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Thierry Fabre –

Genèse et devenir du MuCEM, futur musée - cité culturelle EuroMed de Marseille

Tous pays EUROMED-AFRIQUE | 10 novembre 2012 | src.LeJMED.fr
Marseille -

Entre ville et mer, à l’entrée du Vieux-Port de Marseille, le MuCEM – Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée – ouvrira ses portes en 2013, année durant laquelle Marseille sera capitale européenne de la culture.

Thierry Fabre, essayiste et créateur des Rencontres d’Averroès, a accompagné la définition de ce grand projet culturel pour la Méditerranée depuis la première réunion du conseil scientifique du MuCEM, en 2000. Fervent défenseur de la nécessité d’inventer un musée d’un nouveau type qui offre un regard neuf sur les cultures en Méditerranée, qui donne à mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons et qui redonne une place centrale à la Méditerranée au plan international, Thierry Fabre, aujourd’hui responsable de la programmation et des relations internationales du MuCEM, rappelle pour LeJMED.fr la genèse du projet, dresse l’état d’avancée de la future programmation du lieu, et commente le dessein de cette véritable cité culturelle, ouverte aux grands débats, et qui ouvrira ses portes en 2013 , année où Marseille-Provence sera capitale européenne de la Culture.

Photo ci-dessus : Thierry Fabre, essayiste et créateur des Rencontres d’Averroès, responsable de la programmation et des relations internationales du MuCEM de Marseille. © Nadia Bendjilali, juin 2011


Première mise en ligne le 7 juillet 2011


Un entretien exclusif,
par Nadia Bendjilali pour LeJMED.fr


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Maquette du site du MucEM, à proximité du Fort Saint-Jean, à l’entrée du Vieux-Port de Marseille © Agence Ruddy Riciotti

LeJMED.fr – Jamais aucun musée au monde n’avait été consacré aux cultures de la Méditerranée. Ce sera chose faite en 2013, avec l’ouverture du MuCEM. Voulez-vous nous raconter la genèse de ce musée et votre implication dans ce musée tourné vers la Méditerranée, son histoire, ses sociétés et son patrimoine ?

Thierry FABRE – Le MuCEM est un grand projet pour la Méditerranée. C’est un musée ouvert, qui s’engage « dans une politique de l’esprit qui ne vise pas à des fins européennes à organiser le reste du monde » (Paul Valéry),et qui dessine un horizon pour les deux rives de la Méditerranée.

J’ai d’abord travaillé en 2002 et 2003, comme conseiller, sous la direction de Michel Colardelle, autour du projet de décentralisation à Marseille du musée des Arts et traditions populaires de Paris. Mais mon souhait ardent, partagé par d’autres membres du conseil scientifique du MuCEM, était de recentrer ce projet sur les civilisations de la Méditerranée, donc de conduire une métamorphose et non simplement une translation de ce musée national.

De 2003 à 2008, le projet du MuCEM est resté entre parenthèses, à la suite de différentes hésitations. En 2009, la mise en place d’une association de préfiguration du musée et la nomination d’un nouveau directeur, Bruno Suzzarelli, a relancé la création du MuCEM. Sollicité par Marie-Christine Labourdette, directrice des Musées de France, pour apporter ma contribution à la réflexion, j’ai remis un rapport en octobre 2009 qui s’appelle : « De nouveaux horizons pour un musée sans rivages ».

Ce rapport tente de ré-ancrer le musée dans les civilisations de la Méditerranée, de dire pourquoi c’est primordial et de proposer des grandes lignes de programmation, exception faite de la partie centrale d’un musée qui relève de la conservation de musée et qui est hors de mon champ de compétences.

Lors de la pose de la première pierre du MuCEM par le Ministre de la Culture et de la Communication, Frédéric Mitterrand, fin novembre 2009, la vocation euro-méditerranéenne du musée a clairement été indiquée. Sur proposition de Bruno Suzzarelli, j’ai été nommé responsable des programmations et des relations internationales.


LeJMED.fr – Quelles sont précisément vos missions ?

