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Forum Afrique CIAN/L’Opinion - Sébastien BAZIN, PDG du Groupe Accor : « Notre pari de l’Afrique doit être tenté, et il va être réussi »

18 mars 2021
Forum Afrique CIAN/L'Opinion - Sébastien BAZIN, PDG du Groupe Accor : « Notre pari de l'Afrique doit être tenté, et il va être réussi »
Sébastien BAZIN, PDG du Grouoe Accor, lors de son intervention au Forum Afrique CIAN-L’Opinion, jeudi 18 mars 2021. © Capture APP
À la tête du groupe hôtelier depuis sept ans, Sébastien Bazin a décidé de miser sur l’Afrique et sur sa jeunesse. Objectif : s’implanter sur le Continent, où Accor n’a encore que 170 hôtels, et créer ainsi des milliers d’emplois. Un pari qui n’est pas sans risque au regard de l’actuelle conjoncture, mais que le PDG du Groupe Accor assume avec audace et conviction.

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par Bruno FANUCCHI pour AfricaPresse.Paris (APP)
@africa_presse

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« Notre présence en Afrique est beaucoup trop faible et on va remédier à cela. Accor a 5 200 hôtels dans le monde et à peine 170 en Afrique, c’est-à-dire moins de 3 % alors que nous devrions être à la hauteur de la population africaine, soit 20 % de notre marque. On a décidé de mettre les bouchées triples et on va y arriver. Cela va prendre probablement un peu de temps, 5 ans, 10 ans, 15 ans, mais l’on s’en est donné les moyens à la fois humains et en termes de capitaux ».

Avec ce constat posé d’emblée, en ouverture de son intervention, Sébastien Bazin se dit « très, très optimiste sur l’Afrique », qui est « le Continent des trente prochaines années », et affiche clairement l’ambition du Goupe Accor, qu’il dirige depuis sept ans, de s’impliquer davantage sur le Continent.

Non sans avoir rappelé au préalable que, pour s’implanter en Afrique, « Accor a commencé là où c’était le plus facile : au Maghreb depuis très longtemps – 1975 – et depuis cinq ans sur l’Afrique de l’Ouest puisque l’on avait une communauté (française) et beaucoup de choses en commun. Maintenant on va sur l’Afrique centrale, l’Afrique du Sud, l’Afrique de l’Est. C’est moins facile, mais c’est humainement extrêmement enrichissant ». Le cadre et les objectifs sont donc fixés.

Un déficit d’infrastructures pénalisant

Soulignant le « déficit d’infrastructures en Afrique », le patron d’Accor fait observer que « 80 millions de visiteurs internationaux viennent en Afrique, soit à peu autant que ceux qui viennent chaque année en France » alors qu’il y a un milliard et demi de visiteurs pour le tourisme ou le business dans le monde. Et de citer des chiffres qui parlent d’eux-mêmes : moins d’une chambre d’hôtel pour 1 000 habitants en Afrique, contre 15 aux États-Unis ou 10 en Europe. La marge de progression du Groupe est donc énorme.

Sébastien Bazin en a la volonté et confie à Nicolas Beytout cette anecdote révélatrice de son état d’esprit assez conquérant : « Mes prédécesseurs, Paul Dubrule et Gérard Pélisson, ont fait des paris absolument inouïs et réussis sur l’Amérique du Sud, il y a 45 ans, en acceptant de perdre de l’argent pendant vingt ans, en se déployant d’abord au Brésil, puis sur l’Uruguay, l’Argentine, le Chili, le Pérou, la Colombie et ainsi de suite... C’est exactement le même pari que je dois faire aujourd’hui, pour mes successeurs, en Afrique sur les vingt qui viennent. »

« J’en avais assez
que l’on soit timide sur l’Afrique »

« J’ai donc décidé il y a trois ans », enchaîne-t-il, d’inverser la donne car « j’en avais assez que l’on soit timide sur l’Afrique », qui représentera environ 25 % de la population mondiale dans 25 ou 30 ans. « On n’a pas le droit de ne pas y être », lâche-t-il. Pour une double raison : développer le tissu économique local et augmenter la part du tourisme qui est à peine de 7 % sur l’ensemble du Continent avec de grandes disparités entre le nord et le sud. Contre 20 % en Grèce !

« Cela va me prendre probablement 10 ans et on va essuyer des échecs dans certains pays, mais tant pis : ce pari doit être tenté et il va être réussi », même s’il faut « entre 5 ans et 20 ans pour qu’Accor gagne de l’argent en Afrique ». Et accepter, bien sûr, de prendre un certain nombre de risques, comme tout bon entrepreneur, le plus difficile étant toujours de « décoder le tissu économique local » très différent entre Addis Abeba, Abidjan ou Lagos.

