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Grace Lokimbango, Adjointe au Maire de Longjumeau : « Il faut que la diaspora africaine prenne sa place en France »

10 juin 2026
Grace Lokimbango, Adjointe au Maire de Longjumeau : « Il faut que la diaspora africaine prenne sa place en France »
Grace LOKIMBANGO, Adjointe au Maire de Longjumeau, est Secrétaire générale du Collectif des élus français originaires du Congo-Kinshasa (CEFOCK) et Déléguée générale de l’Association des jeunes élus de France (AJEF). Photo © DR - CLIQUER SUR L’IMAGE POUR L’AGRANDIR.
Grace Lokimbango, jeune élue locale, était parmi les représentantes des diasporas africaines accompagnant la ministre Éléonore Caroit au sommet Afrique-France de Nairobi (Kenya), les 11 et 12 mai derniers. Elle nous fait part de ses impressions sur ce Sommet « Africa Forward », avec sa vision et aussi ses projets.

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Propos recueillis par Denis DESCHAMPS pour Africapresse.paris (APP)

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APP – Voulez-vous nous partager votre parcours ?

Grace Lokimbango – Je suis native (1998) de Longjumeau, dans l’Essonne, en banlieue parisienne. Depuis 2026, j’en suis la Maire-adjointe chargée de l’égalité femmes-hommes et de la démocratie locale, après avoir été élue conseillère municipale en 2022.

En me fondant sur mes études en droit et gestion, puis en sciences politiques à l’Université Paris Nanterre, dont j’ai été diplômée en 2025, j’ai cofondé avec un associé un Institut de formation des élus (IHEG – Institut des hautes études de gouvernance), à partir de mes différentes expériences pratiques dans ce domaine : formation électorale à Lubumbashi et à Kinshasa en République démocratique du Congo, en 2022 ; participation à la Conférence ADWIN organisée en Côte d’Ivoire en 2025 par l’ancienne ministre Élisabeth Moreno.

Depuis 2023, je suis déléguée générale de l’Association des jeunes élus de France (AJEF), qui regroupe plus de 500 élus âgés de 18 à 35 ans. Je porte également, au sein du Collectif des élus français originaires du Congo-Kinshasa (CEFOCK), plusieurs programmes de formation, de mentorat et de leadership destinés à la jeunesse et aux femmes afrodescendantes.

Mon engagement vise en effet à favoriser leur accès aux responsabilités publiques, à encourager leur participation à la vie politique et citoyenne, et à faire émerger une nouvelle génération d’actrices engagées pour le renforcement des liens entre la France et le continent africain, sans renoncer pour autant à la richesse de leurs identités culturelles.

APP – Qu’est-ce donc qui vous agit, quelle est votre motivation ?

Grace Lokimbango – Ma volonté est d’être une réponse pour les autres, en tant que femme noire et aussi en tant qu’élue. Je crois en effet que nous devons occuper l’espace politique et je veux donc pouvoir servir de « passerelle », de courroie de transmission à celles et ceux qui veulent s’investir en politique.

Le travail que je réalise avec le CEFOCK et l’AJEF m’a ainsi permis d’être sélectionnée avec neuf autres femmes de la diaspora (avec des profils très différents : pouvoir économique, showbiz, culture…) pour accompagner la ministre Éléonore Caroit au Sommet « Africa Forward », qui s’est tenu à Nairobi, au Kenya.

Dans le cadre de ce Sommet Afrique-France selon sa nouvelle formule, j’ai pu intervenir à la fois en tant que jeune élue et aussi au titre de mon héritage personnel, dans des échanges avec la ministre et d’autres participants sur le renforcement des liens entre l’Afrique et l’Europe, notamment à travers des projets de coopération décentralisée.

APP - Quel est votre ressenti par rapport au Sommet de Nairobi ?

Grace Lokimbango – L’enjeu désormais est de transformer ces espaces d’échanges du Sommet « Africa Forward » en actions concrètes et durables. J’ai de fait vécu ce Sommet comme une expérience particulièrement enrichissante, notamment parce que nous n’y étions pas de simples observateurs.

