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Philippe de Fontaine Vive, VP de la BEI, « patron » de la FEMIP :

« En Tunisie, la FEMIP renforce ses engagements dès 2011, jusqu’à 700 ou 800 millions d’euros »

Tous pays EUROMED-AFRIQUE | 22 février 2011 | src.LeJMED.fr
Bruxelles -

Bonne nouvelle pour la Méditerranée : mardi 22 février 2011, à l’occasion de sa conférence annuelle à Bruxelles, la Banque européenne d’investissement (BEI) a annoncé que si les instances politiques lui donnent le feu vert, elle pourrait mobiliser près de 6 milliards d’euros pour la période 2011-2013, afin d’aider la "transition" vers la démocratie des pays du Sud. Reste cependant à obtenir l’accord formel des instances politiques européennes. En revanche, il n’y a aucun doute sur le fait que dès 2011, la Tunisie bénéficiera d’une mise à disposition de 700 à 800 millions d’euros de financements (contre 498 en 2010), a affirmé Philippe de Fontaine Vive, VP de la BEI et « patron » de la FEMIP.

Photo ci-dessus : Philippe de Fontaine Vive. © LeJMED.fr - février 2011


Une entrevue exclusive avec Philippe de Fontaine Vive,
Vice-Président de la BEI, « patron » de la FEMIP

Philippe de Fontaine Vive, vice-Président de la BEI et « patron » de la FEMIP, et Philippe Maystadt, Président de la BEI, lors de la conférence annuelle de la banque, mardi 22 février 2011, à Bruxelles. © LeJMED.fr - février 2011

LeJMED.fr – La FEMIP a battu un nouveau record en 2010 avec 2,6 Mds € de financements mis à disposition des pays partenaires méditerranéens. Mais, cet effort d’accélération déployé pour atténuer les effets de la crise n’a-t-il pas beaucoup entamé vos capacités ? Comment allez-vous pouvoir tenir le même rythme jusqu’en 2013, terme du mandat en cours de la FEMIP ?

Philippe de Fontaine Vive – En effet, avec l’accélération de nos financements face à la crise, nous n’avions en théorie plus de quoi tenir au même rythme jusqu’en 2013. Mais, jeudi dernier en session plénière, le Parlement européen a justement demandé l’attribution de 1 milliard d’euros supplémentaires pour la FEMIP, afin que nous puissions soutenir les PPM, les pays partenaires méditerranéens.


LeJMED.fr – Un vote favorable du Parlement européen suffit-il pour autant à emporter la décision ?

Philippe de Fontaine Vive – La procédure est maintenant enclenchée, et la décision pourrait être acquise très rapidement, dès la fin février ou en mars, si les États membres actionnaires de la BEI donnent leur accord, à travers leur Conseil des ministres.


LeJMED.fr – Le Parlement a en effet voté une « rallonge » de 1 milliard d’euros, mais Madame Ashton, la Haute représentante, évoquait le 15 février une somme de 2,5 Mds €, dont 1 Md € pour la seule Tunisie… et aujourd’hui, en conférence, le Président Maystadt, a parlé de près de 6 Mds € éventuellement mobilisables, d’ici à 2013, sous réserve de l’accord conjoint du Parlement et du Conseil. On s’y perd un peu…

Philippe de Fontaine Vive – Pour y voir clair, il faut tout reprendre en détail. La situation est la suivante : à ce jour, il reste à la FEMIP 2,8 milliards d’euros sur les 8,7 Mds d’engagement pour lesquels nous avions mandat, pour la période qui échoit en 2013. A cela, il faut ajouter 1 milliard supplémentaire, celui que vient de voter le Parlement, ainsi que 700 millions, qui constituent la part dévolue à la Méditerranée sur un total de 2,2 Mds que l’Europe engage hors Union, pour la lutte contre le changement climatique. Puis, il nous reste aussi à ajouter 1,2 milliard, soit le reliquat de 2 milliards d’engagements que nous avions décidé d’assumer à nos risques, hors mandat UE. Enfin, il pourrait y avoir encore 200 ou 300 millions, provenant des intérêts perçus sur nos prêts accordés dans le passé. Je dis « pourrait », car nous devons dans ce cas avoir l’accord des politiques, comme le signalait le Président Maystadt en conférence. Donc le total nous amène à 5,9 ou 6 milliards d’euros mobilisables… Et concernant la Tunisie en particulier, nous avons reçu le mandat politique d’agir ; il est d’ores et déjà acquis que la FEMIP y renforcera ses engagements dès 2011, jusqu’à 700 ou 800 millions d’euros, contre 498 en 2010.