Thierry FABRE – Au sein de ce grand projet culturel pour la Méditerranée, mes missions principales sont au nombre de quatre : une mission générale de programmation autour des expositions inaugurales en 2013, année où Marseille sera capitale européenne de la culture et où le MuCEM ouvrira ses portes au public. Trois expositions seront présentées dans le bâtiment de Rudy Ricciotti lors de l’année d’ouverture : « Au bazar du genre, féminin/masculin » (au deuxième niveau, sur 500 m2), « Mer Méditerranée, mer fécondante » (dans les galeries thématiques du premier niveau) et « Le Noir et le Bleu, un rêve méditerranéen » (au deuxième niveau, sur 1 500 m2).

Le MuCEM est un musée des civilisations du XXIe siècle. Il faut imaginer un nouveau visage de musée, dépassant les frontières habituelles entre domaines et disciplines, ouvert aux grands débats intellectuels, scène des pratiques artistiques méditerranéennes et aussi musée imaginaire où le regard se conjugue à l’écoute, au sentir et au toucher.

À partir de 2014, le musée présentera chaque année deux grandes expositions temporaires (sur 1500 m²) et deux expositions de taille moyenne (sur 500 m²) qui seront accompagnées de moments de rencontres, de débats, mais aussi des concerts et spectacles. D’ores et déjà, dans le cadre de la préfiguration du MuCEM, nous organisons des cycles de rencontres-débats, les Mardis du MuCEM.
Ces rendez-vous réguliers, chaque premier mardi du mois, d’octobre à juin, sont conçus comme des moments qui éclairent les grands enjeux méditerranéens du XXIe siècle, en présence d’intervenants prestigieux qui viennent partager leurs savoirs et débattre avec le public. Un premier cycle vient de se terminer mais nous avons décidé, au vu de l’actualité liée aux bouleversements liés aux « printemps arabes », de le compléter par une rencontre, le 5 juillet dernier, autour de la thématique « Tunisie, le temps des libertés ? » Le prochain cycle débutera à la rentrée et abordera notamment les grands enjeux des mémoires, ces questions seront mises en débat dans la perspective de les dénouer, avec comme horizon une Méditerranée pleinement réconciliée.

Mon second axe de travail est d’accompagner le développement des propositions culturelles autour de l’image. Une collaboration avec l’Institut National de l’Audiovisuel (INA) se construit autour d’un projet « MedInatec » de valorisation des archives audiovisuelles de la Méditerranée, que l’on pourra découvrir sous une forme originale au MuCEM. Une belle salle de 350 places, équipée en 35 mm, nous permettra de proposer des cycles de cinéma documentaire et de fiction, en collaboration avec les cinémathèques et les acteurs œuvrant dans ces champs à Marseille et dans le pourtour méditerranéen.


Un projet qui enthousiasme aussi au Sud

Ma mission internationale, quant à elle, vise à construire des liens avec des partenaires institutionnels et non institutionnels de la Méditerranée.
En décembre 2010, nous avons commencé par une mission à Alger : Yves Aubin de la Messuzière, Président de l’association de préfiguration du MuCEM, Bruno Suzzarelli et moi-même y avons rencontré la Ministre de la Culture, Mme Khalida Toumi, enthousiaste à l’idée d’un tel musée à Marseille, et les responsables institutionnels algériens comme l’Agence pour le Rayonnement culturel de l’Algérie (AARC), le Musée d’Art moderne d’Alger (MAMA), ou encore le CNRPAH (Centre national de recherches préhistoriques anthropologiques et historiques).
J’ai ensuite été convié à Alexandrie en avril 2011 pour participer à la deuxième édition du Forum « Écrire la Méditerranée » coorganisé par l’Institut français d’Égypte et la Bibliotheca Alexandrina, avec le soutien du Centre Méditerranéen de Littérature et de la Fondation Anna Lindh, et nous avons échangé sur des perspectives de collaboration entre le MuCEM et la nouvelle Bibliothèque d’Alexandrie.

Cela dit, à l’heure où les bouleversements sont en cours dans ces pays, il va de soi que la priorité des acteurs institutionnels est à la construction de leur avenir. Mon travail consiste donc à poursuivre le maillage d’un réseau méditerranéen et à recenser les acteurs (institutionnels, opérateurs, membres de la société civile, chercheurs) avec lesquels des échanges seront possibles dans l’avenir. Enfin, j’ai la grande joie de piloter une équipe qui porte le projet de la première grande exposition temporaire du MuCEM.


LeJMED.fr – Vous êtes donc en charge de la conception et du commissariat général de l’exposition d’ouverture du MuCEM en 2013 "Le Noir et le Bleu : un rêve méditerranéen". Que peut-on en dire, à ce jour ?

