Franky BUNANG (DGA Harvest) à l’Économie Business Summit de Paris : « Le français est une langue d’affaires et doit le rester, on le vit tous les jours »
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Propos recueillis par Bruno FANUCCHI pour AfricaPresse.Paris (APP)
@africa_presse
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APP – Vous êtes un homme d’affaires et vous venez du Cameroun pour participer à ce Sommet à Paris… Quelle est votre motivation ?
Franky BUNANG - Directeur général adjoint de la société Harvest Asset Management, je suis très content de me retrouver à Paris pour l’EBS (L’Economie Business Summit) dont nous sommes partenaires depuis le début, c’est-à-dire depuis la première édition en 2023 à Yaoundé. Pour accompagner son initiateur Thierry Ekouti, c’est donc la deuxième fois que nous sommes avec lui à Paris.
Avec ce Sommet, le but est de parler justement aux investisseurs étrangers sur la place de Paris pour « vendre » la destination Afrique centrale à travers les produits financiers que nous proposons. Et de leur dire qu’au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), beaucoup de choses se font.
APP – Alors comment « vendre » la CEMAC, à Paris précisément ?
Franky BUNANG – Aujourd’hui, on ne réinvente pas la roue. Les marchés financiers existent ici, en Europe, mais l’on essaie de faire comprendre que ces marchés là existent aussi en Afrique centrale. L’information doit être disponible pour les investisseurs.
C’est notre premier défi, mais ce peut-être aussi une opportunité dans la zone CEMAC, où nous intervenons, car notre société de gestion, Harvest Asset Management, gère localement quelque 1 400 milliards de Francs CFA pour nos clients. Et il y a, de surcroît, de plus en plus d’investisseurs issus de la diaspora.
Depuis deux ans déjà, on échange de plus en plus avec des Asset managers en France ou à Londres pour améliorer la destination CEMAC, en vendant notre expertise pour les amener à venir investir sur le Continent et en Afrique centrale en particulier.
Il y a donc de la place pour des sociétés comme la nôtre, pour la création de nouveaux produits d’investissement à capital risque, des fonds d’infrastructure qui permettront de développer et financer des projets sur le long terme.
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« Orienter l’épargne déjà disponible
vers des projets d’infrastructure à impact »
APP – Comme tous les Africains, les Camerounais ne veulent-ils pas avant tout des résultats tangibles et des réalisations concrètes ?
Franky BUNANG – Il y a justement, dans ce but, des experts qui créent des sociétés pour pouvoir le faire et accompagner ainsi efficacement le développement. Aujourd’hui – et c’est une bonne chose – l’épargne est disponible, mais elle est souvent placée en épargne bancaire tout simplement.
Avec des produits innovants, il faut précisément qu’on arrive à déplacer cette épargne, déjà disponible, pour pouvoir l’orienter vers des projets d’infrastructures qui ont de l’impact. Pour financer par exemple des routes qui auront un impact dans la vie de nos compatriotes.
Voilà quelque chose de concret qui peut mobiliser les investisseurs. En voyant ces nouvelles réalisations, ils se disent en effet contents de participer au développement de leur pays. Oui, il y a un sentiment de patriotisme, mais il faut bien entendu, aussi, que ce soit pour eux un investissement pertinent et rentable.
APP – Comment expliquer que de grandes banques françaises, comme la Société Générale, quittent le Cameroun ? N’est-ce pas un paradoxe ?
Franky BUNANG – Cela peut être effectivement perçu comme un paradoxe, mais il y a l’évidence d’une stratégie globale de désinvestissement sur l’Afrique, car la Société Générale ne part pas seulement du Cameroun, mais aussi du Maroc, du Congo et de la Côte d’Ivoire. Ce qui nous rassure d’une certaine manière, ce n’est pas une opération qui cible la CEMAC ni le Cameroun en particulier. C’est simplement une stratégie globale du groupe de se désengager du Continent dans le but de mitiger un certain nombre de risques et de coûts par rapport à leur fonctionnement.
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« Le Cameroun est toujours une terre d’opportunités »
APP – Mais d’autres investisseurs arrivent...
Franky BUNANG – A contrario, il y a en effet d’autres investisseurs qui arrivent, notamment sur l’Afrique centrale. Certes, ce ne sont pas des groupes internationaux comme SG, mais ils sont plus africains. Comme Accès Bank, qui était exclusivement jusqu’à présent au Nigeria, ou comme le groupe NSIA (Banque et Assurances) de Côte d’Ivoire en train d’entrer au Cameroun, où il est annoncé comme un repreneur potentiel de la Société Générale, même s’il est déjà présent chez nous sur le volet Assurances. Cela nous prouve que le Cameroun est toujours une terre d’opportunités.
La Banque centrale BEAC (Banque des États d’Afrique centrale) et la COBAC (Commission bancaire de l’Afrique centrale) ont décidé ces derniers temps d’avoir un agrément unique pour les banques dans le but d’agir sur les six pays de la CEMAC. Cela va pousser d’autres banques à s’installer au Cameroun ou dans notre zone.
APP – Dans votre panel, vous parliez aussi d’éducation financière. C’est-à-dire ?
Franky BUNANG – En termes d’éducation financière, on organise a minima depuis cinq ans un webinaire par trimestre pour parler de questions de gestion de finances, de macroéconomie et, au fil des ans, on a vu s’accroître sérieusement le nombre de personnes qui s’y connectaient. Cela prouve qu’il y avait une attente et que c’est utile.
On mène, par ailleurs, des actions plus ciblées que l’on fait directement via des entreprises. On parle à leur personnel de notions de retraites complémentaires ou de mise en place de plan d’épargne dans le but précisément de préparer leurs retraites. Et l’on constate, là aussi, un véritable engouement de personnes qui se rapprochent de nous pour mieux comprendre et défendre leurs intérêts.
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« Il nous faut attirer les investisseurs
étrangers, surtout ceux de la diaspora »
APP – Votre présence à ce Sommet vous semble donc nécessaire et importante ?
Franky BUNANG – Tout à fait. Nous avons la conviction qu’il est nécessaire de pouvoir – grâce à l’EBS – attirer les investisseurs étrangers, surtout ceux de la diaspora. Ce type d’initiative permet en effet de positionner notre zone sur la carte du monde et de faire comprendre à tous que ce n’est pas parce que c’est en Afrique ou que c’est loin que de véritables marchés n’existent pas. On ne demande qu’à être mieux connus et que l’on nous fasse confiance pour pouvoir mieux faire fructifier l’épargne de nos clients sur le marché.
APP – Un dernier mot sur l’intérêt de la francophonie puisque c’était le thème de cette IVe édition ?
Franky BUNANG – Le panel auquel je participais s’intitulait : « Financements innovants et durables, quels modèles pour accélérer la prospérité de l’Afrique francophone ? ». On partage tous une même langue et c’est ainsi plus simple de nous exprimer en français. Étant membres de l’Afrique francophone, on se sent plus à l’aise à partager en français l’expertise que l’on a et à parler d’éducation financière.
APP – Peut-on dire que le français est aussi une langue d’affaires ?
Franky BUNANG – Bien sûr ! Le français est une langue d’affaires et doit le rester. Nous, on le vit tous les jours, au quotidien, que ce soit à Douala ou à Yaoundé, comme à Brazzaville ou Libreville. La France a longtemps été parmi les premiers partenaires économiques de l’Afrique, même si sa place est en train sans doute de se réduire avec l’arrivée de nouveaux partenaires chinois et russes. Mais la langue prioritairement parlée en Afrique centrale, c’est bien le français et cela reste aujourd’hui la langue des affaires.
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