Guila Clara KESSOUS, artiste de l’Unesco pour la Paix : « La résolution “Femina Pax” que nous présentons en mars à l’ONU, propose un minimum de 30 % de femmes à toutes les négociations diplomatiques »
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Entretien par Alfred MIGNOT, Directeur de AfricaPresse.Paris (APP)
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APP – En votre qualité d’Artiste de l’UNESCO pour la Paix et d’Ambassadrice de la Paix, vous promouvez la résolution « Femina Pax » qui sera présentée lors de la 61e session du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU, à Genève en mars 2026. De quoi s’agit-il ?
Guila Clara Kessous – Je propose une résolution pour corriger l’absence quasi totale des femmes dans les processus de paix internationaux.
Malgré leur rôle central dans les sociétés touchées par les conflits, les femmes restent trop souvent exclues des décisions. Cette mesure permettra de renforcer l’efficacité et la légitimité des accords de paix.
Je souhaite instaurer un quota minimum de 30 % de femmes à toutes les tables de négociation diplomatique. Je présenterai cette initiative lors de la session du Conseil des droits de l’homme à l’ONU, en mars. Mon objectif est de reconnaître les femmes non seulement comme parties prenantes, mais comme véritables décideurs de la paix.
APP – Quelle est la situation actuelle de la présence des femmes dans les négociations diplomatiques ?
Guila Clara Kessous – La situation actuelle est profondément préoccupante. Les femmes représentent plus de la moitié de la population mondiale et jusqu’à 80 % des victimes de conflits, y compris les enfants, et pourtant leur présence dans les négociations diplomatiques reste catastrophiquement faible.
Entre 1992 et 2019, elles n’ont représenté que 13 % des négociateurs, 6 % des médiateurs et 6 % des signataires d’accords de paix. Cela montre que, malgré leur rôle central dans les sociétés touchées par les conflits, les femmes sont encore largement exclues des décisions qui façonnent l’avenir de la paix. C’est pour corriger cette injustice que je propose des mesures concrètes pour assurer leur participation effective et équitable.
APP – Quels sont vos arguments en faveur de la participation accrue des femmes aux processus de décision diplomatiques ?
Guila Clara Kessous – Mes arguments en faveur de la participation accrue des femmes aux processus de décision diplomatiques reposent sur leur capacité à transformer les négociations. Leur implication apporte des perspectives différentes, favorise des solutions plus justes et inclusives, et contribue à renforcer la légitimité des accords.
Des études montrent que lorsque les femmes sont impliquées, les accords ont 35 % de chances supplémentaires de durer sur le long terme. Leur présence améliore la représentation des besoins de toutes les populations, en particulier des groupes souvent marginalisés. Promouvoir leur participation, c’est respecter les principes d’égalité et de justice tout en construisant une paix durable et inclusive.
APP – Votre initiative est-elle soutenue par des personnalités françaises et internationales ?
Guila Clara Kessous – Oui, notre initiative bénéficie du soutien de plusieurs personnalités françaises et internationales de premier plan.
Bruno Fuchs, président de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale française, a souligné que les femmes abordent la résolution des conflits différemment, en privilégiant le dialogue, le compromis et la solidarité, plutôt que la force et la violence.
Sanam Naragi-Anderlini, architecte principale de la résolution 1325 du Conseil de sécurité de l’ONU, a rappelé l’importance d’intégrer systématiquement les femmes bâtisseuses de paix. Elle a mis en avant que leur présence change la substance des conversations, se concentre sur les coûts humains et contribue à reconstruire la cohésion sociale, passant du « partage de pouvoir » au « partage de responsabilités ».
Nanette Lafon-Dufour, présidente du Women’s Forum for the Economy and Society, a établi un parallèle avec le monde de l’entreprise, où la présence de femmes (notamment 30 %+) améliore la gouvernance, l’innovation et la résilience. Elle a également cité des études montrant que les accords de paix incluant des femmes ont 35 % plus de chances de durer au moins quinze ans, soulignant le pragmatisme et la gestion des risques.
Dr. Aurora Martin, vice-présidente de l’Institut international pour la sécurité humaine, a noté que les conflits modernes ciblent les civils, faisant des femmes des actrices centrales plutôt que de simples victimes. Elle a affirmé que les exclure affaiblit le dialogue interculturel et la qualité des décisions.