LeJMED.fr – Mais, pensez-vous que cela soit suffisant pour faire face aux besoins, et aux attentes ?

Philippe de Fontaine Vive – Oui, je crois que dans l’immédiat cela devrait suffire. En tout cas, cela montre – démontre – que l’Europe est réactive, que nous nous mobilisons pour faire face aux enjeux nouveaux, pour aider les pays en “transition démocratique” à éviter que la désespérance ne tourne à la conflagration économique et sociale… Et puis, j’ajouterai que le vent de liberté qui s’est levé au sud peut aussi avoir des conséquences économiques positives. A l’heure actuelle, dans un pays comme la Tunisie, une liberté retrouvée peut permettre d’avoir un taux de croissance accru de 1 ou 2 % par an !


LeJMED.fr – Lors de cette même session plénière que vous évoquiez, le Parlement européen a aussi estimé que l’action européenne en Méditerranée devait plus privilégier « les effets visibles et rapides sur les conditions de vie des populations ». Quelle en serait la traduction concrète, dans votre action ?

Philippe de Fontaine Vive – Oui, lorsque le Parlement a considéré les mandats extérieurs de la BEI, donc notamment l’action de la FEMIP, cette préoccupation des effets sur l’emploi de nos engagements est apparue très clairement. Concrètement, pour nous, et si les États actionnaires en sont d’accord, cette perspective nous conduit à proposer la mise en place d’indicateurs de développement intégrant l’impact sur l’emploi de nos actions de financement. Certes, cela représentera un surcoût, mais il me semble que cette préoccupation va dans le bon sens. Et nous ne tarderons pas être fixés sur cette question, car elle sera débattue dès le prochain Conseil d’administration, le 10 mars.


LeJMED.fr – Et sur le terrain, dans les PPM, les pays partenaires méditerranéens ? Comment va se déployer cette nouvelle « priorité, » si elle est actée par le Conseil d’administration ?

Philippe de Fontaine Vive – Notre rôle est d’apporter les ressources, et d’être à l’écoute de nos partenaires du sud, en examinant avec eux, projet par projet, ceux qui sont le plus susceptibles de générer de l’emploi. C’est ce que je ferai avec le Premier ministre tunisien, lors notre prochaine rencontre de travail, les 2 et 3 mars.


LeJMED.fr – C’est lors de cette rencontre que seront donc décidées les actions supplémentaires spécifiquement dédiées au soutien de la Tunisie ?

Philippe de Fontaine Vive – La BEI et la Commission européenne ont décidé de travailler dans une transparence absolue. Ainsi le 12 février dernier avons-nous fait connaître l’état de nos projets à Madame Ashton, qui elle-même a reçu à son tour M. Maystadt, président de la BEI.
Dans cette perspective de transparence entre nous, les projets que nous aurons identifiés en Tunisie seront examinés lors d’une réunion à Luxembourg, réunion à laquelle seront également conviées les agences européennes agissant elles aussi en Méditerranée. Ainsi nous nous répartirons les tâches au mieux, afin de faire masse par notre action commune et concertée.


LeJMED.fr – Pensez-vous que le « tunisami » qui secoue le sud méditerranéen incitera les opérateurs européens à être plus à l’écoute de la demande émanant de ces pays, voire de leurs populations ?

Philippe de Fontaine Vive – Etre à l’écoute de nos partenaires du Sud, c’est depuis sa fondation l’esprit même de la FEMIP. Avec la transition démocratique qui se fait jour, il sera certes possible désormais d’aller plus loin encore.


LeJMED.fr – À propos de la Tunisie, le « grand petit pays » où tout a commencé… Un Professeur de la Sorbonne, Pierre Beckouche, également Conseiller scientifique de l’IPEMED, vient de publier un long plaidoyer en faveur de l’entrée de la Tunisie dans l’Union européenne, à une échéance de dix à quinze ans. Qu’en pensez-vous ?

