Retrouvez AfricaPresse.paris sur :
RSS

Outils

#ForumAfrique2020 - La naissance de la Zone de libre-échange africaine continentale s’annonce fragile, cahotique et parsemée d’embûches…

9 février 2020
De gauche à droite : Christine Gilguy, rédactrice en chef du MOCI et modératrice de la table ronde ; Laurent Gizardin, directeur international d’Ascoma ; Lamia Merzouki, directrice générale adjointe de Casablanca Finance City Authority ; Marc Bandelier, directeur général de CFAO FMCG & AGRI ; Axel Pougin de la Maisonneuve, chef d’unité adjoint secteur privé et commerce à la Direction Générale Développement et Cooperation Internationale de la Commission Européenne ; Nayé Anna Bathily, responsable des Relations avec les parlementaires au sein de la Banque mondiale. © Thomas Radilofe
Porteuse de beaucoup d’espoirs, la mise en place de la ZLECA prévue pour l’été prochain va être longue et difficile. Non seulement en raison du nombre important de barrières à lever, mais aussi de la contradiction dans laquelle vont se trouver les pays africains : comment développer une production locale sans protéger ses industries naissantes ?

.

Jean-Louis Alcaide, AfricaPresse.Paris
@jlalcaide1 | @PresseAfrica

.

Ce n’est pas gagné ! Si tous les participants croient à la future Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA) qui commencera à se mettre en place à partir du 1er juillet 2020, la plupart voient sa construction « lente  », très « progressive  », voire « cahotique  ». C’est ce qu’il ressort de la table ronde « ZLECA : utopie ou projet raisonnable ? », qui s’est tenue vendredi 7 février dernier, dans le cadre du Forum Afrique 2020 organisé par le groupe de presse MOCI et le CIAN (Conseil français des investisseurs en Afrique), dans les prestigieux salons de l’Hôtel Potocki, propriété de la CCI Paris Île-de France.

Stimuler le commerce intra-africain

Pourtant, il y a beaucoup d’espoirs mis dans cette ZLECA dont le traité a été signé par 54 des 55 pays africains, à l’exception donc de la seule Érythrée). Car ce marché unique qui rassemblera 1,2 milliard d’habitants, a connu une croissance moyenne du PIB de 3,2 % en 2019, et devrait stimuler le commerce intra-africain : 16 % aujourd’hui des échanges du continent, 60 % espérés dès 2022 et 70 % à 80 % dans un avenir assez proche.

Mais, comme l’aurait dit un ancien Premier ministre français (Jean-Pierre Raffarin), «  si la route est droite, la pente est forte ». « Il faut vraiment que les politiques se mettent à travailler avec la société civile et les chefs d’entreprise pour mettre en conformité les législations respectives dans chaque pays, notamment en matière douanière », a ainsi souligné Nayé Anna Bathily, responsable des Relations avec les parlementaires au sein de la Banque mondiale. Selon elle, il va d’ailleurs « falloir être très patients » avant que les populations n’engrangent les fruits de la ZLECA, car « tous les pays n’en profiteront pas en même temps ».

Corridors de croissance

Justement, « il faut veiller à ce que la ZLECA ne fasse pas que renforcer les actuels grands corridors de croissance [Afrique du Sud, Égypte, Maroc, etc., ndlr], mais qu’elle soit redistributive et profite également à d’autres zones », comme les pays du Sahel, a estimé Axel Pougin de la Maisonneuve, chef d’unité adjoint secteur privé et commerce à la Direction générale Développement et Coopération internationale de la Commission européenne.
L’UE, a-t-il rappelé, soutient la création de ce marché unique africain avec une aide de 60 millions d’euros, destinée à la mise en place de son secrétariat général.