Enfin, Corinne Lepage, ancienne ministre française de l’Environnement, a exprimé son soutien, alignant cette initiative sur les principes de la résolution 1325 et soulignant son importance pour répondre aux défis environnementaux et climatiques.
Texte en couleur ROUGE
APP – Voulez-vous nous faire connaître les détails de la résolution "Femina Pax", ses ambitions et propositions ?
Guila Clara Kessous – La résolution "Femina Pax" a été conçue pour transformer réellement la manière dont la paix est négociée et mise en œuvre. Elle propose un quota minimum de 30 % de femmes dans toutes les délégations de négociations de paix, afin de garantir que leur voix et leur expertise soient systématiquement représentées.
Elle prévoit également un financement accru des organisations féminines locales, qui sont souvent les premières à agir sur le terrain et à maintenir la cohésion sociale dans les contextes de conflit. La participation de la société civile est un autre pilier central, pour s’assurer que la construction de la paix ne se limite pas aux seuls intérêts des élites, mais reflète les besoins de l’ensemble de la population.
Pour assurer le suivi et la responsabilité, la résolution propose la mise en place d’un mécanisme annuel dirigé par l’ONU afin d’évaluer la conformité et les progrès. Elle inclut également des programmes robustes de formation et de mentorat pour les femmes négociatrices, répondant à l’argument souvent avancé du "manque de femmes « formées ».
Enfin, cette résolution n’est pas un geste symbolique d’inclusion : il s’agit d’une question d’égalité, de justice et d’efficacité concrète, car les expériences passées montrent que la participation des femmes renforce la durabilité et la qualité des accords de paix.
APP – Quels types d’actions déployez-vous pour promouvoir votre cause ?
Guila Clara Kessous – Pour promouvoir ma cause, j’adopte une approche que j’intitule « entrepreneuriat diplomatique », qui combine créativité, engagement social et stratégies collaboratives. J’utilise l’art comme vecteur de dialogue et de transformation : théâtre, danse ou mode deviennent des outils de catharsis, de sensibilisation et d’engagement des jeunes, à l’image de la robe Valentino pour la paix ou du projet Women on Rope, qui portent des messages universels de réconciliation et d’inspiration.
Parallèlement, j’implique le secteur privé en créant des peace labels pour les entreprises favorisant la collaboration entre populations en conflit, en mettant l’accent sur l’intelligence du cœur et des indicateurs comportementaux clés (KBI), afin de transformer l’activité économique en moteur de cohésion.
Je développe également des alliances entre femmes influentes à l’échelle internationale, comme les Accords Sarah et Hajar, pendant féminin des Accords d’Abraham, pour créer un langage universel et une action commune, fondée sur la coopération plutôt que sur la confrontation.
En combinant ces approches – artistique, économique et féminine – je génère un impact culturel, social et diplomatique, mobilisant des acteurs divers autour d’une vision commune de paix et de collaboration.
APP – Quels pays vous soutiennent le plus activement ?
Guila Clara Kessous – Plusieurs pays soutiennent ou s’intéressent activement à ma démarche, à différents niveaux. L’Italie fait partie des États où la question est actuellement à l’étude par les autorités, à la suite du prix Woman of the Decade que j’ai reçu des mains de la Première Dame d’Italie, Laura Mattarella, lors du Women Economic Forum. Les Pays-Bas ont également été sollicités à la suite de mon intervention au congrès International Women’s Peace Conference du 10 décembre dernier.
Le Maroc constitue un pays clé, en raison des soutiens institutionnels et sociétaux forts dont je bénéficie, notamment au travers des réseaux féminins avec lesquels je travaille, en résonance avec la volonté de Sa Majesté Mohammed VI de réformer la Moudawana, le code de la famille.
D’autres pays ont été approchés dans une dynamique d’élargissement et de coopération internationale. Le Brésil occupe une place importante, puisque le forum Femina Vox se tiendra le 16 mars prochain dans l’État du Mato Grosso do Sul. Des échanges ont également été engagés avec l’Espagne, l’Albanie, le Sénégal, le Viet Nam, la Côte d’Ivoire, le Congo ainsi que Monaco, dans une logique de dialogue, de partenariats et de construction d’actions communes à l’échelle régionale et internationale.
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Site Femina Vox : https://www.feminavoxforum.com/
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