’Hiridjee monte le plus haut dans le registre de la conviction. « Si la donnée africaine n’est pas exploitée par les Africains en Afrique, elle va être piquée, elle ne sera pas taxée, elle ne va pas être créatrice de valeur, ni d’emplois. »

Il esquisse un parallèle avec le débat européen sur la fiscalité des grandes plateformes : « Est-ce que vous trouvez normal que les Facebook et autres fassent du business à zéro-taxe ? »
Pour illustrer ce problème de la distorsion concurrentielle, il prend un exemple parlant, issu de son propre vécu dans l’e-commerce : « Nos concurrents au Nigeria sont Temu et Shein. Eux envoient leurs prix depuis la Chine sans payer de taxe, sans chaîne logistique locale. Nous, on a des entrepôts, des équipes, on paie les taxes. Cette différenciation de taxes, c’est une distorsion concurrentielle. C’est un vrai sujet de souveraineté. »

Il révèle avoir été sollicité par le président Macron à deux reprises au cours des trois derniers mois en vue de la préparation du Sommet Afrique-France de Nairobi, les 11 et 12 mai prochains, dans le cadre d’une coalition rassemblant acteurs français, européens et africains. « Un des sujets que je porte, c’est justement la souveraineté digitale. »

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« Agilité » et trois critères
d’entrée dans un marché

C’est André AGID, président de Global Africa, qui prend ensuite la parole. Sa question est celle d’un praticien : par quel type de business un groupe comme Axian entre-t-il dans un nouveau pays ? Y a-t-il un secteur « plus facile » pour s’implanter ? Et sur quels critères choisit-on les partenaires locaux ?
Hiridjee répond avec une franche simplicité : il n’existe pas de secteur plus facile qu’un autre – « Nous sommes sur des métiers très bien mis au point, que ce soit les télécoms, l’énergie ou les services financiers. »

Ce qui guide Axian, c’est l’opportunité, et surtout trois critères non négociables.
 Premier critère : l’État de droit. « Est-ce qu’il y a le respect du droit ? Si tu te fais "ambassadiser" rapidement ou si tu ne peux pas aller défendre un cas devant un tribunal, tu connais la réponse… ».
 Deuxième critère : la liberté de circulation des capitaux. « Ceux qui veulent investir envoient des fonds. Ceux qui veulent réussir en retirent. »
 Troisième critère, implicitement : la convertibilité des monnaies.

Sur le type d’opérations réalisées, Axian n’a jamais exclu aucune forme d’entrée : privatisations (au Togo, à Madagascar), greenfield pur (66 MW de production électrique en cours au Bénin, sur quatre sites), rachats d’entreprises – jusqu’à l’acquisition de titres cotés à la Bourse de New York. « On ne s’est privé de rien. Nous sommes extrêmement opportunistes. »

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Un dialogue qui dit beaucoup
sur les affaires en Afrique

Ces échanges entre entrepreneurs sur la souveraineté numérique, la fiscalité des plateformes, la complémentarité entre opérateurs de hard et de soft, la visibilité des entrepreneurs français du continent africains sont autant de sujets qui en disent beaucoup sur le contexte des affaires en Afrique, mais que Bruxelles et Paris commencent à peine à intégrer dans leurs agendas, tout comme les questions qui ont suivi.

En effet, après les interventions d’Alain Taïeb et d’André Agid, le déjeuner-débat du CIAN s’est prolongé par une nouvelle séquence de questions adressées à Hassanein Hiridjee par Jean-Michel HUET, président de la commission Digital du CIAN, Alfred MIGNOT, directeur d’AfricaPresse.Paris, Natacha GUIDOUIN de HEC Paris, ont successivement questionné l’invité d’honneur sur trois terrains distincts : la République démocratique du Congo, le financement des infrastructures, et le rôle des opérateurs dans la valorisation de la culture africaine.

Hassanein Hiridjee répondant aux questions de ses pairs du CIAN. Photo © AM/APP - CLIQUER SUR L’IMAGE POUR L’AGRANDIR.

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La RDC : « C’est infini »

Natacha GUIDOUIN, qui représente HEC Paris et témoigne d’un accompagnement de collaborateurs du groupe Axian par la grande école, ouvre cette séquence. Elle fait remarquer que Hassanein Hiridjee n’a pas mentionné la République démocratique du Congo (RDC) dans son tour d’horizon des pays où le groupe est implanté, et lui demande si ce géant d’Afrique centrale – pilier démographique et creuset d’innovation – fait partie des marchés envisagés par le groupe Axian.
La réponse est immédiate et sans ambages : « J’ai fait une erreur en ne la citant pas. » Axian est bien présent en RDC, à travers une infrastructure de partage de pylônes de téléphonie, exploitée en partenariat avec des opérateurs locaux dont Orange et Vodafone. Et ce n’est qu’un début : « Nous sommes en train de travailler sur un gros projet. La RDC, c’est infini. Il y a beaucoup, beaucoup de choses à faire. »