Thierry FABRE – Il se trouve que l’idée de civilisation et de Méditerranée sont nées en même temps au XVIIIe siècle, siècle des Lumières. Le Noir et le Bleu, les lumières et leurs ombres, la civilisation et la conquête qui va avec. Le noir et le bleu, c’est indissociablement ce qui peut permettre de comprendre le monde méditerranéen à la fois dans sa dimension imaginaire, solaire, et dans ses aspects tragiques et destructeurs. Aussi, le parcours de cette exposition met en tension cette polarité en proposant aux visiteurs de cheminer en douze moments, de Bonaparte en Égypte jusqu’au rêve d’avenir, en passant par différents temps qui racontent le rêve méditerranéen avec une singularité d’écriture de l’exposition, qui invite à regarder des deux côtés du miroir. Par exemple, quand on regarde Bonaparte en Égypte, on le regarde aussi côté égyptien.
L’idée de cette exposition de civilisations est simple : que ce soit en une demi-heure ou en une heure et demie, notre objectif est que le visiteur qui aura vécu une émotion forte, et que cela lui aura donné à comprendre les configurations du rêve méditerranéen, à travers le temps.


« Le musée, dans mon esprit, est un grand lieu citoyen »

LeJMED.fr– Avec presque 4 000 m² de lieux d’exposition, un auditorium où les propositions culturelles seront variées, un Fort Saint-Jean ouvert à la promenade avec des allées consacrées à la flore méditerranéenne, un café, un restaurant avec vue panoramique, une boutique et une passerelle qui reliera le musée au quartier historique du Panier, le MuCEM est bien plus qu’un musée…

Thierry FABRE – Oui, le musée doit être un lieu vivant. L’idée que le MuCEM soit en fait une Cité culturelle est plébiscitée par les publics qui n’attendent pas seulement des expositions, des collections, mais de découvrir un lieu inscrit dans le « Temps du Monde » comme disait Jacques Berque.

Le musée, dans mon esprit, est un grand lieu citoyen, d’où l’idée de Cité, cette cité qui fait tenir ensemble les différents fragments et qui contribue à « l’être ensemble ». J’aimerais que l’on raconte par exemple l’histoire de tous ceux qui sont passés par le J4, appellation de l’ancien môle portuaire où est en cours de construction le bâtiment du MuCEM : trouver des informations sur leur généalogie, voir des images de leur arrivée, et cela pour inscrire l’institution muséale dans l’histoire de la cité phocéenne.

Le musée des civilisations du XXIe siècle doit donc être être bien plus qu’un lieu savant, il doit être original et novateur comme, par exemple, l’a été le Centre Pompidou lors de son ouverture. Il s’agit d’être à la fois exigeant et généreux pour raconter une histoire qui concerne les Méditerranéens. L’ouverture du premier Musée National qui porte dans son objet même une vocation internationale hors de Paris est de plus un événement majeur en soi.

Enfin, le Monde change. À la bonne heure ! Des pages majeures de l’Histoire sont en train de s’écrire sous nos yeux en Méditerranée. Si d’aventure quelques personnes avaient des doutes sur l’intérêt et la pertinence de créer un musée des civilisations centré sur la Méditerranée, les bouleversements en cours ne font que renforcer l’importance, l’acuité et le sens de ce projet.

Avoir un grand lieu de culture, à Marseille, ouvert sur la Méditerranée, est un signal fort, structurant et puissant pour le monde méditerranéen. Il y a une attente particulière par rapport à Marseille et au MuCEM, celle d’un lieu hospitalier où l’accueil de la pensée des deux rives de la Méditerranée est au centre du projet, où l’arrogance autocentrée n’a pas cours et où l’on choisit de coaliser encore plus l’intelligence.

Entretien exclusif,
par Nadia Bendjilali pour LeJMED.fr


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Et aussi :
- Thierry Fabre, créateur des Rencontres Averroès : « La Méditerranée du XXIe siècle est née » (février 2011)

En savoir plus :
- Sur le projet architectural et le musée : Site du MuCEM
- Sur les Rencontres Averroès, créées par Thierry Fabre
- Au J4, douze chantiers emblématiques des métamorphoses de Marseille 2013
- Sur Marseille-Provence 2013, capitale européenne de la Culture

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