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#ForumAfrique2020 – Difficile et complexe, l’union monétaire en Afrique de l’Ouest « n’est pas pour demain »

14 février 2020
De gauche à droite : Francesco de Musso, Directeur général de de BGFIBank Europe, Charles-Henri Malécot, PDG de Stoa Infra & Energy, Thierry Apoteker, président de TAC Economics, Arnaud Fleury, journaliste modérateur, Élodie Doussa, investment director chez BPIFrance. © AP.P
Au-delà de la réforme du franc CFA, une monnaie unique est-elle possible pour l’ensemble des pays d’Afrique de l’Ouest ? Cette question - très politique - était à l’ordre du jour d’une table ronde lors du Forum Afrique 2020, organisée vendredi 7 février à Paris par le MOCI et le CIAN. Les divergences sont encore importantes entre pays anglophones et francophones.

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Philippe Poiccard, AfricaPresse.Paris
@PresseAfrica

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Faut-il une monnaie unique, indépendante, pour les États d’Afrique de l’Ouest et laquelle ? Cette question très politique était à l’ordre du jour de la dernière session du Forum Afrique 2020. Les interrogations sont vives, au sein des pays concernés. Elles ont lieu alors qu’Emmanuel Macron et le président de la Côte d’Ivoire Alassane Ouattara ont conclu fin décembre un accord mettant fin au franc CFA tel qu’il existe depuis 1945, en ce qui concerne les États d’Afrique de l’Ouest, membres de l’Union Monétaire Ouest Africaine (UMOA). Une réforme importante, notamment sur le plan symbolique. « Il y a beaucoup de symbolique dans les décisions récemment annoncées, affirme Thierry Apoteker, président de TAC Economics, cabinet de conseil sur les sur les sujets de finance internationale. Entre autres, le nom de franc CFA constituait à l’évidence un anachronisme ».

Les pays d’Afrique de l’Ouest jouent leur propre le jeu

Le premier juillet 2020, le franc CFA sera remplacé par l’Eco. Au-delà, la Banque de France ne participera plus aux instances dirigeantes de la Banque Centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO), ce que Thierry Apoteker voit avec étonnement, compte tenu du maintien de la garantie de la Banque de France, qui assurera toujours la convertibilité de l’Eco vis-à-vis de l’euro. « Il est difficile d’avoir la garantie de la Banque de France sans aucune contrepartie », estime cet expert. En tout état de cause, « Emmanuel Macron et Alassane Ouattara ont sonné le glas de l’unicité du franc CFA, affirme Thierry Apoteker. Il y avait un même taux de change pour les différents CFA. Désormais, les pays d’Afrique de l’Ouest jouent leur propre le jeu. A court terme, nous sommes simplement en présence d’un CFA bis limité à l’UMOA, mais à long terme, on parviendra à un taux de change différent pour l’Afrique de l’Ouest et les pays d’Afrique centrale, dont les économies sont plus fortement importatrices ».

Un projet complexe

Ira-t-on plus loin dans la réforme monétaire et dans l’indépendance ? Les dirigeants de la Communauté EÉconomique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui compte 15 États membres, bien au-delà des huit pays ouest-africains francophones, le souhaitent. Les chefs d’État des 15 pays de la région ont d’ailleurs adopté récemment le symbole de l’Eco – « EC  » – ainsi que le nom de la future Banque centrale, la « Banque centrale de l’Afrique de l’Ouest ». Mais, le projet, sensé avancer en 2020, est complexe. Du reste, le Nigeria a demandé, le 10 février, un report du lancement de l’Eco.

Avantages et inconvénients

« Il faut se poser des questions en économiste, lance Thierry Apoteker. Faut-il des taux de change fixe ou flexibles ? Doit-on ancrer le change ? Les avantages sont évidents en terme de stabilité. Mais les inconvénients le sont aussi : il y a une perte d’autonomie de la politique monétaire ». En outre, « pour constituer une zone monétaire, il faut une certaine convergence ». Si celle-ci est réelle en ce qui concerne les pays francophones – « en termes de convergence, avec leurs économies diversifiées, ils font mieux que la zone euro », estime Thierry Apoteker -, d’autres (Nigeria) ont des économies fonctionnant sur un modèle différent, plus dépendant d’une seule matière première (le pétrole). « Si on inclut le Nigeria, ça ne fonctionnera pas », tranche cet expert.

Un panier de devises

« Si les États anglophones participent à cette monnaie unique, il faudra en tous cas prévoir une banque fédérale, modère Francesco de Musso, Directeur général de de BGFIBank Europe. L’idéal serait d’avoir une monnaie accrochée à un panier de devises, reflétant les échanges. L’euro, le dollar et la devise chinoise, notamment, seraient dans ce panier. Une bande de la fluctuation pourrait être instaurée ».
Ces projets s’inscrivent en tous cas dans le long terme. « Tout cela n’est pas pour demain », estime Charles-Henri Malécot, PDG de Stoa Infra & Energy, un véhicule d’investissement filiale de la Caisse des Dépôts et de l’Agence Française de Développement (AFD) finançant des infrastructures. Il relève qu’en tout état de cause, « une monnaie stable ne se dépréciant pas repose sur une économie forte et une banque centrale indépendante ». Cette stabilité monétaire est bien sûr recherchée par les investisseurs en Afrique.

Risque de dévalorisation

« Pour les investisseurs à long terme que nous sommes, le principal risque dans les émergents, c’est la dévalorisation de la monnaie locale, qui peut s’accompagner d’accidents de change brutaux, affirme Charles-Henri Malécot. Nos ressources sont libellées en monnaie locale, alors que nous nous finançons en euros. Et il n’existe aucun mécanisme de marché pour nous couvrir. Une zone monétaire comme celle correspondant au franc CFA, c’est évidemment rassurant pour nous. A contrario, nous ne pouvons regarder qu’avec inquiétude l’abandon du CFA. Un investisseur doit être certain de pouvoir rapatrier les bénéfices de son activité  ».
Élodie Doussa, investment director chez BPIFrance, responsable du fonds de fonds Averroes, abonde dans ce sens. « Le peg à l’euro (arrimage, ndlr) donne la visibilité », souligne-t-elle. BPIFrance lance actuellement un nouveau véhicule d’investissement de 100 millions d’euros. « Nous croyons beaucoup au potentiel de l’Afrique » affirme Élodie Doussa. Mais une stabilité monétaire est nécessaire.

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