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Financement des infrastructures : pour des taux
« sérieux » et des garanties « indispensables »

Alfred MIGNOT, directeur d’AfricaPresse.Paris, interroge le Président d’Axian sur l’enjeu du financement des infrastructures africaines, à l’occasion du prochain Sommet de la Francophonie prévu en octobre au Cambodge. Qu’est-ce qu’un entrepreneur de son envergure pourrait y dire sur ce sujet ?
Hiridjee répond avec une précision d’architecte financier. Il prend un exemple concret, tiré de son propre carnet de projets : une centrale hydroélectrique de 600 millions d’euros, montée en partenariat avec EDF et Africa 50 – « un investissement sur 25 ans » – pour laquelle les taux d’emprunt sont, dit-il, « aberrants ».

Sa feuille de route pour améliorer la situation tient en trois points.
 Premier impératif : « Il faut absolument redevenir très sérieux sur les coûts de financement. »
 Deuxième levier : les garanties de première perte – les « Guarantees First Loss » – qu’il qualifie d’« indispensables », de même que les mécanismes de financement concessionnaire.
 Troisième piste, qui lui tient particulièrement à cœur : le crédit carbone. « Ce mécanisme a commencé à s’ouvrir sur l’Afrique à hauteur de 5 % des effacements qui doivent être faits en Europe. Je pense qu’il faudrait aller beaucoup plus loin et être beaucoup plus ambitieux. Pour lui, ce triptyque – taux raisonnables, garanties publiques, marché carbone ouvert – permettrait de « faire des choses formidables ».

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Francophonie : « Nous avons besoin
de nous réapproprier notre narratif »

Sur la Francophonie, Hassanein Hiridjee ne se contente pas de répondre par une posture institutionnelle. Il révèle un engagement personnel fort, à travers la Fondation H – fondation d’art contemporain qu’il a créée à titre personnel, avec un ancrage à Paris (rue d’Auteuil) et à Madagascar – dédiée aux résidences d’artistes, à la formation de la jeunesse et aux projets de co-création entre Europe et Afrique.

« Pour moi, c’est très important de créer ce pont entre l’Europe et l’Afrique. La francophonie est un des accélérateurs pour cela. » Et d’aller plus loin dans le diagnostic : « En Afrique, nous avons besoin de nous réapproprier notre identité, de nous réapproprier notre narratif, de nous projeter. »

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Culture africaine et télécoms : ouvrir
les plateformes aux artistes locaux

Jean-Michel HUET, Président de la commission Digital du CIAN, pose la dernière question de cette séquence. Il rappelle que la culture africaine ne représente que 2 % du marché culturel mondial, et demande comment un opérateur comme Axian – au-delà du mécénat – peut concrètement aider les artistes africains à vivre de leur art.

Hassanein Hiridjee répond par du concret. La première piste est opérationnelle : Axian ouvre ses plateformes numériques – ses « Super Apps », accessibles depuis n’importe quel smartphone – aux créateurs locaux, qui sont invités à « enrichir de façon rémunérée » ces plateformes de contenu local. « Nous créons avec des acteurs locaux des initiatives pour qu’ils viennent enrichir nos plateformes. » La pénétration mobile du groupe, sur plusieurs marchés africains, fait de ces Super Apps un vecteur de diffusion massive pour les artistes, là où les circuits classiques de distribution sont défaillants.

La deuxième piste est réglementaire. Hassanein Hiridjee évoque un projet, dont il dit avoir déjà parlé aux autorités françaises, qui permettrait de mobiliser les diasporas africaines en France pour financer la création culturelle africaine à une échelle significative.

Ainsi, qu’il parle d’hydrogène ou d’hydroélectricité, de pylônes en RDC ou de Super Apps culturelles, Hassanein Hiridjee aura livré, au fil de ce déjeuner, le portrait d’un entrepreneur qui ne dissocie pas la stratégie de groupe de l’ambition continentale. Sa conclusion sur la francophonie résume peut-être le mieux l’esprit de ses interventions : « La francophonie, c’est un accélérateur. Et nous avons besoin de nous projeter. »

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RÉSERVEZ LA DATE

La XXIIe Conférence des Ambassadeurs de Paris (CAP 22)
se tiendra le mardi 12 mai (18 h - 20 h).

Thème : Focus sur les atouts économiques de la Tunisie

Avec la participation confirmée de Son Excellence
M. Dhia KHALED, Ambassadeur de la Tunisie en France

Son Excellence Dhia KHALED, Ambassadeur de la Tunisie en France, durant son propos liminaire à l’ambassade de Tunisie, à l’occasion de la cérémonie des vœux de l’Alliance des Patronats francophones, le 22 janvier 2026. Photo © APF

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Plus d’informations prochainement.

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Contact partenariats et candidats panélistes :
alfred.mignot@africapresse.paris

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