Philippe de Fontaine Vive – À ma connaissance, aucun responsable ou groupe politique ne s’est encore exprimé en ce sens, au Nord comme au Sud. Dans tous les cas, il nous faut que nous, Européens, soyons très respectueux de la souveraineté du pays… Ce que les Tunisiens expriment, à ce jour, c’est leur désir que le statut avancé soit accordé à la Tunisie. Dans cette perspective, Madame Ashton a d’ailleurs exprimé son accord pour l’établissement d’un programme d’actions visant à permettre à la Tunisie de se rapprocher de plus en plus de l’Union européenne.


LeJMED.fr – Revenons à la FEMIP, si vous le voulez bien. Vous avez battu un nouveau record de financement en 2010, et l’on nous annonce 6 milliards éventuellement mobilisables d’ici à 2013. C’est très bien, mais… pensez-vous que la réponse soit vraiment à la hauteur des attentes des pays du Sud, surtout maintenant ? A titre de comparaison, la Pologne seule a reçu de la BEI en 2010 quelque 5,5 milliards d’euros, soit plus du double que l’ensemble des neufs pays partenaires du Sud. Pensez-vous que l’UE puisse rester crédible avec de tels écarts d’engagement ?

Philippe de Fontaine Vive – Précisons d’abord que le total des engagements européens en Méditerranée en 2010 est bien supérieur aux 2,6 milliards d’euros de la FEMIP, puisque la Turquie a aussi bénéficié de 2 milliards, hors FEMIP, au titre de pays candidat à l’adhésion.
Mais, venons au fond de votre question… Si l’on veut aborder la vision des bouleversements induits par les révolutions dans le sud méditerranéen avec un grand angle, alors il me semble que la meilleure référence qui permette une comparaison est la chute du mur de Berlin. C’est à la suite de cet événement lui aussi historique que fut créée la BERD, pour participer à la « reconstruction » des pays de l’Est européen. Depuis, son activité n’a cessé de croître, elle s’est élevée à 9 milliards d’euros en 2010 – à quoi il faut d’ailleurs ajouter l’activité de la BEI, qui est deux fois supérieure, dans ces mêmes pays.

Si donc l’Union européenne souhaitait accompagner pleinement la transition démocratique au Sud, ce qui semble d’ailleurs être l’état d’esprit du Parlement européen, il faudrait s’engager à un niveau comparable. C’est tout l’enjeu d’ailleurs de la création de la Banque méditerranéenne, dont vous savez que l’hypothèse que nous préconisons est sa création par filialisation de l’activité de la FEMIP, et avec la participation des pays partenaires du Sud. Il serait alors possible de passer, progressivement mais assez vite, de 2,5 à 9 milliards d’euros d’engagements annuels…


LeJMED.fr – Mais, justement, à la suite de la remise du Rapport Millau sur l’opportunité de créer cette Banque de la Méditerranée – ce qui constituerait aussi un très fort symbole politique ! – il a été dit que la décision de la créer, ou pas, serait prise lors du Sommet de l’UPM qui devait se tenir en juin, puis en novembre, et qui a été encore reporté sine die. Le projet peut-il tout de même avancer, alors que l’UPM est si mal en point, doublement décapitée : Ahmad Massadeh, son Secrétaire général a démissionné, et son co-Président sud, Hosni Moubarak, a été… « répudié » par le peuple égyptien...

Philippe de Fontaine Vive – La décision de créer la Banque méditerranéenne peut être prise soit lors d’un Sommet de l’UPM, soit en Conseil des États européens. Et le Parlement européen s’est déjà prononcé favorablement en ce sens, la semaine dernière.


LeJMED.fr – L’UPM est mal en point, mais les priorités actées au Sommet fondateur de Paris, en 2008, restent-elles toujours une référence opératoire, pour vous ?

Philippe de Fontaine Vive – Bien sûr ! Les six priorités, et plus encore les trois priorités pour lesquelles nous avons reçu un mandat particulier d’engagement : le Plan solaire méditerranéen, la dépollution, les autoroutes maritimes et terrestres. Sur tout cela, nous travaillons en étroite collaboration avec le Secrétariat général de l’UPM, ainsi qu’avec les Italiens, qui portent le projet d’action en faveur des PME… Et la détonante actualité doit aussi nous conduire à ne pas se focaliser dans l’attente peut-être trop politique d’un Sommet, mais plutôt à réaffirmer fortement la dimension très concrète qui singularise le projet de l’UPM


Entretien réalisé par Alfred Mignot


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