Des normes de haut niveau

L’intérêt des Européens dans cette affaire à laquelle ils apportent aussi leur expérience de dizaines d’années de construction de leur Marché unique ? « Par exemple, a expliqué Axel Pougin de la Maisonneuve, pour contrecarrer l’expansionnisme chinois, la ZLECA pourrait se doter de normes de haut niveau, car le continent n’a pas à devenir le déversoir des produits de mauvaise qualité ». Et si en plus, au passage, ces normes pouvaient ne pas être très différentes des normes européennes…

Intégration régionale

« Si on veut se développer, il faut réaliser notre intégration régionale », a insisté Lamia Merzouki, directrice générale adjointe de Casablanca Finance City Authority. Et pour cela, « les États doivent être poussés par les entreprises », a-t-elle ajouté, citant le Maroc comme le « laboratoire de l’intégration », avec la mise en place de « relais sur le terrain ».

Douche froide

A alors pris la parole Marc Bandelier, le directeur général de CFAO FMCG & AGRI. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les propos de ce fin connaisseur du continent ont eu l’effet d’une douche froide : « Nous voulons croire à la ZLECA, mais elle ne se fera pas avant longtemps ! », a-t-il lancé en substance. Et cet homme de terrain d’énumérer les obstacles actuels à surmonter, notamment les « nombreuses barrières » : « barrières douanières », « barrières des infrastructures » (coûts très importants, embouteillages), ainsi que celles « liées aux normes », etc.

Le Nigeria adhère et... ferme ses frontières terrestres

Mais s’il est une barrière encore plus grave à ses yeux, c’est celle des intérêts nationaux. « Depuis l’été dernier, a relevé ce chef d’entreprise, le Nigeria [qui au même moment adhérait à la ZLECA, ndlr] a fermé ses frontières terrestres » au commerce, obligeant toutes les entreprises à passer par ses ports », célèbres pour leurs embouteillages.

Pourquoi avoir pris une telle décision ? Pour « développer son économie, en particulier son agriculture, ses filières alimentaires et son industrie ». Or, s’est interrogé Marc Bandelier, « qu’est-ce qui va faire changer aujourd’hui la mentalité des gouvernements qui ont envie, en même temps, de développer des filières agricoles et industrielles ? (…) Si vous voulez développer une production locale, la seule solution, c’est de fermer les frontières. »

Le cœur de la contradiction

C’est le « cœur de la contradiction  » à laquelle vont être confrontés les États africains. « Oui, a-t-il dit, on va à grand pas vers une industrialisation de l’Afrique, mais les producteurs locaux demandent à être protégés ». Marc Bandelier ne critique d’ailleurs pas, la CFAO étant favorable à « la libre concurrence, dans le cadre d’une concurrence saine ». Il se contente de constater. Pour lui, une fois que des « zones africaines » auront été industrialisées, alors il pourra y avoir « une ouverture des frontières ».

Visions stratégiques à long terme

La ZLECA, « cela ne sera pas une mise en place linéaire mais sans doute cahotique », a convenu Axel Pougin de la Maisonneuve rappelant qu’il peut y avoir « des clauses de sauvegarde pour des industries naissantes » et que des « produits sensibles pourraient garder des tarifs douaniers protecteurs ». « Il faut intégrer la ZLECA dans les visions stratégiques à long terme, a renchéri Lamia Merzouki, soit à 10 ou 15 ans »… Bref, comme l’a aussi dit un jour Jean-Pierre Raffarin, « les jeunes sont destinés à devenir des adultes ». Bien sûr. La naissance de la ZLECA est prévue pour le 1er juillet prochain. Alors d’ici à ce qu’elle devienne adulte...

Une vue de la Salle des Lustres lors de l’allocution d’ouverture de Didier Kling, président de la CCI de Paris Île-de-France ? © AM/AP.P

◊ ◊ ◊

SUR LEME ÉVÉNEMENT

- #ForumAfrique2020 - La France encore plus mal-aimée par les leaders d’opinion d’Afrique, révèle le baromètre annuel Africaleads 2019/2020 CIAN-IMMAR

- #ForumAfrique2020 - Élisabeth Medou Badang, VP Orange Afrique/MO : « Orange veut être le partenaire de référence de la transformation digitale de l’Afrique »

◊ ◊ ◊

.

>>> CLIQUEZ ICI et INSCRIVEZ-VOUS
pour recevoir gratuitement notre INFOLETTRE

◊ ◊ ◊

Articles récents recommandés