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Éric Besson : déjà seize États adhèrent à L’Office méditerranéen de la jeunesse, futur Erasmus-Med

Rabat -

Désormais ministre chargé de l’Industrie, de l’énergie et de l’économie numérique, Éric Besson était, avant le remaniement ministériel du 14 novembre,
en charge du ministère de l’Immigration, de l’identité nationale et du développement solidaire. C’est à ce titre que, en visite au Maroc, il a accordé une entrevue au quotidien « Le Matin », le 11 novembre 2010, sur la thématique de l’Office méditerranéen de la jeunesse (OMJ) – l’Erasums euroméditerranéen – qu’il a créé durant son précédent ministère. L’occasion d’évoquer « la Carte compétence et talent », qui permettra aux étudiants de séjourner jusqu’à six ans dans l’un ou l’autre des seize pays euromed déjà signataires de l’OMJ.

© Photo ci-dessus : le ministre français Éric Besson. © Apesphere


Le Matin - Vous venez d’annoncer la mise en place de l’Office méditerranéen de la jeunesse. Comment sera-t-il financé ?

Éric Besson - En fait, l’Office qu’on veut créer va reposer sur un financement qui est basé sur trois piliers. À ce jour, les seize États membres volontaires du projet de l’Office méditerranéen de la jeunesse participeront au financement. Le financement d’entreprises partenaires, puisque dans chaque pays où je me rends je rencontre des chefs d’entreprises comme je l’ai fait la semaine dernière à Tanger avec les chefs d’entreprises marocains. Et un financement de l’Union européenne qui veut promouvoir ce projet. Nous sommes dans la phase du bouclage du projet. Il doit être présenté et annoncé en janvier à Paris. L’objectif est que les premiers étudiants puissent entrer dans les cycles universitaires labellisés Office Méditerranéen de la Jeunesse. Et ce, dès septembre de l’année prochaine.

Le Matin - Quelle relation cela a-t-il avec le concept dont vous parlez, celui de la circularité ?

Éric Besson - Je crois de plus en plus à la migration de circulation. Je veux dire par là que pour les jeunes, il est intéressant d’aller étudier ailleurs, à un moment de leur cursus. Vous avez noté d’ailleurs que toutes les grandes universités et toutes les grandes écoles prévoient maintenant, systématiquement, six mois ou un an dans un autre pays et si c’est possible un pays d’une culture éloignée et d’une langue différente de celle du pays d’origine. Cela contribue à la formation de la jeunesse.

Moi, j’ai fait Sciences Po. À mon époque, il n’existait pas de cycle obligatoire de formation. Maintenant, les étudiants en science politique ont une année obligatoire à l’étranger, je trouve que c’est une bonne chose. Mais, en même temps, nous devons veiller pour que dans l’Office méditerranéen de la jeunesse ces projets ne consistent pas à donner le sentiment aux pays du sud de la Méditerranée qu’on veut piller leurs meilleurs cerveaux.

Le Matin - Justement, quelles sont les garanties pour qu’il n’y ait pas de fuite de cerveaux ?

Éric Besson - Elles sont en discussion, cela fait partie des négociations. Mais cela va dans le sens de l’esprit adopté dans la fonction publique française. Si vous ne donnez pas, après votre formation dans une école d’administration, tant d’années en travaillant dans la fonction publique, vous devez rembourser votre formation. Nous allons donc imaginer un système équivalent. C’est-à-dire que le jeune qui bénéficiera d’une bourse de formation et qui est originaire d’un pays donné va s’engager à revenir passer, au moins, quelques années dans le pays qui l’a formé et contribué financièrement à sa formation. Il ne s’agit pas non plus de le priver pour toujours d’aller vivre ailleurs.

Mais, plus globalement, l’immigration de la circulation consiste en l’idée qu’on puisse aller dans un pays quelques années, se former dans une entreprise et apprendre de nouvelles méthodes et techniques... et revenir dans son pays d’origine. C’est pourquoi nous sommes en train de développer une carte de séjour dite « carte compétence et talent ». Une carte par laquelle la personne vient trois ans en France, éventuellement renouvelable une fois, c’est-à-dire valable pour six ans.

Ainsi, le bénéficiaire de cette carte sait qu’il ne pourra pas rester plus de six ans. Il va apporter sa force de travail et ses compétences en même temps qu’il va en acquérir d’autres. Il va ensuite revenir dans son pays d’origine. Les jeunes cadres sont tentés par cela. J’ai rencontré des jeunes qui sont tentés par cette option. Je donne l’exemple d’un informaticien marocain que j’ai rencontré et qui va bénéficier de cette carte. Il disait qu’il a envie de revenir vivre au Maroc et de créer son entreprise. Il dit aussi qu’il a besoin de travailler sur de très gros systèmes et des logiciels qui sont plus développés sur Paris qu’ils ne le sont au Maroc. Il ne veut pas rester plus de trois ans à l’étranger, souhaitant revenir au Maroc. Il a juste besoin d’acquérir des compétences. Et comme nous, nous avons nous aussi besoin d’informaticiens, cela tombe bien.

