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Étienne GIROS (CIAN-EBCAM) à propos de la région des Grands Lacs : « Nos entreprises ne se déroberont pas à leurs responsabilités en Afrique »

25 septembre 2019
Étienne Giros (à droite), Président délégué du CIAN, le Club français des investisseurs en Afrique, et Président de l’EBCAM (European Business Council for Africa and the Mediterranean), en compagnie de Huang Xia, envoyé spécial du Secrétaire général de l’ONU dans la région des Grands Lacs, à l’occasion de la réunion préparatoire de la prochaine conférence de Kigali, le 19 septembre 2019 à l’Africa Museum de Bruxelles-Tervuren. © AM/AP.P
L’avenir de la région des Grands Lacs était au centre d’une récente réunion de haut niveau à Bruxelles, à laquelle participaient notamment Huang Xia, envoyé spécial du Secrétaire général de l’ONU dans la région des Grands Lacs et Étienne Giros, Président délégué du CIAN, le Club français des investisseurs en Afrique, et Président de l’EBCAM (European Business Council for Africa and the Mediterranean).

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En direct de Bruxelles
Propos recueillis par Alfred Mignot, AfricaPresse.Paris (AP.P)
@alfredmignot | @PresseAfrica

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C’est dans la perspective de la future GLITC (Great Lakes Investment and Trade Conference), la conférence de Kigali dédiée au développement des investissements dans la région, prévue en mars 2020, que plusieurs hautes personnalités se sont réunies à l’Africa Museum de Bruxelles-Tervuren, jeudi 19 septembre. Outre Huang Xia et Étienne Giros, participaient à la rencontre Amandin Rugira, ambassadeur du Rwanda en Belgique et Koen Vervaeke, diplomate belge et directeur général Afrique du Service européen pour l’action extérieure.

Après que l’ambassadeur rwandais a évoqué les formidables avancées enregistrés par son pays depuis une vingtaine d’années, Étienne Giros s’est attaché à mettre en exergue le rôle fondamental dévolu au secteur privé dans toute perspective de développement : « Ce sont les entreprises qui créent les emplois et la richesse… Nous sommes convaincus que cette région des Grands Lacs, qui a tant souffert, recèle d’énormes possibilités. Nous sommes prêts à nous y engager », a-t-il affirmé.

Attirer les investisseurs
avec des projets concrets

S’il s’est aussi félicité que le secteur privé, qu’il représentait à double titre – français et européen – ait été invité à une réunion de travail « institutionnelle » initiée par le Service européen pour l’action extérieure, et au côté de Huang Xia, envoyé spécial de l’ONU pour la région des Grands Lacs, le président délégué du CIAN et président de l’EBCAM, a clairement énuméré les préalables auxquels les pays de la région doivent satisfaire s’ils veulent vraiment attirer plus d’investisseurs.

Le premier est bien sûr l’exigence de sécurité des biens et des personnes, suivi par un bon climat des affaires : « Nous ne demandons aucun avantage, mais seulement que nous soyons traités sur un pied d’égalité, notamment devant l’impôt, auquel échappent bien sûr les nombreuses entreprises du secteur informel », précise-t-il, ajoutant que « la stabilité des règles » est aussi un point important.

Étienne Giros durant l’une de ses interventions. À sa droite : Koen Vervaeke, diplomate belge et directeur général Afrique du Service européen pour l’action extérieure ; Huang Xia, envoyé spécial de l’ONU pour la région des Grands Lacs ; Amandin Rugira, ambassadeur du Rwanda en Belgique. © AM/AP.P

Étienne Giros a poursuivi sa première intervention en soulignant combien les avancées vers les intégrations régionales en cours en Afrique sont décisives, expliquant en substance que seule une taille de marché significative pouvait décider un investisseur international à franchir le pas, malgré les risques politiques et autres : « De nombreux pays d’Afrique ont un marché trop étroit pour compenser une prise de risque, ce n’est pas incitatif pour un investisseur ».

D’où, a estimé Étienne Giros, l’importance des projets d’intégration économique en cours, comme la ZLECA à l’échelle du Continent, ou encore le projet sous-régional de création de l’ECO, monnaie commune pour l’Afrique de l’Ouest destinée à succéder franc CFA.

Avec pragmatisme, Étienne Giros a conclu cette première partie de son intervention par un conseil pratique : « Comment attirer des investisseurs ?… Il ne sert à rien de pérorer autour de concepts plus ou moins creux sur le développement ! Les entrepreneurs et investisseurs sont des professionnels pragmatiques, il faut leur proposer des projets concrets ! C’est cela qu’ils attendent ! »

Gare aux excès du libéralisme débridé !

Dans le second temps de la table ronde, le président de l’EBCAM eut encore l’occasion de s’exprimer, notamment sur la question cruciale de la formation en lien avec les réalités de l’économie : « Ce qui manque aujourd’hui cruellement à l’Afrique, ce sont des compétences de niveau intermédiaire, de technicien à technicien supérieur, de BAC - 3 à BAC + 3. Cela représente un très gros frein à l’investissement, car les entrepreneurs savent qu’ils auront beaucoup de mal à trouver des personnels qualifiés sur place. »

Étienne Giros a aussi livré à l’auditoire un commentaire relativisant les bienfaits « toujours » produits par le libre-échange, thèse qui naguère encore légitimait la doxa absolue de la mondialisation : « Le libre-échange débridé n’apparaît plus comme la panacée à laquelle certains ont pu croire ces dernières décennies… Considérez par exemple que l’Afrique, qui produit l’un des cotons les meilleurs au monde, importe tous ses t-shirts ! Il faut désormais que l’Afrique transforme plus ses matières premières, créant ainsi de l’emploi et de la valeur ajoutée.

Il faut donc que les marchés africains puissent se protéger d’un excès de libéralisme à tous crins. Aujourd’hui, confrontés à l’urgence d’un décollage économique accéléré de l’Afrique afin de faire face à l’énorme pression démographique – la population du Continent va doubler en une génération –, on peut considérer que des facilités commerciales non réciproques pourraient utilement être établies dès l’année prochaine, par exemple à l’occasion du renouvellement des accords de Cotonou… Quant à nos entreprises, elles ne se déroberont pas à leurs responsabilités en Afrique, et particulièrement dans cette région des Grands Lacs », a affirmé Étienne Giros.

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