Grace Lokimbango. Photo © DR

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Ce que je retiens aussi, c’est la manière dont notre double culture, et parfois notre double appartenance, a été considérée non pas comme une ambiguïté, mais surtout comme un atout pour faciliter le dialogue entre les deux continents.
Sous l’impulsion de la ministre Éléonore Caroit, la délégation diaspora a en effet été pleinement associée aux différents temps du Sommet. Nous avons ainsi eu de véritables espaces d’expression et de contribution, et nous avons pu intervenir dans le cadre du Forum Jeunesse et Économie, sur des sujets concrets comme les transferts de compétences, l’entrepreneuriat, la mobilité ou encore le renforcement des liens entre l’Afrique et l’Europe.

Au-delà, ce Sommet s’inscrit dans une dynamique plus large de renouvellement des relations Afrique-France, avec une attention particulière portée aux jeunesses et aux diasporas, désormais envisagées comme des forces de proposition à part entière.

APP - La diaspora africaine a donc un rôle à jouer ?

Grace Lokimbango – Je pense que la diaspora est "un pont" entre la France et l’Afrique. J’utilise volontairement ce terme de “pont”, même s’il est parfois galvaudé, car il traduit malgré tout une réalité concrète : celle de circulations humaines, économiques, culturelles et intellectuelles entre ces deux espaces.

On peut d’ailleurs faire un parallèle avec la construction européenne. L’Union européenne s’est d’abord bâtie sur des logiques économiques et de coopération progressive, avant de devenir un projet politique plus intégré. De la même manière, les diasporas peuvent contribuer à faire émerger une forme de coopération plus structurée entre l’Afrique et l’Europe, fondée sur des intérêts partagés et des dynamiques concrètes.

Mais pour que cela fonctionne réellement, il faut sortir d’une logique sans doute encore trop verticale dans les relations entre la France et l’Afrique. Le lien ne peut plus être uniquement descendant. Il doit davantage reposer sur des échanges réciproques, où les initiatives viennent aussi des territoires, des acteurs économiques, et des dynamiques portées par les diasporas elles-mêmes.

Cela suppose également de dépasser la seule lecture institutionnelle des relations entre la France et l’Afrique, pour reconnaître ce qui se construit déjà sur le terrain : des circulations de compétences, des initiatives entrepreneuriales et des trajectoires de retour qui, concrètement, redessinent les liens entre les deux continents.

APP – Comment faire de la diaspora une véritable « force » ?

Grace Lokimbango – En assumant pleinement la culture de la diaspora comme une ressource politique, économique et symbolique.
La restitution des œuvres d’art a, par exemple, ravivé une fierté et une conscience historique. Elle rappelle que la culture n’est pas secondaire : elle structure notre rapport au monde et notre manière d’agir.

C’est aussi ce qu’on observe avec des industries culturelles comme Nollywood, qui montrent la capacité des cultures africaines à produire des récits, des imaginaires et des économies puissantes, y compris au niveau international. En France aussi, ces dynamiques doivent être mieux reconnues et accompagnées.
Mais cette force culturelle ne peut exister que si elle s’appuie sur une vraie connaissance de son histoire et de ses origines, afin de mieux se situer entre plusieurs mondes et d’y agir de manière utile et constructive.

Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères travaille désormais de manière plus structurée et directe avec les diasporas, en les associant davantage aux réflexions et aux échanges sur les politiques de coopération.
Dans cette logique, je pense qu’il est essentiel d’éviter de créer une structure spécifique dédiée aux diasporas, qui risquerait de les isoler dans une catégorie à part, alors qu’elles doivent au contraire être pleinement intégrées dans les dynamiques générales de coopération et de politique publique.

APP – Pour conclure, quel est votre projet ?

Grace Lokimbango – Je cherche d’abord à être utile aux autres, en particulier à celles et ceux qui en ont le plus besoin. C’est aussi ce qui guide mon engagement dans la formation et l’accompagnement, à travers les projets que je développe.
Cela m’amène à travailler sur des solutions concrètes pour favoriser l’engagement citoyen et politique, notamment des personnes issues des diasporas africaines, dont la représentation dans les institutions reste encore trop limitée et insuffisamment visible.

Je crois profondément que chacun doit pouvoir trouver sa juste place dans la vie publique. Les diasporas africaines font pleinement partie de la société française et doivent pouvoir y être représentées à la hauteur de leur contribution et de leur réalité.

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* Grace LOKIMBANGO, Adjointe au Maire de Longjumeau, est Secrétaire générale du Collectif des élus français originaires du Congo-Kinshasa (CEFOCK) et Déléguée générale de l’Association des jeunes élus de France (AJEF).

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