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Germain E. MEBA, président de la CCI du TOGO : « Le climat des affaires dans notre pays a totalement changé »

24 juin 2019
« Aujourd’hui, en moins d’une journée, on est capable de créer son entreprise au Togo », affirme Germain Essohouna MEBA © Benjamin Reverdit
Selon le président de la Chambre de commerce et d’industrie du Togo (CCIT), Germain Essohouna MEBA, l’accalmie socio-politique que connaît, depuis quelques mois, le Togo a permis une reprise économique et le retour des investisseurs. Comme en témoigne le premier Forum économique Togo-Union européenne qui vient de se dérouler les 13 et 14 juin à Lomé. Entretien exclusif avec ce haut représentant de l’économie togolaise.

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Propos recueillis à Lomé par Bruno Fanucchi, pour AfricaPresse.Paris (AP.P)
@PresseAfrica

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Ce Forum économique Togo-Union européenne constitue, selon vous, une grande première ?

Germain Essohouna MEBA - Nous rêvions pendant longtemps d’un vrai partenariat public-privé au Togo. Depuis un an, un cadre de concertation a été mis en place et a travaillé. Ce Forum vient concrétiser tous ces efforts car nous avons établi une vraie collaboration entre le public et le privé, entre nos gouvernants et les acteurs du secteur privé.

Si nous faisons un bilan de ce Forum, nous avons une grande participation des opérateurs économiques togolais et de l’Union européenne. Quoi de plus noble que de saisir cette opportunité en vue de faire des affaires ensemble.
Car faire des affaires, c’est le « b-a ba » des opérateurs économiques pour dégager du profit et gagner de l’argent. S’il n’y avait pas d’événements comme ce Forum qui permettent de nouer des relations économiques, aucun pays ne pourrait se développer réellement car c’est le secteur privé qui est créateur de richesses. Tous ces forums sont donc les bienvenus.

Vous êtes vous-même dans quel secteur d’activités ?

Germain Essohouna MEBA - Je suis le directeur général de la société CIB-INTA (Carrefour Informatique et Bureautique – Institut des Nouvelles Technologies Appliquées), qui est spécialisée dans les TIC. Présente sur toute l’étendue du territoire, elle emploie plus de 250 salariés. Nous évoluons aussi dans bien d’autres secteurs et dans le BTP. C’est dire la diversité de mes activités.

« Aujourd’hui, en moins d’une journée,
on est capable de créer son entreprise »

Pourquoi les autorités togolaises vous semblaient-elles un peu sourdes jusqu’à présent aux cris d’alarme du secteur privé ?

Germain Essohouna MEBA - Le climat socio-politique ne permettait pas de développer de vraies relations public-privé. Mais l’accalmie que nous connaissons depuis un certain temps me semble plus propice à l’amélioration du climat des affaires. Je pense que le chef de l’État a entendu ces cris d’alarme lancés par les opérateurs économiques pour que nous puissions collaborer ensemble et nous a tendu cette perche à travers ce cadre de concertation mis en place pour résoudre notre problématique.

Avant, nous étions comme des orphelins, mais nous sommes aujourd’hui enfin beaucoup plus entendus par les autorités publiques, par nos gouvernants. Ce climat va permettre un développement économique plus serein. Il fallait aussi mettre en place des agrégats économiques comme le guichet unique du commerce intérieur, le guichet unique du commerce extérieur, etc.

Le gouvernement a balisé tout cela et, aujourd’hui, en moins d’une journée, on est capable de créer son entreprise au Togo. Le guichet unique permet de sortir son container du port de Lomé en 48 ou 72 h, alors qu’il fallait auparavant au moins deux semaines pour y parvenir, sans compter les « faux frais » - on va dire cela pudiquement – qui s’y ajoutaient... Aujourd’hui, on est à l’aise. Les choses sont claires. Le climat des affaires a totalement changé au Togo.

Donnez-nous en des exemples concrets et précis…

Germain Essohouna MEBA - Ce matin même, j’ai donné mon « connaissement » au transitaire et je suis resté dans mon coin. Avant, il fallait aller tout contrôler sur place et essayer de trouver un agent des douanes pour lui « graisser la patte ». Ces pratiques sont révolues.
On vient également de voter un nouveau Code des investissements qui est attractif et qui permet encore de booster l’économie togolaise. Nous avons été conviés à l’élaboration de ce Code en tant que secteur privé. Que le gouvernement tienne à nous consulter avant d’agir, c’est un signe très positif et cela nous réconforte.