500 millions d’euros d’investissement
en fonds propres en Afrique

« La chose la plus importante pour moi, remarque-t-il au passage, c’est cette Zone de libre-échange dite continentale, entre les 54 pays, qu’ils sont en train de la mettre en place, Cela peut tout bouleverser positivement pour nous parce qu’on va avoir, j’espère, des règles communes pour aller justement d’un pays à un autre et accélérer ainsi notre développement ».

Pour assurer cette volonté de développement, il faut y mettre les moyens « et ne pas être dépendants des Chinois toute notre vie sur ce continent ».

« On ne peut pas accepter de se développer en Afrique, si l’on n’apporte pas nous mêmes des moyens financiers. On a décidé de mettre 500 millions d’euros de fonds propres en deux partenaires : Accor mettant 150 millions et le gouvernement qatari mettant 350 millions.
Et d’expliquer ce montage financier : « On a créé un Fonds qui s’appelle Qatara Hospitality et, à travers ce véhicule là, on va pouvoir engager probablement 1,2 milliard à 1,5 milliard d’investissements pour la construction d’hôtels et donc la création d’emplois. » Et d’ajouter : « Si cela ne suffit pas, on remettra plus d’argent pour que je puisse réussir mon pari ».

Sébastien BAZIN, PDG du Groupe Accor, et Nicolas BEYTOUT, Président de l’Opinion et de l’Agefi. © Capture APP

« Notre Groupe représente un formidable
ascenseur social pour la jeunesse africaine »

Et Sébastien Bazin de rappeler comme une évidence les fondamentaux de tout investisseur ; « On n’a rien fait en Afrique sans avoir, à chaque fois, un partenaire local dans le pays concerné parce que c’est celui qui nous apprend les codes du pays ». Avant de confier : « Le continent africain, où je suis allé souvent, vous prend aux tripes. On a envie d’y rester et de découvrir. La jeunesse africaine est une jeunesse formidable pour le métier hôtelier. À deux titres : en termes de culture, car ils aiment accueillir et prendre soin de l’autre ; en termes d’employabilité de la main d’œuvre africaine.

« Avec Accor, nous employons 80 000 nouvelles personnes par an : les remplaçants des 30 000 qui partent, soit 10 % des 300 000 collaborateurs du Groupe, et 50 000 que nous engageons, parce que nous ouvrons un hôtel par jour. Et ces 365 nouveaux hôtels ont besoin de 50 000 personnes. Et la moitié des ces 80 000 personnes embauchées par an n’ont pas de bagage éducatif. L’ascenseur social que représente le Groupe Accor est juste formidable ! ».

« Le plus grand défi de l’Afrique, observe-t-il, c’est que, d’ici 2045 ou 2050, 50 % de sa population aura moins de 25 ans ». Avec une question fondamentale qui se pose à tous : « Comment bénéficier de cette jeunesse et de ce dynamisme, et comment les intégrer dans le monde de l’emploi ? »

« J’espère que le Groupe Accor sera l’un des facteurs pour ceux qui sont un peu plus démunis que d’autres, qui pourront y rentrer comme bagagiste, commis de cuisine ou électricien. On va leur apprendre un métier ». Et cela sera bien évidemment utile au développement du Continent, puisque « 97 % de nos 14 000 employés en Afrique sont Africains ».

« On a encore deux mois
à attendre, au maximum... »

Reste que la double crise sanitaire et économique est bien là depuis un an et n’est pas sans conséquence sur les ambitions légitimes de développement et d’implantation du Groupe Accor en Afrique. « Pour l’instant c’est cauchemardesque, mais cela va aller mieux. On a encore deux mois à attendre au maximum... », lâche-t-il, faisant preuve peut-être d’un peu trop d’optimisme au regard d’une épidémie et d’une situation socio-politique dont personne ne voit l’issue.

D’autant plus que la crise sanitaire du Covid 19 a porté de très sérieux coups à l’industrie hôtelière. « Autour de 75 % de baisse d’activité en Afrique, ce qui est à peu près identique au reste du monde » où nos hôtels étaient fermés à 80 % ».
Mais « nos hôtels sont rouverts maintenant à plus de 80 %, avec de faibles taux d’occupation »… mais, assure Sébastien Bazin, « dès lors que le vaccin sera mis en place, on retrouvera du vent dans les ailes... ».

Répondant à une question de Nicolas Beytout, le Président de L’Opinion-L’Agefi qui modérit la rencontre, Sébastien Bazin a souligné avoir « un profond respect pour la façon dont l’Afrique a géré cette épidémie, de manière beaucoup plus efficace que nous l’avons fait en Europe du Nord, probablement parce qu’ils ont une expérience plus grande de gérer des épidémies. On a donc beaucoup à apprendre de l’Afrique ».

En guise de conclusion, Sébastien Bazin rappelle une évidence : « Les Français ont une responsabilité. On doit faire preuve d’audace et accepter le risque, car on ne peut pas être – humainement et professionnellement – absent de l’Afrique ».

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