Le Matin - Vous avez mis en marche l’Office méditerranéen de la jeunesse, est-ce qu’il ne s’agit pas là d’un projet qui pourrait être intégré dans le cadre de l’Union pour la Méditerranée ?

Éric Besson - On n’a pas mis ce projet dans le cadre de l’Union pour la Méditerranée (UPM) parce que, tout d’abord, l’UPM souffre de quelques difficultés actuellement. Aussi, comme on a voulu faire l’Office méditerranéen de la jeunesse sur une base volontaire, nous avons proposé à tous les pays membres de l’UPM de prendre part à ce projet s’ils le souhaitaient. Dans les pays du Maghreb, le Maroc et la Tunisie ont dit oui dès la première minute alors que l’Algérie ne l’a pas souhaité. Ainsi, nous avons dans l’ensemble seize pays qui ont dit oui.

Cela dit, le Secrétaire général de l’UPM est informé de tout ce qui se passe à l’Office. Il est représenté lors de chaque réunion de travail. Un jour, lorsque le projet sera mieux développé et que l’UPM sera elle-même pleinement opérationnelle, oui, je pense que la vocation de l’Office méditerranéen de la jeunesse est de s’intégrer à l’UPM. On va donc faire naître et grandir le bébé, ensuite, quand il sera adolescent, l’UPM s’en occupera…

Le Matin - Est-ce que vous pouvez nous parler plus du montage financier et de ce que pourrait être la participation marocaine ?

Éric Besson - Les seize États qui ont participé à l’Office méditerranéen de la jeunesse se sont engagés à une contribution financière. Contribution qui n’est pas totalement fixée et qui peut dépendre de la taille et de la richesse relative des pays et du nombre des étudiants qui vont être concernés. Il y aura donc un principe de proportionnalité.

Deuxièmement, des entreprises s’engageront financièrement en tant que mécènes, mais aussi et surtout à recevoir des étudiants dans le cadre de stages de formation. Elles s’engagent également à les recruter à la fin du cursus. Car, ce qui nous intéresse le plus, c’est le lien entre la fin des études et l’entrée dans la vie professionnelle. C’est pourquoi nous avons voulu vérifier que tous ces projets, toutes ces formations correspondent à des besoins des entreprises.

La troisième source de financement, c’est l’Union européenne. Et ce, bien que tous les pays de l’UE ne soient pas directement concernés. L’UE va participer financièrement parce qu’elle veut promouvoir ce projet. Donc, il s’agit là de trois piliers dont les caractéristiques seront détaillées avant la fin de cette année.

Le Matin - Et de quel genre de formation s’agira-t-il ?

Il y a treize secteurs d’activités qui ont été retenus, il s’agit des filières qui appartiennent aux sciences techniques appliquées aux sciences exactes et sciences d’ingénieur, celles appliquées aux sciences sociales et les filières appartenant aux sciences de la santé.

Le Matin - L’Office va démarrer quand ?

Éric Besson - L’Office va essayer de réunir toutes les conditions pour que ce soit lancé officiellement en janvier prochain.

Le Matin - En dépit de ces projets, il y a eu beaucoup de critiques à l’égard du ministère de l’Immigration, de l’identité nationale et du développement solidaire, notamment qu’il ne fait pas assez pour l’intégration des jeunes des banlieues ?

Éric Besson - Je trouve cela injuste, mais la critique est libre. La difficulté est que la réussite de l’intégration ne peut pas être décrétée. Il y a un ensemble de facteurs qui contribuent à sa réussite. Par exemple, on est en train d’achever l’expérimentation de ce qu’on a appelé « le CV anonyme » pour lutter contre les discriminations. Il devrait y avoir dans quelques jours le premier rapport d’expérimentation. J’ai développé dans les entreprises comme dans le public ce qu’on appelle « le label diversité ». Ce sont des entreprises qui s’engagent à ce que leurs salariés soient représentatifs de ce qui est la société française...

Je pourrais multiplier les exemples de ce que nous avons fait concrètement. Mais une intégration réussie, c’est aussi de bien connaître la langue, connaître les valeurs, disposer d’un logement... C’est pour cela que je dis que l’intégration est par définition une activité interministérielle !

Propos recueillis par Brahim Mokhliss - Le Matin


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