Quels sont les secteurs clés dans lesquels il faut investir aujourd’hui au Togo ?

Germain Essohouna MEBA - Les secteurs qui peuvent bien marcher sont ceux liés à l’énergie renouvelable, au BTP et aux infrastructures bien entendu. Et l’agriculture, bien sûr, puisque le Togo est un pays agricole à 65 %. Investir dans l’agriculture constitue donc une grande opportunité. La CCI du Togo ambitionne d’ailleurs de mettre en place un agropôle pilote pour produire et exploiter le coton. Comme l’État a déjà mis en place un plan pour 65 milliards de francs CFA. Il y a donc de réelles opportunités dans ces agropôles.

Vous êtes donc un patron heureux et épanoui ?

Germain Essohouna MEBA - C’est exact. Lorsque tout bouge, l’opérateur économique trouve son compte, c’est clair, et peut dormir tranquille. Quand vous avez 250 salariés, il faut leur verser des salaires. Si on te dit demain que ton entreprise ne marche pas, vous n’allez plus dormir... A l’heure où on parle de plus en plus de RSE (responsabilité sociétale de l’entreprise), si une entreprise n’est pas dynamique et performante, ne trouve pas son compte, elle ne sera pas à même de remplir ses obligations. C’est pour cela qu’il est également très important d’améliorer le climat des affaires.

« Je dis aux Français : votre place est là ! »

Ce Forum a donc vraiment changé la donne ?
Germain Essohouna MEBA -
C’est véritablement pour moi un événement inédit et spécial qui a changé la donne au Togo, car cela a créé une parfaite collaboration entre le secteur public et le secteur privé. Pas plus tard que dimanche dernier, le ministre de l’agriculture est venu avec moi pour rencontrer un fonds d’investissement en vue de soutenir certaines entreprises. Cette démarche est nouvelle car nous faisons un métier à risques. Les plus hautes autorités de l’État ont donné la consigne de faire en sorte que les problématiques du secteur privé soient prises en compte.

C’est nouveau. Ils doivent être à l’écoute du secteur privé et c’est une très bonne chose. Autre nouveauté importante à vous signaler, c’est la création d’une Chambre de commerce Euro-Togo, qui va permettre de donner un signal fort à l’étranger. Il est vrai que la CCI du Togo – partenaire privilégiée de tout opérateur économique - est toujours prête, mais le fait d’avoir désormais une Chambre européenne va accroître notre force de frappe...

Avez-vous un dernier message à l’adresse des investisseurs français voulant réaliser des affaires au Togo ?

Germain Essohouna MEBA - En qualité d’ancien président de la CPCCAF (Conférence permanente des Chambres consulaires d’Afrique francophone), j’ai constaté une certaine frilosité des opérateurs économiques européens vis-à-vis de l’Afrique en général et de l’Afrique de l’Ouest en particulier, où la situation leur semble risquée. Mais un adage bien connu dit : « Qui ne risque rien n’a rien ! ». Or le fait de laisser la place aux Asiatiques va un jour se retourner contre eux et ils vont l’apprendre à leur dépens. L’Afrique et mon pays le Togo restent pourtant le cadre privilégié pour venir investir ici.

Dans les années 1974 à 1986, les entreprises françaises étaient vraiment présentes au Togo. Puis il y a eu des événements socio-politiques... Mais je ne crois pas - quand votre ami a des difficultés - qu’il faille le lâcher ! Bien au contraire.
Nous partageons la même langue, c’est un grand facteur d’intégration. Nous sommes de surcroît liés à la France par des années d’histoire. Les Français sont des partenaires naturels.

Diriez-vous qu’il ne faut pas laisser l’Afrique, et notamment le Togo, aux Chinois, même s’ils ont le droit d’y investir aussi ?

Germain Essohouna MEBA - Je ne veux pas le dire ainsi car cela va décourager la Chine et les Chinois d’investir chez nous, mais la nature a horreur du vide et je dis aux Français : votre place est là ! Et je rappelle à tous les choses essentielles qui nous lient : la langue, la culture et le droit. Dans les contrats que nous signons avec des opérateurs économiques français ou européens, tout est clair, il n’y a pas de vice caché ou de querelles d’interprétation. Nous serions donc plus à l’aise de collaborer avec l’Europe et la France !

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